FORAC fête ses 10 ans

 Le co-directeur Jonathan Gaudreault, Sophie D’Amours (fondatrice et professeur, ex-directrice du centre pendant 10 ans) et le directeur actuel Luc Lebel.

Le co-directeur Jonathan Gaudreault, Sophie D’Amours (fondatrice et professeur, ex-directrice du centre pendant 10 ans) et le directeur actuel Luc Lebel.

Photo: Marc Robitaille

24 Sep. 2012
Marie-Claude Boileau

Saviez-vous que l’étincelle qui a fait naître FORAC, il y a 10 ans, est survenue en marge d’une remise de prix de la YWCA de Québec?

C’est lors de la remise de prix Femmes de mérite décernés par la YWCA de Québec, il y a 10 ans, que le doyen de la Faculté de foresterie de l’époque, DENIS BRIÈRE, a rencontré SOPHIE D’AMOURS, assise à sa table. Professeure de génie industriel, celle-ci travaillait avec beaucoup d’entreprises automobiles, comme Prévost Car, au niveau de la gestion de réseaux d’approvisionnement et la collaboration inter entreprise. Très intéressé et croyant que son expertise serait utile au domaine forestier, M. Brière l’a rencontrée à nouveau. Cette seconde rencontre a scellé la création de FORAC. Dans un contexte de tension et de crise dans le secteur forestier, Mme D’Amours, qui est aujourd’hui vice-rectrice à la recherche et à la création de l’Université Laval, a vu le potentiel d’étude.

L’objectif fixé est d’améliorer la performance, la rentabilité et la compétitivité des entreprises forestières québécoises. En 2002, le consortium voit officiellement le jour. Celui-ci est composé d’entreprises forestières, mais on s’associe également avec CGI et Bell Solutions d’affaires, afin de développer un nouveau modèle d’affaires utilisant les nouvelles technologies de l’information. «Une de leurs idées est de développer un simulateur, un poste de contrôle, qui permettrait de piloter une chaîne de valeur, raconte LUC LEBEL, ingénieur forestier qui dirige FORAC avec JONATHAN GAUDREAULT. «L’équipe veut travailler à mieux répondre aux besoins des clients. C’est une révolution en quelque sorte, puisqu’au Québec, on a beaucoup de bois, et on tend à pousser notre produit sur le marché.»

Dès les premières années, FORAC introduit l’idée qu’il faut travailler en flux tiré, c’est-à-dire partir de la demande du client plutôt que de la forêt vers l’usine. «Le concept est qu’il faut être à l’écoute de la demande, répondre à cette demande et livrer le bon produit au client au moment où il le veut», fait savoir M. LeBel. De 2002 à 2006, l’équipe de FORAC a établi des concepts en plus de concevoir et de créer le prototype d’une plateforme technologique pour arriver à faire le pilotage d’un réseau de création de valeur. On a, entre autres, regardé comment on pouvait améliorer la productivité des processus manufacturiers d’une usine de sciage ou de pâtes et papiers. Le consortium a notamment développé des logiciels comme LogiLab, qui permet de modéliser un réseau de la forêt au client et d’évaluer l’impact monétaire d’une décision sur un réseau d’entreprises et d’opérations forestières en quelques clics.

Pour mener à bien ces recherches, FORAC a réuni trois facultés : Sciences et génie, Foresterie, géographie et géomatique, Sciences de l’administration. «C’est l’une de nos belles réussites : avoir fait travailler ensemble des gens qui provenaient de différents profils», mentionne le directeur. En tout, les étudiants sont encadrés par huit professionnels de recherche et 16 professeurs. L’un des apports importants du consortium de recherche a été de fournir de la main-d’oeuvre hautement qualifiée. «Les entreprises possédaient un département de logistique pour la livraison de l’usine vers les clients, mais très peu sur la question de logistique d’approvisionnement ou l’application à l’intérieur du système de production », souligne Luc LeBel. En intégrant les concepts de chaîne de valeur, les entreprises ont reconnu ces emplois hautement qualifiés. Le concept de chaîne de valeur a été repris ailleurs. D’ailleurs, l’un de leurs partenaires, FPInnovations, a mis sur pied un département à l’interne consacré à ce sujet. Grâce à son travail sur les chaînes de valeur, FORAC a acquis une réputation au niveau international. L’organisation a développé des collaborations en Europe. Elle effectue des activités sur la côte ouest et aux États-Unis. La renommée du consortium s’explique aussi de par sa constitution. «Nous avons développé une dynamique de collaboration très originale entre les industries et un groupe de recherche universitaire », fait savoir son directeur.

