Discussion toujours en cours

Étude sur l’augmentation des charges lors de période de gel

«Pourquoi ne pas utiliser le froid à notre avantage?», Yves Lachapelle du CIFQ

«Pourquoi ne pas utiliser le froid à notre avantage?», Yves Lachapelle du CIFQ

4 Nov. 2014

Le projet-pilote sur l’augmentation des charges de camion de bois en période de gel verra-t-il le jour cet hiver? Le retard dans les discussions et le manque de volonté des fonctionnaires occasionneront très probablement un report de cette demande de l’industrie forestière placée depuis 1998.

Marie-Claude Boileau

YVES LACHAPELLE, directeur Foresterie, approvisionnements au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), se souvient que cette demande a été proposée au ministère des Transports du Québec (MTQ) en 1998 lorsqu’il révisait son règlement sur les charges et dimensions.

La demande s’inspirait d’une réglementation semblable dans cinq provinces canadiennes. Ainsi, lorsque le sol est gelé et qu’il ne peut être abimé, la limite de charge des camions est augmentée, permettant ainsi de transporter davantage de bois. Mais, le dossier n’est pas retenu. Lors du Plan Nord, sous le gouvernement Charest, différentes tables, dont une sur le transport et sur la forêt, sont mises sur pied. Le CIFQ saisit cette occasion pour présenter à nouveau son projet. «Pourquoi ne pas utiliser le froid à notre avantage? Nous sommes revenus avec l’idée de valider la norme en vigueur au Nouveau-Brunswick, en Ontario, en Alberta, etc. À ce moment-là, il y avait plein de bonnes intentions pour le Plan Nord, mais ça n’a pas abouti. Lorsque le MTQ a changé son règlement sur les charges en 2012, il a créé une table de concertation et on a ramené le sujet», raconte-t-il. Or, l’organisation doit reprendre à zéro parce qu’il y avait une confusion entre le travail fait pour le Plan Nord, un changement de gouvernement, et plusieurs questionnements aux niveaux politique et technique.

À cette table, deux rencontres ont eu lieu. La première a servi à présenter sommairement le projet. «Le projet était de valider cette approche en vigueur dans les autres provinces par un projet-pilote. Nous avions convenu avec le ministre des Transports, SYLVAIN GAUVREAU et le MTQ qu’il fallait se donner le meilleur système de suivi et d’évaluation et qu’on ferait une expérimentation dans le secteur forestier pour deux ans avec documentation afin que la décision puisse être prise au bout de ces deux années. Mais on comprend que pour le MTQ, ça amenait certaines problématiques parce que dans le transport, il n’y a pas seulement le secteur forestier, mais aussi des syndicats, l’association des camionneurs indépendants, etc. Le projet a été confronté à cet ensemble d’intérêts différents», mentionne M. Lachapelle.

Celui-ci raconte qu’à la première rencontre de la table de concertation où ils ont amené le projet, les camionneurs artisans se sont opposés à cette mesure. «Avant d’expérimenter, ils voulaient s’entendre sur le partage des gains entre eux et nous. Les fonctionnaires, à leur décharge, ont des pressions de tous les côtés. Le politique veut aider le secteur forestier, mais le transport, ça comprend aussi les secteurs agricole, manufacturier, pétrolier, etc.», note-t-il.

D’autre part, le CIFQ avait fait appel à l’expertise de FPInnovations pour documenter sa proposition, données à l’appui. «Or, au MTQ, on voulait repartir à zéro, c’est-à-dire tester à petites échelles, documenter, et dans cinq à six ans, avoir des résultats qui nous permettraient d’augmenter les charges. Tout ça dans un contexte où il n’y a pas que le secteur forestier, mais aussi les autres secteurs du camionnage. Et ça devenait trop complexe», indique-t-il.

M. Lachapelle souligne que les partis politiques sont sensibles à leur demande et com- prennent la nécessité pour le secteur forestier d’être compétitif. «On est en train de se faire remplacer sur le marché par les autres provinces, les américains, les sud-américains et même les européens qui viennent vendre du bois aux américains à notre place. C’est une mesure qui ne coûtera rien à l’État, mais c’est la façon d’opérationnaliser l’approche qui s’avère complexe», signale-t-il.

Au rendez-vous sur la forêt québécoise en novembre 2013, tous s’entendaient à nouveau pour faire un projet-pilote. Mais le CIFQ s’aperçoit alors que la définition de ce mot n’est pas la même pour tous les intervenants. «On souhaitait mettre en place la mesure là où c’est possible, soit sur l’ensemble du Québec sauf exception. Mais pour les fonctionnaires, un projet-pilote c’est l’exception et non l’ensemble du territoire. On a été confronté à la même réalité que celle du Plan Nord. Les fonctionnaires voulaient qu’on identifie une section de route pour l’expérimenter. De notre côté, on essaie de leur faire comprendre que ce n’était pas une section, mais tout le territoire.

Actuellement, pour le transport, la norme est de 57 000 kilos. Si on ajoute 5 700 kilos de plus que la norme l’hiver, on ne peut pas penser que rendu à Hauterive, on doive changer de camion. C’est illogique! Ce n’est pas livrer du lait entre une ferme et une usine de transformation», argumente-t-il.

Une des préoccupations des fonctionnaires, que partage d’ailleurs le CIFQ, est la détérioration du réseau routier. En période de dégel, on réduit les charges et l’on effectue une surveillance. En hiver, il y a des jours où la température est autour de 0.

«Le projet-pilote visait entre autres à s’assurer qu’on applique la mesure sur un territoire suffisamment grand afin de voir l’efficacité du réseau de surveillance routière avec des colonnes de gel. Il faut être capable de développer une approche de suivi et de contrôle. Nous voulions demander l’expertise de FPInnovations pour qu’elle nous mette au défi et nous donne un protocole. Même les gens du ministère nous ont dit qu’ils ne voulaient pas engager FPInnovations puisqu’elle travaille sur d’autres études pour eux. La volonté des fonctionnaires n’est pas évidente», fait savoir le directeur qui précise respecter la hiérarchie et travailler également avec le ministre des Forêts, LAURENT LESSARD.

Le CIFQ a récemment rencontré le cabinet du ministre des Transports, ROBERT POËTI, avec l’Union des producteurs agricoles (UPA) et la Fédération des producteurs de bois du Québec pour divers dossiers. En fin de compte, il faut que les fonctionnaires reçoivent des directives. En outre, M. Lachapelle rencontrera sous peu Contrôle routier Québec. «On va voir si l’on peut espérer, mais le projet a tellement tardé. Ça ne semble pas être une grosse priorité», se désole-t-il. Du côté du MTQ, on attend une réponse du CIFQ qui doit faire des vérifications auprès d’autres instances gouvernementales et évaluer leur position. Le groupe de travail ne s’est pas réuni depuis avril dernier. Le MTQ est à identifier les régions où pourrait se tenir le projet et les critères d’évaluation de ces essais- là. Les discussions devraient reprendre au cours des prochaines semaines.