Le diagnostic de Robert Beauregard

Le doyen de la Faculté de foresterie, géographie et géomatique de l’Université Laval, Robert Beauregard, a présenté un diagnostic fort perspicace de l’état de la situation forestière au Québec. Sa démonstration a fait consensus parmi les divers partenaires présents au Rendezvous de Saint-Félicien.

Le doyen de la Faculté de foresterie, géographie et géomatique de l’Université Laval, Robert Beauregard, a présenté un diagnostic fort perspicace de l’état de la situation forestière au Québec. Sa démonstration a fait consensus parmi les divers partenaires présents au Rendezvous de Saint-Félicien.

Photo: Claude Morin

9 Déc. 2013
Claude Morin

L’état de la situation de l’ensemble du secteur forestier, présenté par le doyen de la Faculté de foresterie, géographie et géomatique de l’Université Laval, ROBERT BEAUREGARD, a reçu l’approbation de l’ensemble des partenaires présents au Rendez-vous de Saint-Félicien. Ses constatations et sa vision d’avenir de la filière des produits forestiers ont suscité un vif intérêt chez tous les participants(es).

Le chercheur a fait la démonstration que le statu quo entraînerait nécessairement une diminution du nombre d’emplois et de la richesse au Québec; d’où la nécessité de mobiliser tous les acteurs vers la création d’un modèle d’affaires axé sur l’innovation. « Nous sommes appelés à développer un tout nouveau réseau de création de valeurs. Pour compenser la fin du cycle de vie du papier journal, nous devons développer d’autres segments, tels l’énergie à partir de résidus forestiers, le bio-raffinage et la chimie verte qui représentent de nouvelles productions complémentaires aux capacités de production des pâtes et papiers », a-t-il soutenu.

Liens structurels scieries et papetières

« Tous les secteurs vivent une crise structurelle. Quand une bille entre dans une usine de sciage, on produit des madriers et en même temps, on produit des copeaux. On ne peut pas considérer l’un sans l’autre. Si l’un de ces deux produits phares subit une crise profonde, c’est l’ensemble du secteur qui écope et ce, même si les prix du bois d’oeuvre se raffermissent.

L’industrie du sciage ne pourra pas être viable si on ne trouve pas de solutions au secteur du papier. Cela décrit une particularité importante de la situation actuelle du secteur de la transformation des produits du bois », a expliqué Robert Beauregard. Selon le doyen de la Faculté de foresterie de l’Université Laval, il est primordial de construire un modèle d’affaires tourné vers l’innovation, en considérant les cycles de vie des produits qui disparaissent en fonction de ceux qui naissent. Il devient essentiel de favoriser un virage industriel orienté vers les systèmes de construction préfabriqués, les biomatériaux, la chimie verte, les biocarburants et la substitution du mazout lourd par la biomasse forestière résiduelle. « Ces axes de développement de l’industrie forestière ont le potentiel de créer de nombreux emplois, en plus d’être une locomotive pour l’économie durable du Québec de demain, à condition que l’aménagement forestier durable fasse partie de l’équation », a soutenu Robert Beauregard.

Sylviculture et aménagement durable

Les pratiques sylvicoles efficaces et l’aménagement écosystémique sont aujourd’hui reconnus à la fois par les environnementalistes et les industriels. Ces façons de faire ont ainsi favorisé la certification des opérations forestières sur la majeure partie du territoire québécois; c’est pourquoi Robert Beauregard plaide pour un soutien aux entreprises sylvicoles et aux entrepreneurs forestiers. « On doit continuer à faire de la recherche sur les stratégies sylvicoles, la productivité forestière et les procédés de transformation. On doit également transférer les connaissances sur le terrain et échanger les meilleures pratiques entre les régions », fait-il valoir.

Le chercheur souligne que le Québec est devenu un leader mondial en qualité du bois, productivité forestière ainsi que dans les procédés de transformation ce qu’on décrit sous le vocable de « génomique fonctionnelle forestière ». Selon lui, il faut continuer d’innover et d’investir dans la recherche.

Mobilisation de tous les acteurs

Pour réussir ce virage vers une économie verte et relever tous ces défis, Robert Beauregard reconnaît la nécessité d’une concertation intelligente de tous les partenaires qui tirent des avantages de la forêt. « Les industriels doivent poursuivre leurs efforts de réduction des coûts mais aussi, développer des modèles d’affaires basés sur l’innovation et le développement de nouveaux marchés.

Les produits forestiers de demain étant des produits verts, les entreprises forestières doivent développer une relation partenariale de plus en plus profonde avec le mouvement environnementaliste. Ces deux acteurs ont des intérêts différents mais ils ont suffisamment d’intérêts communs pour devoir développer une communauté de vues et d’action sur l’avenir du secteur », a-t-il souhaité.