Les partenaires, en plus de s’engager financièrement, doivent fournir des problématiques complexes à résoudre. Les industriels doivent également participer aux recherches, que ce soit en accueillant les chercheurs dans leur usine, en fournissant des données, en allant rencontrer les équipes à l’université ou en participant à des sessions de travail dans leur entreprise. «Pour être capables d’avoir cette belle dynamique, nous avons choisi les gens avec qui on travaille», explique M. LeBel. Ainsi, le consortium a sélectionné des entreprises représentatives de la chaîne forestière du Québec. On retrouve donc des spécialistes du sciage et des produits d’apparence. Toutes les compagnies ne sont pas incluses. «Leur nombre est suffisant pour que l’on puisse réaliser notre mission», souligne-t-il. FORAC terminera son deuxième mandat en mars 2013. De la demande, l’équipe de chercheurs est passée progressivement à la gestion forestière, à celle des fournisseurs et des lots de bois. «Nous avons un projet présentement concernant les propriétaires de forêts privées pour essayer de coordonner les activités de transport de bois vers les usines. Au travers, nous avons développé des plateformes électroniques Web pour aider la gestion forestière et logistique. C’est assez innovateur, puisque l’on pourra faire des calculs de possibilités forestières et des plans d’aménagement forestier qui tiennent compte du tissu industriel, c’est-à-dire des entreprises existantes », informe-t-il.

Par exemple, si on veut implanter une usine de granules, on pourra évaluer son impact sur le reste du réseau, sur la façon de réaliser l’aménagement forestier, sur l’attribution de la récolte selon le secteur, etc. Un des prochains défis de FORAC, surtout avec l’implantation du nouveau régime forestier, est de développer une logistique collaborative entre les entreprises. «Nous voulons reconnaître que l’on peut aller chercher des bénéfices au Québec en étant une petite, moyenne ou grande entreprise, tout en demeurant concurrentiel à l’échelle mondiale, si on favorise la performance réseau», explique M. LeBel. «Si, dans une région, nous avons un fabricant de panneaux, une usine de produits de spécialité de sciage et une usine de transformation de biomasse forestière, et que chacun fait ses affaires dans son coin, on dédouble des activités. Il faut aller chercher une synergie d’accessibilité de site et du partage d’emploi afin de favoriser les meilleures conditions d’emploi. Ce sera un défi intéressant à relever», concède-t-il. En outre, pour leur troisième mandat, l’équipe de FORAC désire toucher au bilan de carbone. «Si l’on veut se distinguer à l’échelle internationale et par rapport aux autres matériaux concurrents comme le béton et l’acier, il faudra expliquer et démontrer que nos produits sont réellement écoresponsables, soutient le codirecteur. Traditionnellement, l’optimisation consiste à maximiser le profit et minimiser les coûts. Là, nous devrons créer des modèles d’optimisation pour le stockage de carbone.» Luc LeBel souhaite également que le consortium poursuivre sa mission de formation de main-d’oeuvre spécialisée. «Nos partenaires nous ont demandé d’en faire plus. Le secteur forestier s’inquiète, à savoir s’il est en mesure de recruter des gens pour combler les postes existants. De plus, il y a de nouveaux besoins. Pour être compétitifs au niveau international, les travailleurs devront être compétents en analyse de réseau xet optimisation, en génie industriel, etc.», indique-t-il.

Financement

FORAC est financé par ses partenaires et par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). Une autre part de son financement provient de subventions octroyées par la réalisation de projets de recherches spécifiques. Les travaux de recherche de FORAC sont élaborés et réalisés en partenariat avec les entreprises; celles-ci partagent les résultats de la recherche et ont accès à des crédits d’impôt pour la recherche et le développement. Aussi, FORAC a dirigé un programme de transfert vers les PME de 2002 à 2006, avec le soutien de Développement économique Canada. Au cours des dix dernières années, FORAC a obtenu un financement de plus de 14,1 M$. (source : FORAC) Information : www.forac.ulaval.ca