Broyage RM: de constructeurs à broyeurs de biomasse

ROBERT et MARCO GAUDETTE ont eu l’idée d’acheter un broyeur… sur le bord d’une piscine!

ROBERT et MARCO GAUDETTE ont eu l’idée d’acheter un broyeur… sur le bord d’une piscine!

Photo: courtoisie

4 Juil. 2017

C’est par divers concours de circonstances que Robert et Marco Gaudette, deux entrepreneurs en construction, se sont retrouvés à faire du broyage en forêt. Pourtant aujourd’hui, ils opèrent trois broyeurs en plus d’avoir un important contrat au Nouveau-Brunswick.

Marie-Claude Boileau

ROBERT et MARCO GAUDETTE ont eu l’idée d’acheter un broyeur… sur le bord d’une piscine! Le père et le fils étaient également propriétaires d’une compagnie qui faisait de la réparation de palettes usagées. Puisque l’entreprise produisait beaucoup de rebuts de bois, ils se sont demandé comment ils pourraient être plus écologiques. Ils ont donc décidé d’acheter un vieux broyeur pour s’en occuper eux-mêmes.

Aux prises avec ces copeaux, ils ont approché Domtar pour savoir si elle serait preneuse. «En fin de compte, on s’est fait mal diriger, raconte MÉLANIE ROY, directrice des opérations chez Broyage RM. On s’est retrouvé en forêt en train de visiter un site de coupe. Eux avaient de la biomasse à broyer. Finalement, nos premiers contrats ont été en forêt pour Domtar. C’est là où l’on a commencé à travailler en forêt», fait-elle savoir.

Les activités de Broyage RM ont débuté en 2009, mais l’entreprise est officiellement en activité depuis 2011. L’équipe a broyé la biomasse de Domtar durant un an. «Ensuite, il y a eu des changements. La biomasse en forêt est devenue plus chère que ce qu’on pouvait obtenir. Ils ont arrêté», raconte Mme Roy. L’entreprise a obtenu des contrats dans divers centres de tri comme à Longueuil et Candiac. Mais lorsque ceux-ci sont devenus trop performants, ils ont fait l’acquisition de leur propre broyeur. Toutefois, au même moment, Domtar a rappelé Broyage RM pour recommencer le broyage de la biomasse en forêt.

VOYAGE RENTABLE

Il y a environ quatre ans, Marco Gaudette et Mélanie Roy se sont rendus à Matane pour aller négocier un contrat et avoir un weekend en amoureux. «Finalement, on s’est retrouvé avec le plus gros contrat que nous avons maintenant!», lance-telle. En fait, elle raconte que les entreprises leur ont dit qu’elles n’avaient pas de travail pour eux puisqu’il n’y avait personne qui faisait cette tâche. Mme Roy explique qu’au Nouveau-Brunswick, on utilise surtout des chippers qui servent à faire du matériel pour les usines de pâtes et papiers. «On leur a dit: «donnez-nous une chance, essayez-nous. » En fin de compte, on est entré dans leur forêt et on n’en est jamais ressorti», signale-t-elle.

Elle explique qu’auparavant les compagnies forestières néobrunswickoises payaient pour se débarrasser des rebuts. «Maintenant, une fois qu’on est passé sur les sites de coupe, ils ont plus de place pour reboiser les sites en production. C’est gagnant-gagnant», fait-elle savoir. Broyage RM travaille surtout avec Acadian Timber et JD Irving. Il faut dire qu’au Nouveau-Brunswick, les entreprises oeuvrent beaucoup en forêt privée. Avec Domtar, l’équipe de Broyage RM se déplace que pour broyer la biomasse contrairement avec leur contrat au Nouveau-Brunswick où elle repart avec la biomasse, puis la vend notamment pour Twin Rivers.

D’ailleurs, leur contrat va si bien qu’ils se sont acheté récemment un nouveau broyeur, un Morback acheté chez Cardinal, qui est très polyvalent. En tout, ils en possèdent trois. Présentement, ils ont une machine en entretien à leur maison mère à Saint-Hyacinthe et les deux autres sont au Nouveau- Brunswick. Ils ont également une flotte de camions. Selon M. Gaudette, il était nécessaire pour eux d’en acquérir. «Lorsqu’on a dû faire un choix, après la fin des contrats dans les centres de tri, on a décidé de s’enligner vers le domaine forestier. Il fallait alors avoir nos propres camions. Ça aurait été difficile d’être rentable et de contrôler de A à Z les opérations en forêt. C’est ce qui nous a permis de pousser dans le forestier », fait-il savoir. Ils font aussi appel à d’autres camionneurs en plus des leurs.

PRÉPARATION

Broyer de la biomasse en forêt s’effectue à partir du début de l’été, et ce, jusqu’à ce qu’il y ait trop de neige. Mme Roy indique qu’ils arrêtent durant le dégel au printemps. L’entreprise fait alors du transport d’engrais pour Synagri. Selon les sites, ils peuvent toutefois travailler durant plusieurs semaines durant l’hiver. Il faut toutefois que le site soit accessible et qu’il ait été préparé, c’est-à-dire que les branches ont été mises en andains pour être capables de les voir le temps venu de les broyer.

Pour chaque chantier, il y a une préparation à réaliser avant d’entreprendre le travail. D’abord, on recense la biomasse à traiter et les coupes effectuées les années précédentes. Mélanie, qui est ingénieure forestière, cartographie les tas. Puis, l’équipe fait une planification en fonction des endroits où est placée la biomasse des chemins. Puis, les employés amènent le broyeur et la pelle sur un fardier. Le broyeur peut se déplacer sur chenille. Si la distance est grande, on doit embarquer les équipements à nouveau sur le fardier pour les déplacer.

RECRUTEMENT DIFFICILE

Les opérateurs des broyeurs sont difficiles à recruter. «C’est difficile de trouver de la main d’oeuvre. Présentement, nous avons trois machines et un opérateur. Toutefois, nous aurons de nouveaux employés bientôt», note Mme Roy. M. Gaudette mentionne qu’ils se sont fait dire qu’il n’y avait pas assez de demandes pour lancer une formation pour ce type d’équipement. Broyage RM doit donc elle-même former ses opérateurs. Les personnes doivent savoir opérer une pelle mécanique, mais aussi avoir des connaissances en entretien puisque les équipements nécessitent un entretien journalier. Pour leurs opérations au Nouveau-Brunswick, ils ont des employés québécois qui habitent tout près et qui y travaillent, mais aussi des gens des Maritimes.

EN CROISSANCE

En action depuis huit ans, Broyage RM connaît une croissance depuis environ quatre ans grâce surtout à leurs contrats au Nouveau-Brunswick. M. Gaudette estime que le marché québécois stagne. «Pour l’instant, le marché est saturé. Même les moulins ont de la difficulté à faire sortir leur écorce», notet-il. Il espère que les centres de cogénération lancés par Hydro-Québec permettront d’écouler la marchandise non utilisée et ainsi relancer le marché. Les centrales devraient être mises en opération au cours de l’année. «Au Québec, on a la matière. Il faut développer le marché qui va l’utiliser. Grosse problématique! On a le matériel, mais pas de preneur. C’est le gros frein», explique-t-il.

AGRILE DU FRÊNE

Broyage RM est certifié par la SIAQ pour broyer des arbres affectés par l’Agrile du frêne. «En fait, on a la recette pour que notre broyeur sorte du matériel conforme pour l’Agrile, c’est-à-dire pour qu’il n’y ait pas de risque de propagation», résume Mme Roy.