Efficience et mise en oeuvre du régime forestier

Défis du MRN malgré les compressions

Le professeur Luc Bouthillier s’interroge sur l’ampleur du défi que représente la mise en place d’un nouveau régime forestier dans un contexte de restrictions budgétaires.

Le professeur Luc Bouthillier s’interroge sur l’ampleur du défi que représente la mise en place d’un nouveau régime forestier dans un contexte de restrictions budgétaires.

Photo: Pascal Ouellette

9 Jan. 2013
Claude Morin

Le ministère des Ressources naturelles devra composer avec une compression budgétaire réelle de 37 M $ (-7%) au cours de son exercice financier 2013-2014.

Son budget total est ainsi ramené de 519 M $ à 405 M $, avec des transferts et suppressions d’activités non récurrents de l’ordre de 77 M$, soit 15 % du budget de 2012-2013. L’analyse pointue des crédits du ministère se fera en commission parlementaire cet hiver, mais déjà la ministre, MARTINE OUELLET, a voulu garantir l’exécution des travaux sylvicoles de la prochaine année : « Je veux rassurer les gens du monde forestier. Du côté du ministère des Ressources naturelles, nous avons fait tous les efforts nécessaires pour maintenir les montants qui étaient octroyés l’an dernier en contrat privé pour l’ensemble des travaux sylvicoles. On veut le plus possible préserver le futur puisque c’est avec l’aménagement sylvicole que l’on prépare la forêt de demain. Il y aura de l’efficience qui se fera dans la gestion interne du ministère des Ressources naturelles et il y aura des efforts qui se feront dans certains programmes particuliers », a-t-elle précisé.

L’apport du Fonds des ressources naturelles

Le professeur de politique forestière et d’évaluation environnementale de l’Université Laval, LUC BOUTHILLIER, considère que l’actuel Fonds des ressources naturelles sera probablement mis à contribution pour garantir l’intensification des travaux sylvicoles au Québec. « Il se pourrait bien qu’une certaine proportion des revenus de redevances et d’enchères sur le bois debout, provenant de la forêt publique, soit débranchée du Fonds consolidé du gouvernement pour alimenter le Fonds des ressources naturelles et, auquel cas, l’effort sylvicole pourrait être maintenu par des apports de ce Fonds.

Créé et connu sous l’appellation de Fonds forestier en 1986, il servait à financer la recherche et favoriser l’aménagement accru de nos forêts, à partir d’un certain pourcentage provenant des redevances forestières. Pour l’année 2013-2014, on semble garder le cap et, pour tous les gens qui font des travaux sylvicoles, c’est une bonne nouvelle dans le cadre des programmes réguliers », analyse le professeur Bouthillier. Le maintien des sommes dévolues à l’aménagement de la forêt québécoise reçoit l’assentiment des industriels, étant donné que les zones d’intensification auront un rôle prépondérant à jouer dans le cadre d’une exploitation durable de la ressource forestière.

« Qu’on nous dise que les budgets sont au rendez-vous, c’est, de fait, une bonne nouvelle pour les aménagistes et toutes les organisations qui dépendent de ces contrats de travaux sylvicoles. D’autant plus qu’au Québec, nous aurons, à moyen terme, une réflexion à faire sur toute la question des aires d’intensification de la sylviculture, à savoir : comment allons-nous réussir à augmenter la possibilité forestière et quels types de travaux sont les plus appropriés pour nous permettre d’atteindre nos objectifs? », fait valoir le président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), ANDRÉ TREMBLAY.

Priorité au nouveau régime forestier

Malgré les restrictions budgétaires édictées par le Conseil du trésor du gouvernement du Québec, le 6 décembre dernier, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, maintient le cap vers l’instauration du nouveau régime forestier, le 1er avril 2013. « Ma priorité, c’est la mise en oeuvre du nouveau régime forestier. Je veux travailler avec l’ensemble des interlocuteurs pour qu’on réussisse à faire un atterrissage en douceur et harmonieux. Il s’agit d’un changement important et nécessaire qui a été initié depuis un certain nombre d’années. Nous étions dans un régime forestier d’une autre époque et celui-ci a été vraiment revalorisé avec la nouvelle Loi sur les forêts, adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale, au printemps 2010 », souligne la nouvelle titulaire du ministère des Ressources naturelles.

Pour sa part, le professeur Luc Bouthillier s’interroge sur l’ampleur du défi que représente la mise en place d’un nouveau régime forestier dans un contexte de restrictions budgétaires. « Avec l’implantation prochaine du nouveau régime forestier, on peut se demander comment peut-on vivre l’austérité budgétaire tout en bâtissant du neuf. Il y a tellement de chantiers en marche dans l’application de ce nouveau régime qu’on aimerait voir où on va aller chercher ces 37,3 M$. Néanmoins, l’étude des crédits en commission parlementaire, cet hiver, devrait permettre d’en savoir un peu plus sur ces nouvelles façons de faire les choses », explique-t-il.

Ces inquiétudes sont aussi partagées par le président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière : « Les compressions qui découlent du budget du nouveau gouvernement ajoutent à nos inquiétudes déjà présentes sur la capacité du ministère de mettre en oeuvre l’ensemble du régime à partir du 1er avril 2013. Nous demeurons en intenses discussions avec les représentants du ministère sur plusieurs sujets où nous attendons des réponses », déclare André Tremblay.

La nouvelle « Charte du bois »

Le resserrement des dépenses du ministère n’infléchira pas non plus la volonté de la ministre Martine Ouellet de doter le Québec d’une Charte du bois pour valoriser des usages commerciaux, industriels et institutionnels de tous ces nouveaux produits issus de l’ingénierie : poutres, madriers et structures en bois. « L’énoncé de cette nouvelle Charte pour favoriser la construction d’immeubles en bois doit contribuer à mettre en valeur cette ressource dans de nouveaux créneaux d’utilisation », mentionne la ministre.

Initiative bien accueillie par tous, mais peut-être plus particulièrement par l’industrie forestière québécoise. « On ne peut qu’applaudir à cette volonté clairement exprimée non seulement par la ministre Martine Ouellet mais aussi par la première ministre, PAULINE MAROIS, au moment du discours inaugural à l’Assemblée nationale, le 1er novembre dernier. On pense que le bois est un matériau de substitution au béton et à l’acier, à la fois pour contribuer au bilan environnemental du Québec et pour diminuer les coûts de la construction dans une proportion de 10 à 15 %, selon les conclusions d’une récente étude de la Colombie-Britannique », révèle le PDG du CIFQ, André Tremblay. Les colonnes de chiffres, issues des crédits du ministère des Ressources naturelles, seront sans doute scrutées à la loupe par de nombreux acteurs du secteur forestier québécois lors de la tenue d’une commission parlementaire, vraisemblablement en février 2013.