Entrevue du ministre Clément Gignac : «Récolter du bois n’est pas un péché»

Clément Giniac est titulaire du ministère des Ressources naturelles et de la Faune depuis le mois de septembre 2011.

Clément Giniac est titulaire du ministère des Ressources naturelles et de la Faune depuis le mois de septembre 2011.

Photo: courtoisie

18 Jan. 2012
Claude Morin

Titulaire du ministère des Ressources naturelles et de la Faune depuis le mois de septembre, le ministre CLÉMENT GIGNAC, entreprend son mandat en étant bien conscient de l’importante somme de travail accomplie par ses prédécesseurs, NATHALIE NORMANDEAU et CLAUDE BÉCHARD. La poursuite de la mise en route du nouveau régime forestier, une vision axée sur le développement durable et l’élaboration d’une nouvelle stratégie de l’industrie forestière, en mai 2012, figurent sur sa table de travail. CLAUDE MORIN s’est entretenu avec le ministre Gignac.

Le Monde Forestier : Après avoir été le ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation pendant un peu plus de deux ans, comment envisagez-vous votre rôle à la tête du ministère des Ressources naturelles et de la Faune?

Clément Gignac : D’abord, je suis un fils de cultivateur et mon père était impliqué comme producteur de bois; donc pour moi, être à la tête du ministère des Ressources naturelles et son volet forêt, c’est tout un honneur. Vous savez, je ne remplacerai pas Claude Béchard et Nathalie Normandeau, je vais leur succéder parce que ces deux personnes ont laissé leurs marques à la tête du ministère. Ils ont placé plusieurs jalons pour indiquer la route à suivre. Je pense au Livre vert de Claude : La forêt pour construire le Québec de demain ainsi qu’à la stratégie pour une meilleure utilisation du bois dans la construction. Pour sa part, Nathalie a fait un tour de roue supplémentaire et un excellent travail pour implanter le nouveau régime forestier qui doit entrer en vigueur en 2013.

Le Monde Forestier : Quelle est votre perception du secteur forestier québécois en relation avec la notion de développement durable ?

Clément Gignac : Récolter du bois, ce n’est pas du gaspillage. Ce n’est pas un péché, c’est vraiment contribuer à la création de richesses. Mais, il faut penser aux générations futures; donc, il faut le faire de façon responsable. Du point de vue de la certification de nos pratiques dans la forêt québécoise, le pourcentage de nos actions certifiées a considérablement augmenté. Notre objectif est d’ailleurs d’atteindre les 90% et plus, au cours des deux prochaines années. Il est très important qu’on puisse le faire dans le respect de l’environnement pour le bénéfice de la génération actuelle mais sans hypothéquer l’avenir de nos enfants. Il faut se doter d’une vision. Je pense à l’énergie verte, une chimie plus verte. Dans l’esprit du développement durable, le bois représente toute une ressource, caractérisée par sa capacité à réduire l’empreinte du carbone. On peut remplacer les combustibles fossiles par la biomasse forestière.

Le Monde Forestier : Comment voyez-vous le rôle de l’industrie forestière ?

Clément Gignac : Avec le travail déjà enclenché avec Nathalie Normandeau quand j’étais au ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, je prévois que nous serons en mesure de dévoiler une nouvelle stratégie de l’industrie forestière, probablement le printemps prochain, au mois de mai. Cette vision aura comme objectif : l’utilisation optimale de la ressource bois par la restructuration du secteur. Dans certains cas, il y aura peut-être moins de joueurs dans le champ traditionnel du secteur forestier, mais au total, il y aura autant sinon plus d’acteurs parce qu’on va développer des créneaux qui sont sous-exploités actuellement. Si les entreprises viennent cogner à ma porte pour de l’aide financière et qu’il n’y a pas vraiment de nouvelles visions d’innovation et de nouveaux marchés, je ne suis pas là pour les maintenir artificiellement en vie. Je ne suis pas là pour choisir les gagnants et les perdants non plus. Par contre, si vous arrivez avec de nouveaux projets pour de nouveaux créneaux, de nouveaux marchés, le gouvernement du Québec va répondre « présent » pour les appuyer financièrement.

Le Monde Forestier : Croyez-vous que le nouveau régime forestier va contribuer à redonner ses lettres de noblesse à la forêt québécoise ?

Clément Gignac : Le fait de donner accès à de nouveaux approvisionnements pour de nouvelles entreprises devrait contribuer à donner une valeur ajoutée aux produits du bois. Le bois, c’est un matériau noble, recyclable. C’est une source renouvelable qui réduit l’empreinte du carbone. Donc, j’ai l’intention d’appuyer les partenaires qui en font la promotion. Déjà, on obtient de bons résultats; quand je regarde le pourcentage de l’usage du bois dans les permis de bâtir, je perçois une plus grande ouverture chez les architectes et ingénieurs à l’égard des structures de bois. Il y a donc eu du progrès depuis quatre ans. Par contre, lorsque je nous compare aux pays scandinaves, je crois qu’il nous reste encore beaucoup à faire.

Le Monde Forestier : La forêt privée, les coopératives forestières, les groupements forestiers, comment considérez-vous leur participation respective à l’essor de la forêt québécoise?

Clément Gignac : Pour moi, les propriétaires de lots boisés représentent des acteurs très importants, particulièrement dans la forêt méridionale du Québec. Le rôle joué par la forêt privée est fort significatif, si ce n’était que par l’apport de 20% en moyenne de la récolte forestière québécoise. J’ai un préjugé hautement favorable pour la structure des coopératives forestières. Elles représentent un groupe important à mes yeux surtout, si je regarde l’avenir. Au Québec, c’est dans notre ADN, les coopératives. Il y a un élément de pérennité lorsqu’on parle de coopératives et de mobilisation également. Si le Québec a réussi à tirer son épingle du jeu de la crise financière planétaire, ce n’est pas étranger au fait que 60% des coopératives canadiennes sont québécoises. La création d’emplois dans le secteur coopératif a été deux fois et demie plus rapide que celle du secteur privé, depuis dix ans. Quant aux groupements forestiers, le ministère a confirmé le rôle prédominant de leur modèle d’affaires. Si on peut garantir des contrats de travaux sylvicoles sur une base pluriannuelle pour les groupements et les coopératives qui exécutent des travaux en forêt publique, c’est tout l’enjeu de la relève qui pourra être ainsi sécurisé. Avec des contrats à plus long terme, cela deviendra plus facile de garantir les emplois actuels et favoriser une relève au sein des ouvriers sylvicoles. Cette vision du ministère d’offrir des contrats pluriannuels lance un message significatif que, de fait, nous voulons contribuer à retenir la main-d’oeuvre sylvicole et contribuer à en assurer la relève.