Exclusif

Entrevue avec la ministre Martine Ouellet

Martine Ouellet est Député de Vachon et Ministre des Ressources naturelles.

Martine Ouellet est Député de Vachon et Ministre des Ressources naturelles.

Photo: courtoisie MRN

21 Fév. 2013
Claude Morin

Lors de l’étude des crédits 2013-2014 du ministère des Ressources naturelles, en commission parlementaire, le 7 février dernier, la ministre MARTINE OUELLET a répondu pendant trois heures aux questions des députés des diverses formations politiques sur les détails du volet « Forêts » du budget de son ministère. Il en ressort une confirmation du maintien des enveloppes de base de l’année précédente pour l’exécution des travaux sylvicoles tant en forêt privée que publique.

Des inquiétudes subsistent toutefois au sujet de la contribution du gouvernement fédéral, de celles de l’industrie et du MRN, à l’égard de la forêt privée, plus particulièrement dans le cadre des programmes de création d’emploi en forêt (PCEF) et de l’investissement sylvicole. CLAUDE MORIN a interviewé la ministre quelque temps avant l’étude des crédits de son ministère.

Le Monde Forestier : Dans le contexte des compressions budgétaires décidées par votre gouvernement, avez-vous été en mesure de préserver les budgets réservés à l’aménagement forestier au Québec ?

Martine Ouellet : C’est certain, comme tous les autres ministères, le ministère des Ressources naturelles a lui aussi des efforts à livrer. Parmi les choix de rationalisation que nous avons faits, nous avions une préoccupation particulière pour les travaux sylvicoles. Nous avons souhaité maintenir les montants octroyés aux entreprises privées, présentes sur le terrain pour réaliser l’ensemble des travaux de sylviculture. Nous avons vraiment fait un effort particulier pour maintenir ces enveloppes spécifiques. Je vous dirais, sur l’ensemble des autres activités, on a essayé de concentrer nos cibles dans la gestion interne du ministère afin de préserver le maximum d’activités sur le terrain.

LMF : Évidemment, la notion de travaux sylvicoles comprend l’équation du nombre d’emplois forestiers dans les diverses régions du Québec; seront-ils préservés ces emplois, ce printemps ?

Martine Ouellet : Au sujet du travail sylvicole, nous souhaitions être en mesure de prévoir l’ampleur des travaux à être exécutés. Cette année, nous avons l’avantage que le budget a été conçu à l’automne et que les crédits ont été déposés au mois de décembre. Cela nous donne un meilleur éclairage sur les montants disponibles pour l’ensemble des entrepreneurs sylvicoles. Cela devrait leur permettre d’embaucher les équipes nécessaires à la réalisation des travaux et aussi leur garantir le nombre de semaines nécessaires pour avoir accès à l’assurance-emploi.

LMF : Quelle est votre perception des emplois industriels liés à la transformation des produits forestiers ?

Martine Ouellet : C’est évident, au Québec, on doit travailler à la transformation des produits provenant de la forêt. Le marché du papier journal connaît un déclin auquel le gouvernement n’a pas de prise; il s’agit d’un marché mondial. C’est pourquoi, il est important que l’on puisse identifier d’autres créneaux. Dans un premier temps, il faudra utiliser au maximum la production des scieries que ce soit dans la fabrication du bois d’ingénierie ou d’autres types de madriers de construction, afin de devenir le plus efficace possible. En deuxième lieu, on sait que les usines de sciage deviennent rentables avec la vente de leurs copeaux. Il faut donc travailler en innovation et en démonstration pour un meilleur usage des copeaux. D’ailleurs, on a déjà commencé au Québec, avec les usines de Thurso et de Lebel-sur-Quévillon, qui exploiteront les copeaux pour fabriquer de la pâte de rayonne. Il nous faut continuer dans cette voie de la diversification et que nos usines de papier au Québec puissent identifier des créneaux dans lesquels elles peuvent être performantes. C’est dans cette optique que nous allons réussir à préserver les emplois dans l’ensemble du secteur forestier. Je crois que c’est possible mais il va falloir que nous y travaillions tout le monde ensemble : l’industrie, les associations, le gouvernement avec les centres de recherche pour faire passer l’innovation à la production.

LMF : Justement, comment envisagez-vous ce dialogue avec l’industrie ?

Martine Ouellet : Ma porte est toujours ouverte. Je pense qu’on a tout avantage à se parler, à ce que le dialogue se poursuive et même s’intensifie pour être chacun, sensible aux contraintes de l’autre et, ainsi réussir à trouver les meilleures solutions ensemble. Que ce soit du côté des entrepreneurs sylvicoles, des scieries, de l’industrie des pâtes et papiers, des associations industrielles, je crois qu’il faut qu’on travaille ensemble. Le secteur forestier vit une phase de transition et le succès de ce passage obligé se fera au bénéfice de l’ensemble des acteurs.

LMF : Adhérez-vous au principe de la résidualité qui favorise la forêt privée dans l’approvisionnement des usines du Québec ?

Martine Ouellet : Comme vous le savez, la forêt privée est considérée en premier lieu dans les approvisionnements disponibles pour les entreprises; la forêt publique est utilisée en complément. Je pense qu’il s’agit d’une coexistence tout à fait viable. Évidemment, en fonction de la superficie, il y a une prépondérance de la forêt publique au Québec mais en travaillant de cette façon, on permet également de valoriser la forêt privée.

LMF : Le projet de doter le Québec d’une véritable Charte du Bois a été énoncé dans le discours inaugural de la première ministre, PAULINE MAROIS. Pouvez-vous lever le voile sur quelques-uns de ses principaux paramètres ?

Martine Ouellet : La Charte du Bois vise à utiliser plus de bois de structure dans la construction au Québec. Le bois est un matériau noble qui émet moins d’émissions de gaz à effet de serre et demeure sous-utilisé actuellement au Québec. Donc, il y a plusieurs volets qui seront touchés par cette Charte du Bois. Il y a ce qui a déjà été annoncé, à savoir, permettre la construction d’édifices de 5 et 6 étages avec le bois, dans les pièces de charpente. On veut également que le gouvernement lui-même devienne un modèle. Lorsqu’il y aura appel d’offres publiques pour des bâtiments financés par le gouvernement, nous souhaitons que le matériau « bois » soit toujours analysé comme une solution, en fait, que ce choix potentiel soit toujours pris en compte. Cela permettra de considérer la solution « bois » dans les divers projets de construction mais aussi cela favorisera le développement d’une expertise. Cette façon de faire encouragera les firmes de génie-conseil et les différents consultants dans le domaine à devenir aussi habiles pour établir leur estimé avec une structure en bois qu’avec une charpente de béton ou d’acier.