Pas d’énergie sans la forêt

Consultation pour une nouvelle politique énergétique

Inéluctablement, le Québec devra envisager le recours à cette source d’énergie potentielle que constitue la biomasse forestière, estime Évelyne Thiffault, professeure en sols forestiers et biomasse forestière à l’Université Laval.

Inéluctablement, le Québec devra envisager le recours à cette source d’énergie potentielle que constitue la biomasse forestière, estime Évelyne Thiffault, professeure en sols forestiers et biomasse forestière à l’Université Laval.

Photo: Guy Lavoie

4 Déc. 2014

L’apaisant feu de foyer consumant le bois de notre forêt ne perdra pas de sitôt sa place dans la catégorie source de bien-être mais il pourrait éventuellement être assorti d’un autre mode de production de chaleur issue du bois de nos arbres : la chauffe commerciale et institutionnelle alimentée par la biomasse forestière. Les acteurs du secteur forestier ont déjà dévoilé ce filon plus d’une fois et ils comptent bien clamer à nouveau la bonne nouvelle dans le cadre de la consultation pour une nouvelle politique énergétique annoncée par le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles le 7 novembre dernier.

Josée Descôteaux

Diffusée à peine neuf mois après le dépôt du rapport de la Commission sur les enjeux éner­gétiques, qui avait reçu plus de 450 mémoires, l’annonce a fait sourciller, même si le ministre PIERRE ARCAND se défend de vouloir faire table rase des recommandations de ce rapport.

Le processus qu’il a présenté comprend la diffu­sion d’ici avril 2015 de quatre documents de ré­flexion, la mise en place de trois tables d’experts devant se pencher sur différents thèmes et des consultations destinées aux communautés au­tochtones et au grand public.

La Fédération québécoise des coopératives fo­restières (FQCF) avait déposé un mémoire dans le cadre de la Commission sur les enjeux énergé­ tiques. Elle y met en valeur l’utilisation de la bio­masse forestière dans la production d’énergie. « Nous comptons déposer le même mémoire dans le cadre de la nouvelle consultation, in­dique EUGÈNE GAGNÉ, directeur adjoint et du développement de la fédération. Nos arguments seront les mêmes que ceux que l’on trouve dans les textes de Vision Biomasse Québec», ajoute­ t­il en signalant que la fédération souhaite avoir sa place à la table d’experts qui seront consultés par le gouvernement.

Vision Biomasse Québec comprend une série de propositions mettant de l’avant l’utilisation de la biomasse forestière comme source d’énergie alternative aux combustibles fossiles. Elles sont émises par un regroupement d’industriels, de coopératives (dont la FQCF), de municipalités et d’organismes environnementaux, sociaux et de recherche. « La biomasse forestière est une énergie verte, renouvelable, omniprésente dans toutes les régions du Québec et peu coûteuse. Elle peut remplacer efficacement les énergies fossiles qui sont de plus en plus rares et dont les coûts sont appelés à croître rapidement », peut-on lire à son sujet dans le site de la FQCF. « Nous souhaitons que le gouvernement, dans la prochaine politique énergétique, se donne une cible de production d’énergie à partir de la bio­masse », mentionne M. Gagné en précisant que l’utilisation de la biomasse pour la fabrication d’éthanol cellulosique, qui faisait l’objet d’une proposition dans le rapport de la commission sur les enjeux énergétiques, ne constitue pas un choix des plus judicieux parce qu’il entraîne des pertes d’énergie.

Le chauffage à la biomasse forestière suscite pour sa part de plus en plus l’intérêt des gestion­naires de bâtiments institutionnels ainsi que des propriétaires d’entreprises privées, tant commer­ciales qu’industrielles. C’est pour répondre à cet intérêt que la FQCF a créé une filiale, Service Forêt­Énergie; celle­ci permet aux coopératives forestières et à leurs partenaires d’offrir à leur clientèle des produits et des services tels que l’approvisionnement en plaquettes (copeaux énergétiques) ou en gran­ules, de même que la vente d’énergie.

Les atouts qui rendent la biomasse forestière in­contournable dans le cadre d’une politique éner­gétique s’incarnent dans des chiffres révélateurs, dévoilés dans Vision Biomasse Québec et cités par Eugène Gagné : d’ici 2025, elle permettrait notamment de produire 4000 gigawatts/heure d’énergie renouvelable, de substituer 400 millions de litres de combustibles fossiles et de se sous­traire à l’émission de un million de tonnes de CO2.

Nature Québec affiche sa déception de voir le rapport de la Commission sur les enjeux énergé­tiques mis au rancart et souhaite que l’utilisation de la biomasse forestière dans la production de chaleur fasse l’objet de recommandations dans les conclusions qui émergeront de la consultation. L’organisme est d’ailleurs co­porte­parole de la FQCF dans le soutien de Vision Biomasse Québec. « Il est important de retenir les bonnes filières pour la production d’énergie à partir de la res­source forestière, souligne CHRISTIAN SIMARD, directeur général de l’organisme.

L’exportation de granules pour des fins de production d’électricité par exemple, a un coût élevé et nous avons déjà des surplus. Il faut miser sur la biomasse pour la chauffe et remplacer le diesel et les autres énergies fossiles.» Inéluctablement, le Québec devra envisager le recours à cette source d’énergie potentielle que constitue la biomasse forestière, estime également ÉVELYNE THIFFAULT, professeure en sols forestiers et biomasse forestière à l’Université Laval. « Pour la production de chaleur et en termes d’outil de lutte aux changements climatiques, la biomasse est parfaite notamment pour cer­taines communautés éloignées qui sont près de la forêt et qui utilisent pourtant le diesel », mentionne-­t-­elle. Les biocarburants fabriqués à partir de la biomasse, malgré des succès jusqu’ici mitigés, peuvent aussi s’avérer un filon non négligeable, estime la spécialiste. Elle tempère son enthousiasme en admettant que le surplus d’énergie actuel du Québec com­mandera la prudence lorsque viendra le temps de consacrer des investissements à cette filière. Il n’en demeure pas moins qu’une politique d’aménagement intégré du territoire québécois permettrait de mettre judicieusement en valeur – et de bonifier ­ les ressources de la forêt et incidemment, de lui attribuer un rôle dans le système énergétique, soutient­elle.