Biocarburant à partir de résidus forestiers

Bioénergie La Tuque: entente avec une entreprise finlandaise

Bioénergie La Tuque (BELT) est un organisme sans but lucratif mis sur pied il y a deux ans. PATRICE BERGERON préside le conseil d’administration. Celui-ci est également directeur forestier, diversification économique pour la ville de La Tuque. En fait, la municipalité est allée le chercher en 2011 alors qu’il travaillait à la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice comme directeur des opérations et directeur de l’aménagement forestier.

Bioénergie La Tuque (BELT) est un organisme sans but lucratif mis sur pied il y a deux ans. PATRICE BERGERON préside le conseil d’administration. Celui-ci est également directeur forestier, diversification économique pour la ville de La Tuque. En fait, la municipalité est allée le chercher en 2011 alors qu’il travaillait à la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice comme directeur des opérations et directeur de l’aménagement forestier.

Photo: Guy Lavoie

24 Fév. 2017

Le projet d’usine de biocarburant à La Tuque a franchi un pas important à la mi-janvier. Bioénergie La Tuque (BELT) a conclu une entente avec Neste Corporation, une entreprise finlandaise spécialisée dans les carburants renouvelables.

Marie-Claude Boileau

Cette association permettra d’aller de l’avant avec la première phase d’un projet global qui vise la construction d’une usine de biocarburant à La Tuque pour 2023. Le partenariat entre les deux organisations consistera à l’évaluation de la faisabilité technico-économique du projet qui doit valider la disponibilité de la biomasse à un coût compétitif, l’identification des goulots d’étranglement technologiques dans les lignes de procédés les plus prometteuses et la validation d’un niveau de risque technico-économique acceptable.

Producteur mondial de diesel renouvelable à partir de déchets et de résidus, Neste apportera son haut niveau d’expertise aux équipes de BELT. Rappelons qu’en mai 2016, BELT et FPInnovations ont signé une entente de collaboration pour implanter une usine de bioraffinage qui serait alimentée par de la biomasse forestière. À terme, le projet représentera un investissement de 700 M$ et la création de 490 emplois. On raffinera alors 200 millions de litres de biodiesel annuellement avec des résidus forestiers, ce qui permettrait une réduction de 575 000 tonnes de CO2 par année.

«Avec l’annonce publique du partenariat avec Neste, le chef de file mondial dans la fabrication des carburants renouvelables, le projet La Tuque vient de franchir une étape importante, tant au niveau crédibilité que réalisation de cette entreprise d’envergure», indique PATRICE MANGIN, directeur général de BELT et titulaire de la chaire en bioéconomie/bioénergie à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

ANNONCE BIEN ACCUEILLIE

Plusieurs dignitaires ont pris part à cette annonce publique le 17 janvier, dont le Dr LARS PETER LINDFORS, vice-président principal secteur des technologies chez Neste Corporation et Son Excellence VESA LEHTONEN, ambassadeur de Finlande au Canada. «Le projet BELT est un excellent exemple du potentiel de relations économiques entre la Finlande, la province de Québec et le Canada. Nos entreprises et instituts de recherche recherchent ensemble des innovations et des prospects pour des investissements communs. En Finlande, le cadre réglementaire supporte de hauts niveaux de contenu en carburants avancés. Cette situation a contribué à des travaux de recherche et de développement de classe mondiale dans le domaine et à concrétiser des investissements majeurs dans la production de carburants renouvelables dits avancés», rapporte ce dernier.

JULIE BOULET, ministre du Tourisme et ministre responsable de la Mauricie et députée de Laviolette, s’est réjouie du partenariat. «Le projet BELT est très important pour la Mauricie et le Québec puisqu’il pourrait permettre de créer plus de 500 emplois dans la région de la Haute-Mauricie tout en favorisant sa diversification économique. Je suis très heureuse de constater que la Finlande et l’entreprise NESTE s’intéressent de près au projet, au point de partager leur expertise en matière de développement des énergies renouvelables. Je suis contente également de constater que les missions économiques réalisées par les gens de Bioénergie La Tuque portent fruits. C’est la preuve qu’il est possible de développer de beaux projets de partenariats internationaux dans toutes les régions du Québec», dit-elle.

