Boisaco: une force régionale depuis 30 ans

L’ensemble du groupe Boisaco emploie 560 travailleurs.

L’ensemble du groupe Boisaco emploie 560 travailleurs.

Photo: courtoisie

26 Juin. 2015

Si aujourd’hui l’aventure de Boisaco se poursuit depuis 30 ans, elle a d’abord connu trois échecs successifs. Trois défaites caractérisées par la mobilisation des travailleurs et de la population déterminés à conserver des opérations forestières dans leur région. Le résultat est impressionnant : l’entreprise possède un chiffre d’affaires totalisant 100 M$ en plus d’employer 560 personnes. Retour sur 30 ans d’histoire.

Marie-Claude Boileau

Les installations de l’usine de sciage de Samoco sont érigées vers 1975. L’entreprise est la propriété d’actionnaires, dont le plus important est la compagnie Chibougamau Lumber. Déjà à l’époque, les gens de la région prennent part aux activités économiques. Avant la naissance de la scierie, les résidents de Sacré-Coeur avaient travaillé sur un projet de cartonnerie que l’on voulait voir s’établir dans le secteur.

«Malheureusement, le partenaire principal de la cartonnerie a décidé de l’installer à Cabano. Dans une position de repli, les gens du milieu avaient alors réussi à attirer une usine de sciage, Samoco, qui a commencé à opérer en 1975. C’est aussi le premier échec», raconte STEEVE ST-GELAIS, président de Boisaco. Samoco est ensuite rachetée par Rexfor, aujourd’hui Rexforêt. L’organisme donne une seconde vie à la scierie, mais échouera à nouveau. L’entreprise est dissoute.

«Il y a eu une troisième tentative. Cette fois-ci, c’est la famille Lévesque, originaire de l’Ontario, qui a acheté les actifs pour lancer Produits forestiers Saguenay qui a opéré de 1979 à 1982», relate-t-il. La compagnie ferme alors définitivement et fait faillite. Les créanciers exercent leur garantie. Entre 1982 et 1985, on procède au démantèlement de l’usine. C’est à ce moment que les citoyens se regroupent. Les travailleurs de la forêt, du bureau de même que plusieurs membres de la communauté s’unissent afin de préserver la scierie. «Ils ont réussi à racheter les actifs, à convaincre les banquiers et à aller chercher certains appuis auprès des gouvernements pour permettre cette transaction et démarrer Boisaco en 1985», fait savoir M. St-Gelais.

Structure

Une des particularités de la compagnie est qu’elle appartient à trois actionnaires distincts : Cofor, une coopérative de travailleurs de la forêt et du bureau, Unisaco, une coopérative de travailleurs de la transformation des usines de sciage, de séchage et de rabotage ainsi qu’Investra, une société de placements qui regroupe 500 actionnaires. «Ce sont des gens de la région qui voulaient prendre part à la relance», précise le président. Chacun détenait un tiers de Boisaco. Aujourd’hui, la structure est semblable, mais elle a évolué. «Nos actionnaires historiques sont encore présents, mais ils ne le sont plus directement dans Boisaco puisque nous avons dû créer un «holding». Celui-ci a été mis sur pied dans le cadre d’un processus de consolidation et afin de devenir partenaire avec les sociétés de première transformation», explique Steeve St-Gelais.

Le holding, Gesco, appartient à Cofor, Unisaco et Investra de même que DCR (Desjardins Capital de risques) qui s’est joint au groupe en 2008 avec 13% des parts. Gesco détient les placements dans Boisaco et ceux dans les filiales voisines. Selon M. St-Gelais, un des principes importants qui a toujours été appliqué et qui est un des éléments fondamentaux de la survie de l’entreprise, est une gestion très spécifique en termes de confiance et de gestion participative reliée au principe coopératif. Depuis le début, les excédents ont été gérés rigoureusement, c’est-à-dire qu’une partie est retournée aux travailleurs, selon un pourcentage établi pour reconnaître l’apport dans les bons résultats. Les actionnaires reçoivent aussi un montant selon une base équitable. Le reste, environ 55%, est systématiquement réinvesti dans l’entreprise. «Ça nous a permis d’assurer et de consolider une situation financière solide. En réinvestissant dans la compagnie, nous avons pu demeurer à la fine pointe de la technologie en termes d’équipements. Surtout, ça nous a permis d’innover», souligne le président de Boisaco.

Innovation

En 1985, les quelque 200 employés de Boisaco faisaient des opérations forestières, du sciage et du rabotage. Trente ans plus tard, l’innovation s’est traduite par la création d’entreprises vouées à la valorisation des sous-produits de l’usine de sciage. Sacopan, la première et la plus importante, se spécialise dans la fabrication de panneaux de porte haute densité de HDF. Ripco produit de la litière destinée principalement au marché équestre. Granulco conçoit des granules à des fins énergétiques dont un certain volume est destiné au marché équestre. Enfin, Bersaco, située aux Bergeronnes, se consacre à la valorisation de la fibre des essences feuillues. «Nous avons voulu valoriser au maximum tous les résidus qui sortaient de la transformation de la matière ligneuse. En tout, 100% des sciures sont utilisées par Granulco. On va même en chercher à l’extérieur. Les rabotures sont utilisées par Ripco. Une partie des copeaux sont envoyés chez Sacopan alors que les écorces servent de combustible pour produire de la chaleur», note M. St-Gelais.

Boisaco possède un chiffre d’affaires d’environ 55 M$, mais au total ça représente 100 M$. L’ensemble du groupe emploie 560 travailleurs.

Défis

Steeve St-Gelais croit que le prochain défi est de continuer à innover, à poursuivre la valorisation des sous-produits et ainsi, donner plus de valeur à la ressource. «Au Québec, la plupart des intervenants sont conscients que tout le secteur des pâtes et papiers a perdu beaucoup de terrain. Quel sera l’avenir de ce côté-là? On ne le sait pas. J’espère qu’on va pouvoir sauvegarder le maximum. Mais on est conscient que ça a beaucoup baissé et que ça va diminuer encore. Un des enjeux est de s’assurer qu’on pourra éventuellement trouver des débouchés pour la fi bre», dit-il.