Renald Bernier

Vivement l’Abitibi !

6 Nov. 2017

Malheureusement, il y a parfois des activités que l’on peut moins réaliser. Souvent par manque de temps, nous nous empêchons de réaliser des choses qui se révèlent très intéressantes. Dans mon cas, ce fut de visiter l’Abitibi.En effet, cette année, je suis allé non pas une, mais deux fois dans cette belle région forestière et à chaque fois, je suis sorti ragaillardi de l’expérience.

UN GROUPEMENT FORESTIER FORT DYNAMIQUE

Dans un premier temps, j’ai eu la chance de visiter le Groupement forestier coopératif de l’Abitibi. Quelle belle organisation ! Le groupement forestier s’est développé à grande vitesse. Il a fracassé les objectifs de production de bois, a embrassé les développements technologiques et a développé des liens de confiance entre les propriétaires regroupés.

Ce qui m’a le plus réjoui a été de constater avec quel enthousiasme les membres du groupement participent à leur assemblée générale et aux activités de leur entreprise. Sans l’ombre d’un doute, l’Abitibi a entre les mains un outil extraordinaire pour mettre en valeur sa forêt privée.

UN BILAN QUI LANCE DES PISTES POUR L’AVENIR

Ma deuxième visite fut dans le cadre du bilan du Forum Innovation Bois. Ce fut très constructif. J’ai retenu certaines choses qui, pour moi, sont très intéressantes et dicteront les travaux à venir.

MAIN D’OEUVRE: Tous les participants au forum ont fait part de leurs inquiétudes face à la pénurie de main-d’oeuvre. Il est vrai que depuis plusieurs années, les analystes anticipaient ce problème. Nous avons dépassé le stade d’anticipation. Le problème est bien réel. Nous devons désormais trouver des moyens non seulement d’attirer la main d’oeuvre mais aussi de la retenir. Or, tous semblent s’entendre sur le fait que des moyens particuliers doivent être pris pour assurer le développement de l’industrie. Il est bien loin le temps où certains pouvaient considérer la main d’oeuvre comme un facteur variable…

TRAVAUX SYLVICOLES: Parmi les bonnes nouvelles, notons la prise de position du ministre face aux travaux sylvicoles. Dans un premier temps, monsieur Blanchette a mandaté ses fonctionnaires ainsi que l’industrie des travaux sylvicoles afin de donner plus de responsabilités aux entreprises en matière de planification. Qui plus est le ministre a aussi placé en tête des objectifs, le sort des travailleurs en région. Il a aussi dicté les priorités de travail qui sont cohérentes avec celles défendues par RESAM. Ces annonces sont non seulement très bonnes, mais indiquent surtout que l’industrie des travaux sylvicoles et le gouvernement sont en phase, et ça, c’est de bon augure.

CHANGEMENTS CLIMATIQUES: Autre thème récurrent, les changements climatiques ! Ils sont là, c’est évident et l’État veut faire quelque chose. Malheureusement, le ministre ne pouvait pas faire d’annonce. Toutefois, il a laissé savoir qu’il travaillait sur un plan touchant le reboisement tant en forêt privée que publique et qui pourrait s’étaler sur une période de cinq ans. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais de savoir qu’une approche qui permettrait d’utiliser les travaux forestiers comme outil de lutte contre les changements climatiques, c’est déjà une très bonne nouvelle. Savoir que cet outil serait disponible pour cinq ans, ça c’est un véritable outil, car il nous permettra d’avoir un peu de prévisibilité dans notre monde de forêt privée…

PRÉVISIBILITÉ ET COÛT DE LA FIBRE: Parlant prévisibilité, nos partenaires de l’industrie du sciage en ont fait largement état en y associant le coût de la fibre. C’est justifié en quelque sorte. Toutes les productions désirent avoir de meilleurs coûts et une plus grande prévisibilité. C’est valable aussi pour les fournisseurs de l’industrie de transformation.

Je dois cependant admettre que j’ai été un peu déçu par ce constat. J’aurais souhaité en être rendu un peu plus loin. En effet, j’aspire au moment où nous serons en mesure de changer le plan d’affaires afin de mettre plus de valeur dans nos produits et ainsi faire en sorte que l’enjeu ne sera plus uniquement d’avoir du bois à bon prix. Ce n’est pas encore le cas, semble-t-il.

À cet effet, j’ai pris sur moi d’inviter l’industrie à développer un réel partenariat avec les acteurs de la forêt privée afin qu’autant l’industrie de la transformation que ses fournisseurs de la forêt privée puissent jouir de prix adéquats et d’une prévisibilité adéquate qui permettront de développer cette filière. J’espère que le message sera entendu.

UNE EXPÉRIENCE À RENOUVELER

Ces deux aventures me confortent dans l’idée que je devrais aller plus souvent en Abitibi. Mais vous savez quoi ? Ce qui est le plus rafraichissant est de savoir que dans une région si fortement occupée par la forêt publique, la forêt privée est appelée à jouer un rôle majeur dans le développement régional et qu’il faut en prendre soin. Ça s’est inspirant !