Forestier en chef: évaluation des volumes de bois non récoltés

Dans son évaluation, le Forestier en chef a analysé que sur les 56 millions de mètres cubes non exploités, le volume potentiellement disponible se chiffre à 36 millions de mètres cubes et environ 11 millions se trouvent dans des secteurs ayant peu de contraintes.

Dans son évaluation, le Forestier en chef a analysé que sur les 56 millions de mètres cubes non exploités, le volume potentiellement disponible se chiffre à 36 millions de mètres cubes et environ 11 millions se trouvent dans des secteurs ayant peu de contraintes.

Photo: Guy Lavoie

30 Oct. 2014

Le Forestier en chef a présenté récemment son évaluation des volumes de bois non récoltés pour la période de 2008 à 2013. Globalement, l’écart entre les volumes récoltés et les possibilités forestières démontrent que 56 millions de mètres cubes de bois n’ont pas fait l’objet de récolte. C’est au ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs à décider de qu’il fera de ce bois.

Marie-Claude Boileau

Dans son évaluation, le Forestier en chef, GÉRARD SZARAZ, a analysé que sur les 56 millions de mètres cubes non exploités, le volume potentiellement disponible se chiffre à 36 millions de mètres cubes, toutes essences confondues.

Environ 11 millions de mètres cubes se trouvent dans des secteurs ayant peu de contraintes et donc, plus intéressants pour la récolte. Notez que les données du Forestier en chef sont accessibles sur son site Web et détaillées par région et par unité d’aménagement (cliquez ici).

YVES LACHAPELLE, directeur Foresterie, approvisionnements, au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), a été surpris des chiffres puisqu’il s’attendait à un chiffre moindre d’après ses rapides calculs. Il est reconnaissant que le Forestier en chef ait fait une analyse très fine des volumes non récoltés. Il note qu’on se retrouve dans une situation où la possibilité forestière a été sous-évaluée. Étant dans un contexte où les marchés sont bons, les 11 millions de mètres cubes disponibles sans contrainte sont «quelque chose de drôlement intéressant», mentionne-t-il.

D’après le CIFQ, si l’État accélère sa planification forestière en récoltant ces volumes disponibles, le gouvernement aurait des revenus nets de 1,2 milliard de dollars sur quatre ans. «Ça coûterait peut-être un peu moins de 350 millions de dollars en sylviculture et en planification, mais le 1,2 milliard lui permettrait de contribuer à équilibrer ses finances», dit-il.

M. Lachapelle indique que le marché du bois aux États-Unis est bon et que plusieurs scieries n’ont pas suffisamment de bois pour maintenir leurs opérations et donc de compléter les cycles de travail. «Je ne pense pas qu’on soit capable de transformer immédiatement les 36 millions de mètres cubes, mais sur quatre ans, oui. La principale problématique que nous aurions est la main-d’œuvre. Nous avons perdu 30 000 emplois durant la crise. Il y a plusieurs travailleurs âgés. On doit s’attendre à ce qu’il y ait beaucoup de retraites d’ici les prochaines années», mentionne-t-il.

JOCELYN LESSARD, directeur général de la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF), croit qu’administrer les volumes non récoltés sera très complexe. Conscient que plusieurs industriels cherchent du bois, il estime que c’est «une invitation à être intelligent et à trouver des moyens de faire qui respectent les règles» tout en permettant une récolte. «J’espère qu’on va trouver des mécanismes efficaces pour que ça se transforme en véritable occasion de développement», commente-t-il.

S’il croit que l’analyse du Forestier en chef est une bonne nouvelle, elle pose également certains problèmes. Il explique que ce dernier a produit un rapport sur le phénomène de la récolte du bois où il note une tendance à privilégier la ressource qui détient le moins de contraintes. Le bois coûte alors moins cher et il a donc une plus grande valeur. Or, c’est un phénomène qui s’accentue. D’après M. Lessard, si l’on ne récolte pas les arbres qui sont en zone de contrainte, on créera un problème. «Cette proportion en zone de contrainte augmente avec constance et l’on continue de contourner ce problème dans une proportion trop grande», indique-t-il en précisant que le bois libéré est souvent en zone de contraintes.

L’autre défi qu’il voit est l’harmonisation des besoins. «C’est difficile que tout soit en phase : les industriels qui ont besoin d’une partie différente de l’arbre, les processus de chacun qui sont divergents ou bien le marché du bois est décalé. Ça fait en sorte que c’est très ardu de récolter la possibilité forestière même lorsque la demande est au plus fort comme maintenant. On va toujours créer des volumes résiduels. C’est la preuve d’un dysfonctionnement», note le directeur général de la FQCF.

Selon M. Lessard, il faut s’attaquer à cette problématique dès maintenant et trouver une solution afin d’être efficace dans le prélèvement du volume lorsqu’il est disponible dans la possibilité forestière. C’est lors des opérations forestières qu’il faut ramasser le bois, même s’il y a des peuplements mélangés qu’on ne veut pas utiliser. Reste que la Loi sur l’aménagement durable est très claire. C’est au ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs de décider du sort de ces volumes non récoltés. Trois choix s’offrent à lui : laisser les arbres sur pied, les mettre en marché par le Bureau de mise en marché des bois ou les vendre à des usines de transfor- mation du bois.