Martin Béland

Voilà le règlement sur l’aménagement forestier durable (RADF)

30 Jan. 2018

Le RADF entrera en vigueur le 1er avril. Il faut se préparer à l’appliquer et idéalement déjà travailler pour l’améliorer.

UN AUTRE TEST

Le colloque organisé par L’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec (OIFQ) a permis de situer les enjeux du RADF. Même si j’encadre des opérations forestières depuis plus de 25 ans, je n’ose pas me qualifier d’expert, mais je veux quand même vous entretenir de ce sujet.

Je suis partagé entre deux sentiments opposés. Nous devons être dignes de la confiance qu’on nous accorde pour intervenir dans le domaine forestier public. Je veux déployer tous les efforts nécessaires pour respecter les nouvelles exigences. Nous aimons nos territoires et leurs ressources et tenons, bien sûr, à les préserver. L’autre sentiment est une sourde angoisse que ce règlement va miner notre faible compétitivité et encore affaiblir notre économie forestière.

ÊTRE PRÊT!

Les environnementalistes le réclamaient depuis la mise en oeuvre du nouveau régime forestier en 2013. Le RADF doit incarner les grands objectifs de la stratégie d’aménagement forestier durable. Les travaux pour l’élaborer ont débuté en 2007 et il a fait l’objet de plusieurs consultations avant son adoption. Il constitue un compromis entre les versions initiales et le règlement sur les normes d’intervention (RNI) qui encadrait, jusqu’à maintenant, la réalisation des opérations forestières. Il crée aussi l’arrimage avec la Loi sur l’aménagement forestier durable du territoire forestier.

En principe, le RADF constitue une continuité du RNI. Il apporte des précisions et il exige des ajustements quand des connaissances suffisantes les justifient. Le coeur des changements porte sur la protection de l’eau et surtout des poissons. Le MFFP offre son soutien à tous ceux qui doivent l’appliquer. Une formation est disponible en ligne sur son site Internet et les bureaux des régions et des unités sont disponibles pour vous soutenir. Les prochains mois constituent la période d’apprentissage pour apprivoiser ces nouvelles exigences, réviser vos processus de travail, en tenir compte dans la planification et réaliser des essais. Je vous invite à vous y mettre sans tarder. La procrastination n’est pas une option. De plus, il faut comme d’habitude profiter de ces contraintes supplémentaires pour innover et démontrer que les forestiers québécois sont toujours des super-héros.

ALLONS-NOUS SOUFFRIR POUR LES BONNES RAISONS?

Je passe sous silence la conviction de presque tous les forestiers qui estiment en faire déjà bien assez en respectant le RNI. Je n’évoquerai pas vraiment les échos que nous avons eus d’un test du RADF réalisé par une coopérative et de sa troublante augmentation des coûts. Je vais aussi passer vite sur le fait que nous ne semblons pas encore savoir qui décidera s’il y a ou non des poissons dans les cours d’eau à traverser. Il s’agit pourtant d’une information cruciale pour planifier les travaux.

J’attire plutôt votre attention sur les informations présentées par Sylvain Jutras, le professeur d’hydrologie de l’Université Laval. Il a confirmé que le RADF constitue un progrès en termes de cohérence par rapport au RNI. C’est déjà une bonne nouvelle. Par contre, il a remis en question plusieurs de ses fondements et présomptions.

Il craint que le focus mis sur la protection des poissons ne fasse manquer la véritable priorité qui devrait être de réduire la sédimentation des cours d’eau. Il questionne aussi les bases scientifiques sur lesquelles s’appuient les calculs de débit qui servent à établir la dimension des ponceaux. Des évaluations préliminaires plus précises ont mis en relief l’imprécision de ces calculs variant de 0% à 500%!

Il souligne que nous ne connaissons pas l’état de l’ensemble du réseau routier. Il est possible que les effets découlant des efforts très importants que nous allons investir dorénavant soient annulés par des installations déficientes en aval. Il estime qu’il serait préférable d’adopter une démarche par bassin versant et que la notion de chemin permanent devrait être révisée.

Je conclus en militant pour que la science supporte nos règles. Il ne faut pas résister au changement, mais il faut continuer d’approfondir nos connaissances pour poser les gestes qui comptent. Même si le secteur devra absorber une partie des coûts, l’État devrait aussi se préparer à renoncer à une partie des redevances s’il ne veut pas freiner dangereusement la foresterie québécoise.