Même son de cloche de la part de FRANÇOIS-PHILIPPE CHAMPAGNE, député de Saint-Maurice-Champlain et ministre du Commerce international : «Je suis très fier de cette annonce de partenariat entre Bioénergie La Tuque et Neste Corporation. En plus d’être un projet innovant et structurant, il permettra de créer des liens durables avec des leaders internationaux qui contribueront à l’essor économique de la ville de La Tuque ainsi que de la région», commente-t-il.

Plusieurs ficelles restent à être attachées. «La finalisation positive du projet requiert que les gouvernements, tant provincial que fédéral, continuent de nous supporter; les 500 emplois qui seront créés dans la région avec un investissement de l’ordre du milliard justifient certainement un tel support. Le succès d’un tel projet ouvre la voie au transfert des connaissances, des technologies et des compétences développées à d’autres régions forestières au Canada», mentionne M. Mangin.

Précisons que le gouvernement du Québec a accordé une aide financière de 1,5 M$ pour la phase Biomasse Section spéciale 1. En ce qui concerne la phase 2, elle consistera en une étude plus approfondie de la technologie disponible pour ensuite réaliser l’étude afin d’ériger une usine de démonstration qu’on souhaite ouvrir en 2020.

Bioénergie La Tuque (BELT) est un organisme sans but lucratif mis sur pied il y a deux ans. PATRICE BERGERON préside le conseil d’administration. Celui-ci est également directeur forestier, diversification économique pour la ville de La Tuque. En fait, la municipalité est allée le chercher en 2011 alors qu’il travaillait à la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice comme directeur des opérations et directeur de l’aménagement forestier. «Elle voulait avoir un forestier parce que les projets sur la table avaient tous un caractère à vocation forestière, dont le développement de la biomasse», explique l’ingénieur forestier.

À son arrivée en poste, M. Bergeron a créé des partenariats notamment avec l’UQTR et M. Mangin afin d’établir un plan d’action pour le développement de la filière biomasse sur le territoire. La mise en place d’une usine de biocarburant était au coeur du document. «Réaliser ce type de projet passe par de grandes études. C’est un projet très innovant qui fait appel à une technologie récente. Il nous fallait des études poussées pour bien évaluer la faisabilité et la rentabilité du projet. Je devais donc m’associer à des firmes de recherche en plus d’aller chercher des fonds nécessaires pour la recherche et le développement. Pour ce faire, moi et Patrice Mangin avons créé Bioénergie La Tuque», expliquet- il. La mission de cet organisme est de «mettre en place toutes les conditions propices pour le développement des bioénergies sur le territoire de La Tuque».

DÉFIS

Plusieurs défis attendent l’équipe de BELT. La biomasse forestière est très répandue en Haute-Mauricie. Selon M. Bergeron, elle est accessible par les réseaux routier et ferroviaire. Bien souvent, elle est déjà en bordure des chemins forestiers. Le problème est son transport qui peut faire augmenter les coûts de la biomasse. L’organisme regarde la possibilité d’implanter un centre de conditionnement.

En attendant, les membres ont mis sur pied un projet de densification énergétique par pyrolyse mobile. Ce procédé permet de liquéfier la biomasse. Ainsi, il ne reste que de l’huile pyrolytique et du biochar qui éventuellement seront transformés à la future usine de biocarburant. «Notre objectif est de fabriquer du biocarburant qui pourra être employé dans n’importe quel véhicule à moteur avec des rendements aussi performants, voire plus dans certains cas», fait savoir Patrice Bergeron. BELT espère avoir une usine de démonstration en 2020, puis une usine commerciale en 2023.