À Québec

Granules de bois: en quête de réponses

L’implantation d’un site de transbordement de granules de bois dans la Ville de Québec propose un nouveau marché vers l’Europe pour l’exportation de biomasses forestière.

L’implantation d’un site de transbordement de granules de bois dans la Ville de Québec propose un nouveau marché vers l’Europe pour l’exportation de biomasses forestière.

Photo: Guy Lavoie

14 Oct. 2014

L’implantation d’un site de transbordement de granules de bois dans la Ville de Québec propose un nouveau marché vers l’Europe pour l’exportation de biomasses forestière. Chez Nature Québec, on observe le projet avec beaucoup d’attention. Plusieurs de leurs interrogations sont restées sans réponses.

Marie-Claude Boileau

Cette avenue se montre intéressante, mais des données sont manquantes pour permettre à l’organisme de se faire une tête. Dans un premier temps, d’où vient la ressource et comment a-t-elle été fabriquée? «L’industrie de la granule nous dit qu’elle provient des résidus de transformation. Si c’est le cas, ça occasionne un moins gros impact sur la forêt. Par contre, si on prend l’arbre au complet, c’est autre chose», fait savoir AMÉLIE ST-LAURENT SAMUEL, chargée de projet Biomasse à Nature Québec.

Dans le projet présent, la granule est fournie par Rentech, une compagnie ontarienne. Sur son site Web, elle note que la fibre provient des forêts de la Couronne canadienne sans ajouter d’autres précisions. «En ce qui concerne le type d’approvisionnement, il est possible de comprendre qu’il ne s’agit pas de résidus de sciage. S’agit-il d’arbres entiers? Il est certain que l’utilisation de résidus est beaucoup plus intéressante en ce qui concerne les délais de remboursement de la dette de carbone», indique Mme St-Laurent. Nature Québec aimerait connaître l’analyse de cycles de vie, ce qui permettrait d’apporter des précisions. «Si c’est bon, on ne pourra qu’acclamer le projet», dit-elle.

L’autre point concerne le transport de la matière. Actuellement, les granules partent du nord de l’Ontario en train jusqu’à Québec. La distance est considérable. Rentech écrit qu’elle «transportera les granules de bois sur près de 1 110 km entre l’installation de Wawa et le port de Québec et sur près de 1 500 km depuis l’installation d’Atikokan.

Rentech prévoit louer plus de 200 wagons à trémie couverts fournis par des tiers, pour le transport de granulés de bois vers le port.» Notez que le produit part ensuite par bateau vers l’Angleterre. «Le bateau est un moyen assez écologique du point de vue des gaz à effet de serre, mais ça suppose de grandes distances de transport», indique Mme St-Laurent.

Développer la filière au Québec

L’organisme souhaite plutôt qu’on développe la filière de la biomasse au Québec. «Une chose est certaine, le développement d’une filière locale d’utilisation de la biomasse forestière résiduelle visant le remplacement des combustibles fossiles les plus polluants (charbon, mazout, propane) pour le chauffage serait un projet beaucoup plus intéressant d’un point de vue économique, social et environnemental. C’est le type d’initiative qu’appuie Nature Québec.

Il y a des potentiels énormes de conversion. Ainsi, ça permettrait d’utiliser une ressource localement, de réduire le transport, de faire travailler des gens au Québec, de créer une économie, de renforcer le secteur forestier et d’avoir une opportunité environnementale», soutient Mme St-Laurent. Selon elle, il faut mettre des efforts pour structurer cette filière. L’exportation de biomasse peut s’avérer une option facile. Si elle est exploitée en masse, Mme St-Laurent craint qu’on oublie de la développer chez nous.

Analyse du cycle de vie

Le Bureau de la promotion du bois (QWB) a donné un mandat au Centre inter universitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) de l’Université de Montréal pour faire une analyse de cycle de vie selon deux scénarios sur l’utilisation de la granule.

Le premier concerne la production de granules en Ontario pour un transbordement à Québec et une expédition au Royaume-Uni pour la production d’électricité ce qui représente la situation au site de transbordement dans le Port de Québec.

Le deuxième est l’utilisation de granules au Québec en remplacement de l’énergie fossile pour le chauffage institutionnel. «Nous avons réalisé une première étape. Pour publier une analyse de cycle de vie, il faut faire une revue critique de ce qu’on s’apprête à faire. Elle devrait sortir cet automne», indique JOHN W. ARSENAULT, directeur, groupe granules de bois à QWEB. Celui-ci informe que les résultats sont positifs. «Il y a une réduction significative des gaz à effet de serre dans la production des granules. Ça confirme le même genre d’analyse faite à plusieurs reprises pour les granules dans l’Ouest canadien», dit-il.

En Angleterre

L’utilisation de granules de bois ne fait pas l’unanimité en Angleterre. Les mêmes questions soulevées par Nature Québec ont été posées. Là-bas aussi, les environnementalistes craignent qu’une grande demande de biomasse entraîne la coupe d’arbres complets. Pour lire l’article de la BBC, cliquez ici.

À l’avant-garde de la technologie

Le nouveau site de transbordement de granules de bois d’Arrimage Québec, situé au Port de Québec, a été construit dans un souci d’être la référence mondiale de l’industrie. Ayant nécessité un investissement de 25 M$, les silos sont dotés d’équipements à la fine pointe de la technologie.

Rappelons que ces installations visent à recevoir des granules de bois qui proviennent de l’Ontario et qui sont ensuite acheminées par bateau en Angleterre. Avec cette construction, l’objectif de l’entreprise était basé sur deux aspects, soit le respect de l’environnement en éliminant au maximum le bruit et la poussière et de maximiser la sécurité du site.

Le Service de protection contre les incendies de la Ville de Québec a d’ailleurs collaboré pour établir notamment un plan d’intervention d’urgence. Les lieux ont été équipés d’un système à l’azote liquide pour éliminer rapidement l’oxygène en cas d’incendie. Des sondes ont été installées pour calculer les augmentations de température. Les dômes blancs ont été construits en béton afin d’offrir un meilleur contrôle de la température interne et une plus grande facilité de dispersion de la chaleur. Une ventilation constante et variable se fait en fonction de la température interne des silos et elle est constamment contrôlée. De plus, une surveillance est effectuée 24h sur 24, 7 jours sur 7 par deux postes fixes et un mobile dont l’information est transmise par des sondes. De leur côté, les opérations de déchargement des wagons et le chargement des navires se déroulent en vase clos. Ainsi, la poussière est récupérée, puis envoyée dans des entreprises locales qui s’en servent à des fins de chauffage.