Congrès annuel de l’Association forestière Saguenay-Lac-St-Jean

Diane Bouchard, directrice générale de l’Association forestière Saguenay-Lac-St-Jean (AFSAGLAC).

Diane Bouchard, directrice générale de l’Association forestière Saguenay-Lac-St-Jean (AFSAGLAC).

Photo: courtoisie

18 Jan. 2012
Bernard Gauthier

Une planète en transformation, un environnement fragilisé, un écosystème perturbé, difficile de passer sous silence l’avenir de nos forêts. Et c’est la raison pour laquelle 225 participants de tout le secteur forestier ont pris part dernièrement au congrès annuel de l’Association forestière Saguenay-Lac-St-Jean (AFSAGLAC) sous le thème « Des forêts pour les hommes ».

À l’AFSAGLAC, le momentum venait à point nommé. « Les intervenants avaient besoin d’échanger sur l’avenir de nos forêts. L’homme a toujours eu une importance à l’intérieur de nos forêts, il fait partie de l’écosystème et face aux nombreux changements climatiques qui surviennent il faut se poser la question suivante : pourquoi ? Doit-on l’aménager pour la biodiversité, pour nos besoins en bois, est-ce que recréer la forêt d’hier correspondra aux changements climatiques ? Je peux vous dire que certains chercheurs ont indiqué que la forêt souhaitée devrait protéger toutes nos valeurs, que ce soit en biodiversité, en loisirs, en produits forestiers, etc. », explique Diane Bouchard, directrice générale de l’AFSAGLAC.

Plusieurs enjeux

Le congrès 2011 a porté la réflexion sur différents enjeux liés à l’aménagement forestier : biodiversité, résilience des écosystèmes, occupation du territoire, besoin des communautés et développement. Lors de nos choix d’aménagement, sommes-nous capables de concilier équitablement toutes ces valeurs et besoins? Doit-on prioriser les besoins collectifs au détriment des besoins individuels? Devons- nous concilier ou opposer? Devonsnous quantifier chacun des enjeux ou certains sont-ils prioritaires? Voilà autant de questions sur lesquelles se sont penchés les participants et conférenciers à l’événement.

Biodiversité

L’hydrobiologiste français, Christian Lévêque, estime que tout ne va pas pour le mieux sur la planète, mais s’interroge sur la pertinence de parler de situation catastrophique. « C’est actuellement la parabole de la « nature assiégée » qui nous est proposée comme modèle unique, une nature qui risque de disparaître et l’homme avec, selon certains, si l’on ne prend pas rapidement des mesures. Il ne s’agit pas ici d’asséner d’autres « vérités » sur la biodiversité mais d’élargir le champ de la réflexion, de retrouver un peu d’impertinence par rapport aux discours mécaniques bien rôdés des ONG ou de certains lobbies scientifiques, chez lesquels on pratique fréquemment l’amalgame et la dramatisation. »

Résilience et complexité socio-écologique

De son côté, un autre conférencier qui a pris la parole, Christian Messier de l’UQAM, a soutenu que le maintien de la complexité biologique sur terre a toujours été un objectif important des écologistes et biologistes, mais cet objectif était souvent perçu comme un frein au développement économique ou même au maintien de la productivité des écosystèmes forestiers, marins ou même agricoles. « De plus en plus de recherches récentes montrent, au contraire, que cette complexité est importante pour le maintien de la fonctionnalité des écosystèmes naturels et de la résilience socio-écologique d’une région donnée. En effet, le maintien d’une telle complexité fonctionnelle serait notre meilleure garantie contre les ravages causés par les changements globaux (changements climatiques, espèces envahissantes, pollution, destruction des habitats, etc.) et les incertitudes socio-économiques. Plusieurs exemples de projets de recherche récents et en cours seront présentés pour illustrer (1) l’importance de la complexité fonctionnelle des arbres sur le maintien (a) de la productivité forestière, (b) des services socio-écologiques des arbres en ville et (c) de la résilience des systèmes socioécologiques d’une région donnée et (2) comment on peut favoriser le maintien de cette complexité via des stratégies d’aménagement forestier qui prennent en compte la complexité spatiale et temporelle et la capacité adaptative des écosystèmes forestiers. »

Une forêt de proximité

C’est le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, qui a abordé ce troisième thème. Il dit que depuis plus d’un siècle, les communautés rurales occupent les territoires forestiers du Québec et l’industrie forestière s’est progressivement implantée au sein des milieux forestiers. Bernard Généreux ajoute que malgré qu’elles aient démontré un intérêt marqué envers la forêt de proximité, les différents régimes forestiers précédents ont systématiquement alloué l’exploitation forestière presque exclusivement à l’industrie de la transformation du bois. « Dans les dernières années, la crise forestière a fragilisé le devenir de plus de 250 communautés forestières, Ainsi, plusieurs d’entre elles voient leurs bases socio-économiques s’effriter, ce qui entraîne plus de difficulté à poursuivre l’occupation de territoire. Ainsi, elles assistent à l’exode de leur population et à la dévitalisation de leur milieu. En fait, le devenir des petites communautés rurales forestières est désormais d’une précarité préoccupante. Après avoir développé un concept de forêt de proximité en 2007 et l’avoir défendu auprès du gouvernement, la FQM est heureuse de constater que l’approche privilégiée correspond à ses attentes. La FQM soutiendra sans réserve toute mesure permettant d’accroître l’autonomie municipale à l’égard de leur avenir. » D’autre part, l’AFSAGLAC a nommé Pierre- Maurice Gagnon, personnalité forestière 2011 en raison de ses nombreuses qualités envers la forêt privée. « Agriculteur et forestier depuis 1964, sa feuille de route est impressionnante. Il croit beaucoup à la forêt privée et son sens de l’écoute est très développé. Son amour de la forêt pour les hommes est incontestable. On ne peut pas passer sous silence Pierre-Maurice Gagnon pour tout ce qu’il a accompli », conclut Diane Bouchard. Le prochain congrès de l’AFSAGLAC aura lieu en octobre 2012.