Débardage : un défi particulier en forêt privée

19 Nov. 2020

Après avoir cultivé patiemment sa forêt pendant des années, un propriétaire privé voit poindre le moment de la récolte. C’est le temps de passer à la caisse! Un seul souci : un chemin doit être aménagé. Or, la facture qui est associée s’avère aussi élevée que le prix de vente du bois. Un défi vous dites, sortir le bois en forêt privée?

Dany Rousseau

Pour le directeur général d’Aménagement forestier et agricole des Sommets, SYLVAIN DRAPEAU, il ne fait pas de doute que le financement des chemins forestiers nécessaires à l’exploitation forestiere constitue un enjeu important en forêt privée.

«On dit à nos gens que c’est un investissement d’aménager un chemin. Et c’est le cas. Les propriétés dotées d’une route augmentent grandement leur valeur. Quand même, lorsqu’une personne doit débourser 10 000 $ de sa poche et que ça vient gruger une bonne partie des profits, il y en a plusieurs que ça décourage», explique-t-il.

Dans la région de l’Estrie, M. Drapeau fait valoir qu’on retrouve des lots privés faisant en moyenne 40 hectares. Les récoltes se font généralement sur une partie seulement de la propriété, le plus souvent de 10 à 15 hectares.

Pour récolter le bois à l’aide d’une tête multifonctionnelle et d’un transporteur, il faut généralement aménager une route afin de débarder sur une distance raisonnable. À partir du chemin, ce type d’équipements débarde le bois sur une distance pouvant aller jusquà 900 mètres.

Fréquemment en forêt privée, la configuration s’appliquant est celle de terrains d’une bonne longueur, mais d’une faible largeur. En aménageant un tronçon au centre de la propriété, on se retrouve souvent avec seulement de 200 à 300 mètres de forêt à aménager de chaque côté. C’est donc dire que le nombre de mètres cubes récoltés par kilomètre de chemin n’est pas optimal.

En comparaison, en forêt publique, les entreprises composent avec des territoires beaucoup plus vastes et sont en mesure d’aménager un réseau routier permettant une utilisation plus efficace de la machinerie. Le coût du chemin au mètre cube récolté se s’en trouve ainsi réduit.

Groupements forestiers Québec

Groupements forestiers Québec effectue des représentations constantes auprès du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) afin que la spécificité de la forêt privée quant aux coûts de débardage soit prise en compte dans ses programmes.

«Au fil des ans, on a obtenu la reconnaissance non seulement de la grande efficacité de la forêt privée, mais aussi de la nécessité de développer son plein potentiel de manière à contribuer à l’économie de l’ensemble des régions. Si le gouvernement est sérieux dans ses intentions, il doit prendre en compte les besoins de propriétaires y compris en ce qui concerne l’aménagement de chemins», fait valoir le président de Groupements forestiers Québec, Rénald Bernier.

Auparavant, les propriétaires privés pouvaient se prévaloir d’une subvention gouvernementale couvrant une partie des travaux. Cette subvention n’existe plus, il reste toutefois un crédit d’impôt de près de 2750 $ du kilomètre, lequel peut être doublé sur présentation des factures.

Expertise en aménagement de chemins

L’équipe d’AFA des Sommets offre des services de conseil en matière de construction de chemins, en plus d’être en mesure d’assumer la réalisation de l’ensemble des opérations. «La plupart des propriétaires choisissent de nous confier l’ensemble des travaux, car ils voient qu’on s’arrange pour leur sauver des coûts. De plus, la construction des chemins est supervisée par un contremaître de coupe qui s’assure que ceux-ci seront conformes à l’utilisation voulue», avance M. Drapeau.

Celui-ci souligne que le prix peut varier grandement en fonction des conditions sur place. Ainsi, l’aménagement sur un terrain plane et sablonneux s’avérera beaucoup moins dispendieux qu’à un endroit rocheux et en pente.

«Notre rôle est de construire des chemins de la meilleure qualité possible et au meilleur prix. Nous utilisons le plus de matériel en place de manière à minimiser les coûts pour le propriétaire. En choisissant la bonne période de l’année pour les travaux et en les planifiant à long terme pour que les chemins aient le temps de durcir, on s’assure d’atteindre nos objectifs».

Quelles sont justement les bonnes périodes de l’année pour la construction de chemins forestiers? Pour le directeur d’AFA des Sommets, cela dépend de différents facteurs, dont la qualité du chemin.  «Si le chemin est de basse qualité, on a avantage à agir par temps très sec ou par temps gelé».

«Aménager un chemin, c’est une décision profitable pour un propriétaire qui veut mettre en valeur sa forêt privée. C’est quelque chose qui va rester et permettre plusieurs récoltes, en plus de faciliter l’accès et l’entretien du terrain. La valeur de la propriété s’en trouvera aussi grandement augmentée. Autrement dit, c’est un investissement à long terme», conclut M. Drapeau.