Construire en bois: entrevue avec l’architecte Stéphan Langevin

Siège social STGM Architectes: bâtiment de 1000m2 sur deux niveaux, le siège social de STGM, qui est composé d’une structure légère en bois, s’inscrit parfaitement dans la philosophie de l’entreprise. Simple et efficace, il regroupe derrière sa singulière façade en cèdre de l’est, STGM ainsi que ses filiales et partenaires, qui offrent sous un même toit des services intégrés dans la conception de bâtiment, allant des services complets d’architecture, d’ingénierie, de planification immobilière..etc. Offrant des performances hors du commun et un milieu de travail sain et stimulant, le bâtiment, situé dans le secteur d’Estimauville à Québec, est le seul bâtiment privé Accrédité LEED Platine N/C au Québec.

Siège social STGM Architectes: bâtiment de 1000m2 sur deux niveaux, le siège social de STGM, qui est composé d’une structure légère en bois, s’inscrit parfaitement dans la philosophie de l’entreprise. Simple et efficace, il regroupe derrière sa singulière façade en cèdre de l’est, STGM ainsi que ses filiales et partenaires, qui offrent sous un même toit des services intégrés dans la conception de bâtiment, allant des services complets d’architecture, d’ingénierie, de planification immobilière..etc. Offrant des performances hors du commun et un milieu de travail sain et stimulant, le bâtiment, situé dans le secteur d’Estimauville à Québec, est le seul bâtiment privé Accrédité LEED Platine N/C au Québec.

Photo: courtoisie

2 Déc. 2016

Architecte associé pour la firme St-Gelais, Montminy + Associés Architectes, STÉPHAN LANGEVIN a participé à la relance de la construction en bois résidentielle. Depuis, plusieurs ont fait appel à son expérience pour leurs projets. C’est d’ailleurs à lui qu’on lui a confié le chantier Construction bois lors du Forum innovation bois. Le Monde Forestier s’est entretenu avec lui.

Marie-Claude Boileau

D’où vient votre intérêt pour la construction en bois non résidentielle?

C’est un petit peu un hasard. Lorsque je suis sorti de l’école, j’ai travaillé chez Gauthier Guité Roy. La firme avait eu le mandat de construire le centre de recherche Forintek qui est aujourd’hui FPInnovations.

Elle avait en même temps celui du Centre de congrès de Québec. Je me suis ramassé avec le plus petit projet. Forintek voulait être une vitrine de tout ce qu’il était possible de faire avec le bois en architecture non résidentielle. À l’époque, il n’y en avait plus. Il y en avait eu plusieurs dans les années 60-70. Pour des raisons que j’ignore, ç’a arrêté.

Je suis tombé expert par défaut du jour au lendemain. Pas parce que j’avais une expérience exceptionnelle, mais parce que c’était le premier grand projet en bois depuis des années. De fil en aiguille, j’ai fini par avoir un porte-folio intéressant en bois.

Est-ce que ça a toujours été réalisable d’ériger des édifices en bois non résidentiels?

Oui. Ça a été longtemps écarté et il y a eu une perte d’expertise surtout en ingénierie. Lorsque j’ai fait les bureaux de FPInnovations, il y avait très peu d’ingénieurs qui avaient des habiletés pour travailler avec des infrastructures de bois. À l’époque, on a travaillé avec M. Beaulieu de BPR parce qu’il y avait l’expérience qu’il fallait et qu’il avait vécu la période où il y avait des projets en bois. C’est lui qui dirigeait avec d’autres.

Mais il y a toujours eu les possibilités de le faire. La preuve est que dans d’autres parties du monde la construction en bois a continué. En Europe, on voyait encore des projets en bois alors qu’ici très peu. Les seules limites étaient la capacité du bois comme tel. Les techniques de structure ont beaucoup évolué avec les années. À l’époque, il n’y avait pas de CLT (bois lamellé-croisé).

Aussi, le Code national du bâtiment restreignait la construction en bois. C’est encore le cas aujourd’hui, mais plus ça va, plus les règles s’assouplissent pour permettre d’utiliser le bois.

Lorsqu’on vous présente un projet non résidentiel, est-ce que c’est le client ou vous qui proposez de le faire en bois?

Ça vient de nous autres en général. Mais de plus en plus on nous demande de regarder la possibilité. Souvent, c’est l’architecte encore plus que l’ingénieur qui va pousser pour réaliser un immeuble en bois. On est souvent les porteurs de drapeau par rapport à l’utilisation du bois.

Êtes-vous toujours limité dans la construction?

Non, moins qu’avant. Il y a toujours eu d’assez grandes capacités du côté structural et de la portée. Quant à la hauteur des bâtiments, c’était limité à l’époque. Aujourd’hui, les techniques ont évolué. L’apparition du CLT nous permet aujourd’hui de construire des bâtiments de 18-20 étages complètement en structure de bois. C’était totalement impensable à l’époque.

