Faiblesse du huard et libre-échange: un contexte favorable aux exportations

«On a une prime de 30% sur un prix dévalué de 30% », explique Michel Vincent. La raison: l’offre en bois d’oeuvre excède la demande et donc que la conjoncture actuelle profite aux acheteurs, lesquels font baisser les prix.

«On a une prime de 30% sur un prix dévalué de 30% », explique Michel Vincent. La raison: l’offre en bois d’oeuvre excède la demande et donc que la conjoncture actuelle profite aux acheteurs, lesquels font baisser les prix.

Photo: archives LMF

26 Fév. 2016

Présentement, la devise canadienne ocille autour des 70 cents US, touchant du même fait un creux historique de 11 ans. Cette conjoncture exceptionnelle advient parallèlement à la tombée de l’accord canado-américain sur le bois d’oeuvre, lequel fait en sorte que les échanges commerciaux vers les États-Unis ne sont plus sujets aux taxes et quotas des neuf dernières années. Quels en sont les impacts pour notre industrie forestière? Résumé d’un entretien avec MICHEL VINCENT, économiste au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ).

Clara Canac-Marquis

Bois d’oeuvre: pas plus de sous

D’emblée, il est catégorique que la faiblesse du huard est un atout aux exportations canadiennes en direction des États-Unis. Les produits canadiens sont échangés chez nos voisins pour des dollars américains, lesquels génèrent une «prime» d’environ 30% lorsque transposés en devise canadienne.

Si cette prime avantage les producteurs d’ici, elle ne leur permet pas de dégager une marge de bénéfice plus grande que celle qu’ils obtenaient lorsque les devises américaines et canadiennes étaient à parité, note Michel Vincent, «On a une prime de 30% sur un prix dévalué de 30% », explique-t-il. La raison: l’offre en bois d’oeuvre excède la demande et donc que la conjoncture actuelle profite aux acheteurs, lesquels font baisser les prix. «Le prix en dollars canadiens est relativement stable depuis presque 3 ans, mais le prix en dollars américains diminue. Là, on a 125$/Mpmp d’écart!» En bref : l’industrie canadienne n’est pas plus profitable qu’elle l’était, mais elle retire un avantage concurrentiel de la conjoncture économique actuelle.

À preuve, la majorité des fermetures récentes d’usines de sciage en Amérique du Nord ont eu lieu aux États-Unis. Michel Vincent met toutefois en garde l’industrie : il ne faut pas s’asseoir sur cet avantage qui augmente «artificiellement » notre compétitivité. «Dans les années 1990, les compagnies qui ont basé leur stratégie sur la faiblesse du dollar ont toutes fermé», rappelle-t-il.

Pâtes et papiers favorisés

Le marché des pâtes et papiers n’est pas aussi volatil que le marché du bois d’oeuvre : on y trouve que quelques gros vendeurs, lesquels peuvent mieux contrôler les prix de vente de leurs produits. Ainsi, de gros papetiers tels Résolu et Tembec bénéficient actuellement de meilleures marges de profit en raison de la faiblesse du huard. Sur les marchés internationaux, les industriels se voient encore favorisés par rapport à leurs rivaux américains.

Effet du baril de pétrole

La faible valeur du baril de pétrole constitue un autre facteur favorisant l’industrie manufacturière, lequel s’applique de façon équitable chez les joueurs canadiens et américains. «Dans un mille pied de 2X4, on trouve 75$ de pétrole» illustre Michel Vincent. Ainsi, la faible valeur du pétrole a comme effet de diminuer les coûts de production des produits forestiers, mais également leur exportation, ce qui est très favorable à des industries qui livrent outre-mer comme celles des pâtes et papiers.

En vue d’un nouvel accord

À la conjoncture économique exceptionnelle induite par la faible valeur du dollar canadien et du pétrole vient s’en ajouter une troisième, à savoir la levée de l’accord canado-américain sur le bois d’oeuvre.

Ainsi, depuis le 13 octobre 2015, l’industrie forestière n’est plus soumise aux quotas et taxes d’exportation des neuf dernières années. Si le libre-échange est favorable aux exportateurs canadiens, il ne plaît certainement pas aux industriels américains qui s’en trouvent encore une fois désavantagés par rapport aux dernières années. «On entre dans les négociations pour un nouvel accord dans un climat pas terrible», résume Michel Vincent. «Le dollar canadien nous aide [à être compétitifs] mais rend la situation difficile dans les négociations parce que les américains sont en rogne!»

La situation de libre-échange a le potentiel de perdurer jusqu’en octobre 2016. D’ici là, le Conseil de l’industrie foresetière du Québec (CIFQ) travaillera avec les gouvernements provinciaux, fédéraux et américains pour négocier un nouvel accord qui régira les exportations canado-américaines de bois d’oeuvre.

À cet effet, le CIFQ souhaite que le prochain accord perpétue une clause qui était en vigueur jusqu’en octobre dernier, laquelle spécifie qu’un comité sur les exemptions régionales doit être formé lorsqu’une région fait des changements importants à son régime forestier. Un tel comité pourrait recommander l’exclusion d’une région de l’accord, et c’est ce à quoi aspire la province. «On pense que le système du Québec est basé sur les forces du marché, la libre négociation entre un acheteur et un vendeur (les enchères) et que ça devrait être pris en considération dans le prochain accord», explique M. Vincent.

Perspectives

L’évolution de la devise canadienne est très fortement corrélée avec celle du baril de pétrole. Pour cette raison, les économistes estiment que le huard devrait demeurer relativement stable dans les prochains 18 à 24 mois. Les prédictions à plus long terme sont difficiles, mais il est probable que la devise canadienne augmente dans les prochaines années.