Expertise de La Matapédia en matière de biomasse

De la visite d’Alberta

La concertation entre les intervenants est l’un des aspects qui a impressionné les Albertains, tout comme le leadership de la SADC, la création d’emplois, mais aussi d’un pôle d’expertise et de nouvelles firmes et emplois spécialisés dans la biomasse. «On voit que c’est un secteur qui a redonné vie à la région», commente M. Labelle, qui s’est dit également impressionné par les installations de chauffage à la biomasse à l’hôpital d’Amqui.

Photo: Guy Lavoie

30 avr. 2012
Marie-Claude Boileau

La région de La Matapédia, pionnière dans le domaine du chauffage à la biomasse forestière, a reçu la visite d’Albertains à la fin mars, confirmant ainsi son rôle d’expert. La visite a été organisée par le Conseil de développement économique de l’Alberta (CDEA).

Hôte de la visite, la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) de La Matapédia est satisfaite de son déroulement. C’est la première fois que l’organisme accueillait une délégation d’une autre province. «Par contre, nous avons organisé diverses visites dont ce printemps, dont celle d’une délégation internationale de l’OCDE qui venait visiter des régions au Québec qui s’étaient développées à partir des énergies renouvelables. Nous accueillons également des groupes dans le cadre d’événement que nous organisons, comme des colloques ou des visites-terrain», explique MARTINE SOUCY, agente de développement et de communication, chargée du projet biomasse forestière à la SADC de La Matapédia.

C’est par le biais d’Internet que l’organisme albertain s’est intéressé à cette région. «L’objectif était de s’informer sur le chauffage à la biomasse. De par nos recherches, on s’est aperçu que la région de La Matapédia avait une forte expertise dans ce domaine. On voulait voir sur place comment ça se passait : rencontrer des les gens, prendre connaissance de diverses initiatives, du modèle coopératif et de l’implication de la communauté », souligne ROCH LABELLE, directeur du développement durable et de l’entreprenariat au sein de la CDEA.

La délégation était composée de sept personnes. Trois d’entre eux provenaient du hameau de Saint-Isidore, situé à 500 km au nord-ouest d’Edmonton. Cette petite communauté francophone de 400 habitants a été fondée en 1953 par des gens originaires de la région du Lac-Saint-Jean. Les autres étaient, entre autres, des représentants du Conseil de développement économique de l’Alberta. Cet organisme à but non lucratif est le chef de file du développement économique francophone en Alberta. La visite s’est déroulée dans le cadre des «Échanges d’espace économique francophone».

Parmi les visiteurs de Saint-Isidore se trouvait le conseiller EVENS LAVOIE, ainsi que deux représentants de la coopérative locale. La petite municipalité souhaiterait délaisser le gaz naturel et utiliser les copeaux de bois pour chauffer certains bâtiments municipaux, notamment le centre communautaire et une maison d’hébergement pour les personnes âgées. Au cours de leur visite, les Albertains ont fait le tour de plusieurs installations comme les chaufferies de l’Hôpital d’Amqui et du SEREX (Service de recherche et d’expertise en transformation des produits forestiers). De plus, ils ont pu s’entretenir avec différents organismes. «Ils ont rencontré le conseil d’administration du Réseau d’expertise et de valorisation en biomasse forestière et les responsables d’entreprises et organismes qui en font partie, dont la Coopérative forestière de La Matapédia, afin de connaître le fonctionnement de l’approvisionnement en biomasse forestière et visiter les installations d’entreposage de la biomasse. Ils ont rencontré Gestion conseils PMI, une entreprise qui réalise les études de faisabilité des projets et accompagne les clients dans le développement de ceux-ci. Ils ont également assisté à des présentations, dont une de la MRC de La Matapédia: la présentation du Réseau biomasse. Finalement, ils ont visité les sites des projets de chaufferies actuellement en cours de réalisation, dont celui de la ville de Causapscal», raconte Mme Soucy.

En entrevue au Monde Forestier, M. Labelle a raconté qu’il existait très peu de projets de chauffage à la biomasse forestière chez lui. «Ce sont surtout des initiatives privées. Par exemple, des papetières qui utilisent leurs rebuts forestiers pour chauffer leur usine. Parfois c’est d’ordre municipal, mais la communauté est rarement, voire pas, impliquée », mentionne-t-il. Comme la délégation a pu le constater, c’est tout un contraste avec ceux dans la région de La Matapédia, où plusieurs partenaires ont participé au dossier. Qui plus est, plusieurs sont issus d’entreprises coopératives, une formule employée dans le hameau de Saint-Isidore pour son développement économique.

La concertation entre les intervenants est l’un des aspects qui a impressionné les Albertains, tout comme le leadership de la SADC, la création d’emplois, mais aussi d’un pôle d’expertise et de nouvelles firmes et emplois spécialisés dans la biomasse. «On voit que c’est un secteur qui a redonné vie à la région», commente M. Labelle, qui s’est dit également impressionné par les installations de chauffage à la biomasse à l’hôpital d’Amqui.

Après avoir recueilli toutes ces informations, le CDEA se penche maintenant sur la suite. «Dans un premier temps, on aimerait faire un suivi avec l’une des firmes-conseils pour lancer une étude de préfaisabilité. C’est un exercice pour lequel on souhaite se prêter, mais adapté à notre réalité», fait-il savoir. Selon M. Labelle, le défi en Alberta est la concurrence du gaz naturel qui est très abordable et dont le réseau est bien établi en province. «On veut voir comment on pourrait intégrer le chauffage à la biomasse. Ce n’est pas la matière qui manque. Il suffit de voir si c’est économiquement viable», ajoute-t-il en précisant qu’ils ont une préoccupation sur l’aspect environnemental. «On veut se prendre d’avance. Si le projet de biomasse n’avance pas demain ou cette année, on croit tout de même explorer cette filiale qui est un secteur que l’on croit être porteur. Cette mission sera sûrement bénéfique à moyen et long terme», conclut M. Labelle.