Ce sont en fait les mêmes contraintes qu’avant sauf que les limites physiques et règlementaires ont été repoussées.

Est-ce qu’on vous dit souvent que ça pourrait coûter plus cher?

Encore là, le bois c’est large. Pour une construction en structure légère, ça arrive qu’on sauve des projets côté financier en décidant de les convertir. C’est à peu près le mode de construction le plus répandu au Québec, pensons aux maisons et aux immeubles à logement. C’est très peu dispendieux et c’est un système très efficace.

Pour les autres types, ça dépend des projets. Lorsqu’on parle de grande portée, plus elle est longue, plus on va se rapprocher des prix des compétiteurs. Pour le CLT, on compétitionne beaucoup la structure de béton. Il a des avantages. On n’est pas obligé de le cacher. Il y a des projets où on le laisse apparent, car ça ajoute au design intérieur.

Plus ça va, plus les techniques se raffinent dans l’insonorisation. Lorsqu’on met l’environnement dans la balance, souvent tu vas être gagnant en travaillant avec la structure de bois.

Justement, est-ce que le fait que le bois permette de réduire l’empreinte écologique est un argument convaincant?

C’est de plus en plus vrai. Les pays ont beau signer les traités qu’ils veulent et se fixer des objectifs, il faut se donner les moyens d’y arriver. Et une des façons est de favoriser la construction en bois. J’ai l’impression qu’à court et moyen terme les constructeurs vont avoir des performances environnementales à atteindre du point de vue règlementaire et que le bois va contribuer à ça. Ce n’est pas la solution à tout, mais ça contribue à une bonne performance environnementale.

Vous pose-t-on beaucoup de questions par rapport à la résistance au feu?

Oui. Encore là, pour une structure légère en bois, ça brûle évidemment. Par contre, lorsque les codes sont respectés, normalement le danger est contrôlé. C’est-à-dire qu’il y a des murs coupe-feu où il doit en avoir et il y a les gicleurs aux bons endroits donc c’est plus ou moins inquiétant.

Du côté des structures de grande envergure de CLT ou de lamellé-collé, c’est à mon avis plus sécuritaire qu’une structure d’acier. Lorsqu’il y a un feu, il y a un pouce de ta poutre qui va carboniser superficiellement, mais toute la partie centrale va être intacte. Les bâtiments en structure de bois de grande section vont rester debout plus longtemps que n’importe quelle structure d’acier.

Dès que la chaleur devient trop intense, l’acier perd sa capacité portante et ça s’écroule tandis que le bois va rester debout parce que la partie saine à l’intérieur de la poutre continue à porter la bâtisse.

Est-ce que la recherche au Québec est avancée selon vous?

Elle pourrait avancer plus vite, mais je sais qu’il y a eu des coupures importantes dans les subventions pour les recherches en construction en bois. Ça semble vouloir se rétablir.

Lors du Forum innovation bois, il y a eu des annonces d’argent. La recherche et le développement sont la base de tout. On a pris une certaine avance il y a quelques années. Dues aux coupures, on a perdu un peu notre place de leader. C’est un peu dommage parce qu’on ne parle pas de montant immense. C’est ce qui soutient toute l’industrie.

Je pense qu’on a dépassé le stade de sortir juste du 2×4. Il y a autre chose et il y a beaucoup de place à développement et à amélioration dans ce domaine-là.

Où se situe-t-on par rapport aux autres provinces et l’Europe?

On avait une longueur d’avance grâce à Forintek/ FPInnovations qui était reconnu à l’international dans la recherche sur le bois. Au Canada, on a été longtemps les leaders. Mais dû aux difficultés de financement, ça a ralenti un peu.

La Colombie-Britannique a pris un pas d’avance sur nous. Ce n’est pas les gens qui manquent. Les chercheurs et la connaissance sont là. Ce sont le financement et les subventions qui vont nous permettre de prendre notre place. Mais une chose qui n’est pas beaucoup sue est qu’on est un exemple à suivre dans l’exploitation forestière à l’échelle internationale.

Trouvez-vous que les gouvernements et les villes en font assez?

Ils essaient de donner l’exemple. Ils le font autant que possible. Les villes, non. Le gouvernement du Québec s’est donné il y a quelques années la Charte du bois qui sans l’imposer – et c’est peut-être là le problème – favorise la construction en bois. Mais pour tout ce qui est paragouvernemental et municipal, il n’y a aucune contrainte.

L’utilisation du bois, ça dépend vraiment des fonctionnaires, du maire, de la bonne volonté de tout le monde. Il n’y a pas d’obligation à regarder cette option-là. Peut-être que la chose seule qui va obliger les différentes instances à étudier l’option bois est la réglementation du point de vue environnemental. Si ça vient à prendre place, ils vont devoir analyser cette option pour voir si c’est la bonne manière d’arriver aux performances exigées.