Copeaux de bois: une situation à surveiller de près

Le directeur général de l

Le directeur général de l'APCQ, Pierre Marineau, fait remarquer que lorsqu’un arbre entre dans une scierie, il n’y a que 44% de celui-ci qui sera transformé en planches. Par conséquent, les sous-produits du sciage représentent 56%.

Photo: Guy Lavoie

9 Juin. 2016

Avec tout ce qui se passe dans l’industrie forestière, Le Monde Forestier a voulu savoir comment se portait l’industrie des copeaux de bois dans la Belle Province. Le directeur général de l’Association des producteurs de copeaux de bois du Québec (APCQ), PIERRE MARINEAU, a bien voulu dresser un bilan de la situation.

Louis-Antoine Lemire

D’entrée de jeu, il a tenu à préciser que le nom de son regroupement est vieux de 30 ans et que la mission de l’APCQ a évolué. En effet, il explique que son organisme s’occupe de tous les sousproduits du sciage, soit les copeaux, les sciures, les planures et les écorces. Il est responsable de maintenir et de trouver des marchés pour ces sous-produits du sciage.

Le directeur général fait remarquer que lorsqu’un arbre entre dans une scierie, il n’y a que 44% de celui-ci qui sera transformé en planches. Par conséquent, les sous-produits du sciage représentent 56%. Pierre Marineau souligne qu’un millier de PMP peut valoir 400$ sur le marché à l’heure actuelle. «Les sous-produits dégagés par ce mille PMP de bois valent environ 95$. Cela représente seulement 20% des revenus de la scierie. Si les scieurs ne sont pas en mesure de vendre ces sous-produits, ils devront obligatoirement fermer boutique», projette-til. Même une augmentation exceptionnelle du prix de vente du bois de sciage ne pourra compenser la perte de marché pour les sous-produits, car une telle hausse ne peut être que conjoncturelle.

Sous contrôle

Le directeur général indique que la situation ne s’améliore pas, car les copeaux produits par les scieries s’en vont majoritairement dans les papetières, mais celles-ci ne cessent de diminuer leur capacité de production en raison des ventes de journaux et des livres qui ont considérablement diminué.

Toutefois, il ajoute que le contexte n’est pas encore problématique, car le marché du sciage a ralenti et moins de copeaux ont été produits. Depuis deux ans, l’industrie du sciage a repris un peu aux États-Unis. En conséquence, l’inventaire de copeaux au sol augmente. «Normalement, nous aimons finir l’année avec 100 000 tonnes de copeaux. En 2014, on n’avait pas 150 000 tonnes et l’an dernier cela se chiffrait à 215 000 tonnes.

L’équilibre offre demande est fragile. Une bonne nouvelle, soit une reprise soutenue du marché du sciage, ou une mauvaise nouvelle, soit la fermeture d’une papetière, va automatiquement engendrer un surplus de sous-produits du sciage.

Des solutions?

M. Marineau et son équipe tentent de trouver des solutions. La première serait que les scieries produisent moins de copeaux. Pour ce faire, elles doivent être plus performantes. En ce sens, le pourcentage de sciage pourrait passer de 44 à 55%, a suggéré le directeur général.

«Si l’on améliore de 10% le rendement des scieries, il y aura 450 000 tonnes de moins de copeaux», estime-t-il. L’autre élément serait de ne pas diriger vers les usines de sciage du bois pour lequel il n’y a pas d’argent à faire. Pierre Marineau a rappelé que le ministère des Ressources naturelles a toujours exigé que tout soit apporté à l’usine. «Cela a fait en sorte qu’il y avait du bois croche qui était transformé à la scierie et qui produisait trop de copeaux. Heureusement, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a assoupli ses règles et permet depuis peu de laisser sur le parterre de coupe ces bois non économiquement transformables.

La troisième solution serait de faire autre chose avec le bois qui n’est pas acheminé vers les scieries. M. Marineau fait valoir que de nouveaux produits sont en train de se développer. «On peut faire de l’huile à diesel avec les résidus en forêt. On n’est pas dans les nuages. Il y a des gens très sérieux qui développent ça. Dans un an, ça va se faire», anticipe-t-il.

Par contre, développer des produits n’est pas une tâche facile, nuance le grand patron de l’APCQ. Le développement de marché et la recherche de financement sont des étapes qui demandent du travail de longue haleine. «Il faudrait que les gens travaillent plus souvent ensemble et décident de lancer une compagnie pour être complémentaires», suggère le directeur général. «Il faut qu’il y ait un partage de risques entre l’individu qui a la matière première et celui qui développe le produit», soutient-il. Il ajoute du même souffle que les institutions financières vont demander que la nouvelle entreprise fournisse des garanties raisonnables. Il faut aussi soutenir les utilisateurs actuels de sous-produits (papetières et usines de panneaux) pour qu’ils demeurent concurrentiels en leur fournissant une matière première de qualité et qui respecte leurs exigences. Ainsi, les scieries s’aident en aidant leurs clients à rester vivants.

En conclusion, Pierre Marineau affirme que la situation des scieries est acceptable, car elles sont en mesure de vendre à un prix qu’il qualifie de «pas pire». Selon lui, tout indique que l’industrie du sciage reprendra du poil de la bête, car le marché américain a repris de la vigueur et le nombre de maisons vendues a augmenté.