CHANTIERS CHIBOUGAMAU

Des ponts de bois en plein bois… et un jour à la ville?

Et la robustesse? « Ils sont en mesure de prendre des camions portant une charge qui peut atteindre 350 000 livres », indique Frédéric Verreault.

Et la robustesse? « Ils sont en mesure de prendre des camions portant une charge qui peut atteindre 350 000 livres », indique Frédéric Verreault.

Photo: archives LMF

8 Nov. 2017

On traversera la rivière quand on sera rendu au pont, dit-on au Québec. Nous y sommes. Aux ponts de bois. Ils sont plus d’une centaine signés Chantiers Chibougamau, disséminés dans les forêts du Québec. Costauds, pour supporter les assauts des camions de l’industrie forestière. Résistants, face aux agressions météorologiques. D’allure sobre et distinguée, mettant en valeur la ressource de nos forêts. Et fin prêts pour le milieu urbain. Leurs concepteurs rêvent de les y construire et touchent du bois.

Josée Descôteaux

Ils gardent tout de même les pieds sur terre, ou plutôt en forêt, pour laquelle d’autres ponts de bois sont inscrits dans les carnets de commandes de Chantiers Chibougamau, qui conçoit ces oeuvres de génie depuis une dizaine d’années au Québec.

En plein bois, les ponts en bois vont de soi, pourrait-on croire. Cette nécessaire cohérence compte d’ailleurs parmi les arguments qui militent en faveur du bois plutôt que de l’acier pour la construction de ces ponts, comme le signale FRÉDÉRIC VERREAULT, porte-parole des Chantiers Chibougamau. « Nous sommes dans une filière qui valorise le bois et nous avons la possibilité d’y accéder avec du bois massif, c’est une opportunité de cohérence emballante », précise-t-il.

L’impératif de rapidité et de gain de temps pèse également lourd dans la balance du choix de ce matériau, souligne M. Verreault. Il peut ainsi s’écouler seulement de trois à quatre semaines entre la commande et l’installation sur le chantier. Pour un pont d’une portée de 25 mètres ou moins par exemple, les travaux sur le chantier peuvent être réalisés en une semaine, alors que les délais de production et l’installation des ponts en acier peuvent s’étaler sur une période beaucoup plus longue, indique M. Verreault.

La construction en bois permet également de réaliser des économies qui peuvent s’élever jusqu’à 10 à 20 % par rapport à la construction en acier (Chantiers Chibougamau n’est pas en mesure de fournir des montants d’argent). Tels les arbres robustes de nos forêts qui se tiennent fièrement debout dans les secousses hivernales, les ponts faits de bois sont conçus pour résister aux rigueurs de l’hiver et de son corollaire, les abrasifs que l’on épand sur les routes.

Et la robustesse? « Ils sont en mesure de prendre des camions portant une charge qui peut atteindre 350 000 livres », indique Frédéric Verreault. Faits forts et faits pour durer : même si les ponts les plus « vieux » conçus par Chantiers Chibougamau ne sont âgés que de dix ans, le bois a déjà fait ses preuves avec les ponts couverts au Québec, dont certains ont été construits il y a au moins 100 ans. On peut donc croire en la durabilité de ces ponts forestiers, affirme M. Verreault.

Il faut tout de même en prendre soin pour assurer la longévité escomptée tout en préservant leur bon état. L’entretien des ponts en bois est peu coûteux et peu contraignant, souligne le porteparole de Chantiers Chibougamau. Il consiste à appliquer une couche de scellant sur ses surfaces extérieures tous les cinq ans. Le concepteur offre le service d’entretien, mais la décision de lui confier cette tâche est laissée à la discrétion du propriétaire du pont.

À LA FORÊT COMME À LA VILLE?

La construction des ponts se déroule quant à elle en cinq étapes. « Il faut d’abord analyser le site pour établir les besoins pour la structure, c’est-à-dire la portée libre entre les deux rives explique M. Verreault. Ceci nous permettra de choisir le concept de la structure; par exemple, sera-t-elle droite ou arquée, ou constituée de plusieurs sections. » Une fois qu’on a déterminé si l’on utilisera un modèle de structure existant ou encore s’il sera nécessaire d’en concevoir un, les ingénieurs de Nordic Structure, société soeur de Chantiers Chibougamau, entreprennent les plans et devis avec des collaborateurs extérieurs.

Puis on procède à la fabrication en usine. D’abord les poutres (composées de planches d’épinette noire de 1 pouce X deux pouces ou de 1 pouce X 3 pouces), qui sont ensuite assemblées pour former des caissons en bois lamellé-collé. On applique par la suite un scellant de protection sur les surfaces extérieures. « Chaque morceau de bois est préparé par des robots numérisés, afin de lui donner la forme requise sur le chantier », précise M. Verreault en ajoutant que les pièces sont ensuite acheminées jusqu’aux véhicules de transport via un convoyeur, afin d’être expédiées sur le chantier. Enfin, on prépare le site (excavation, installation des culées, etc.) avant d’installer la superstructure, puis les autres pièces.

Chantiers Chibougamau n’est pas la seule à construire ce type de pont forestier au Québec. Le concept n’aurait pas encore été adopté dans les autres provinces canadiennes, selon M. Verreault. « On note tout de même un intérêt. Des entreprises qui possèdent des réseaux d’oléoducs y voient une perspective prometteuse », mentionne-t-il.

Les ponts en bois ont toutefois déjà leur place en Europe, où l’on trouve aussi des viaducs construits en bois; ils furent d’ailleurs au départ la source d’inspiration de Chantiers Chibougamau. Et ici, ne pourrait-on pas voir des ponts en bois ailleurs qu’en forêt? « On rêve du jour où l’on pourra livrer un viaduc sur la 20!, lance Frédéric Verreault. Nous sommes prêts. Nous avons déjà fait des démarches exploratoires auprès du ministère des Transports. » Celui-ci pourrait gagner à ajouter le bois aux matériaux utilisés pour les ponts (acier et béton), estime M. Verreault.

Outre les économies monétaires, la rapidité d’exécution de ce type d’ouvrage permettrait de limiter la durée d’entrave à la circulation routière. Sans compter la durabilité de ces ponts, qui ne sont pas abîmés par les abrasifs. Que les ponts de bois soient installés en forêt ou en milieu urbain, le défi technique est le même pour Chantiers Chibougamau, signale Frédéric Verreault. Il est donc permis de rêver… en espérant que le proverbe « Beaucoup d’eau coulera sous les ponts » ne prendra pas des airs de réalité!