Houle Bellerive

Vingt ans de progrès

12 Fév. 2019

Quand « L’Erreur boréale », le film de Richard Desjardins et Robert Monderie, a été diffusé pour la première fois, j’avais 15 ans. Je n’ai jamais entendu tout le bruit qu’il a provoqué. Le film ne passait pas encore dans les écoles, en tout cas pas dans la mienne. Ma famille n’étant pas impliquée en forêt, j’ai pu cheminer sereinement vers la foresterie.

UNE DÉCOUVERTE QUI DÉRANGE

Étudiant à la faculté de foresterie, je l’ai finalement vu après une année de formation et une saison complète de reboiseur. J’en savais assez pour comprendre que le film n’était pas un documentaire. Le propos était exagéré et l‘intention, derrière la réalisation, était sans nuance. Il dénonçait la foresterie québécoise, configurée pour « exploiter » cette ressource sans penser à demain.

Devant la force des images, il serait faux de dire que je n’ai pas ressenti un malaise. Moi qui voulais faire carrière, je me questionnais quant à nos pratiques. Pouvions-nous faire mieux ? Comme pratiquement tous les acteurs du secteur forestier, j’ai compris que je devais contribuer à faire progresser nos façons de faire. Nous devions aussi mieux communiquer ce que nous faisons. Ceux qui voulaient critiquer la gestion des forêts avaient alors le champ libre. Bien peu de Québécois étaient capables de faire la part des choses parce qu’ils ne connaissent pas cette industrie.

BEAUCOUP DE REMISES EN QUESTION

La gestion des forêts québécoises n’est pas statique. Elle évolue au gré des marchés des produits du bois, du développement des autres ressources et des pressions publiques qui s’exercent sur le gouvernement. Elle s’adapte constamment au contexte de son époque. Je n’étais pas né quand cela s’est produit, mais je suis certain que la fin des concessions forestières ne s’est pas produite à cause de « L’Erreur boréale ».

La décision de cesser d’utiliser des phytocides en forêt publique non plus. « L’Erreur boréale » a tout de même catalysé les remises en question du début du millénaire. À partir de 1999, l’image de la foresterie a été écorchée. Les consultations et réflexions pour améliorer la gestion des forêts se sont succédées. Le journal de février fait un bon topo de toutes ces démarches qui ont conduit aux changements profonds auxquels nous faisons face aujourd’hui.

OÙ EN SOMMES-NOUS ?

Depuis le début de ma carrière, j’ai été témoin d’une évolution constante des pratiques. Plusieurs étaient nécessaires. Je pense notamment aux révisions périodiques des calculs de la possibilité forestière. La nomination d’un « Forestier en chef » constitue aussi une réponse aux attentes exprimées par la société.

Dorénavant, il est facile de répondre affirmativement, et de manière crédible, à la question qui nous avait un peu paralysés en 1999, « Coupons-nous trop de bois?». Comme plusieurs parmi vous, je suis fier de notre capacité d’adaptation et de notre résilience. Ceux qui osent dire que rien n’a changé ne sont certainement pas venus souvent dans le bois.

Ils ne côtoient pas non plus nos travailleurs qui ont souvent fait les frais des nouvelles exigences. Je ressens tout de même une certaine amertume parce que le régime forestier actuel ne semble pas encore satisfaire ceux qui voudraient mettre la forêt sous une cloche de verre. En même temps, ce nouveau régime a fait disparaître les synergies qui existaient auparavant entre les différentes fonctions. Notre efficacité collective a diminué et nous avons besoin de beaucoup de détermination pour réussir à rentabiliser nos activités.

Est-ce pertinent et judicieux d’exposer autant les travailleurs et les entreprises qui gagnent leur vie en forêt ? Est-ce durable ? Malgré ce doute, je suis confiant dans l’avenir. Nous devrons continuer d’améliorer nos pratiques, mais nous allons réussir à démontrer l’indispensable contribution des forêts pour la société québécoise.

Elles offrent beaucoup plus que des emplois et une activité économique structurante qui permet aux communautés d’occuper le territoire. La forêt québécoise constitue une ressource fabuleuse pour produire un matériau noble et renouvelable. Elle contribue déjà, et elle pourrait le faire davantage, à la lutte contre les changements climatiques. Pour qu’elle joue ce rôle, il faut aménager de manière intensive une petite partie de notre immense territoire forestier. L’adoption d’une stratégie de production de bois constitue une occasion formidable pour faire connaître sa valeur.