Forêt privée: création de la Cellule d’urgence sur l’épidémie de la tordeuse

RESAM et la FPBQ s’allient pour lutter contre l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) en forêt privée. Sur la photo, Pierre-Maurice Gagnon, président de la FPBQ et Rénald Bernier, président de RESAM.

RESAM et la FPBQ s’allient pour lutter contre l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) en forêt privée. Sur la photo, Pierre-Maurice Gagnon, président de la FPBQ et Rénald Bernier, président de RESAM.

Photo: Guy Lavoie

4 Nov. 2016

Le Regroupement des sociétés d’aménagement forestier du Québec (RESAM) et la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) s’allient pour lutter contre l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) en forêt privée. Une première réunion a eu lieu le 18 octobre pour planifier les actions.

Marie-Claude Boileau

«Notre objectif est d’unir nos forces complémentaires afin d’atténuer l’impact de l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette en forêt privée», lance d’entrée de jeu, RÉNALD BERNIER, président du RESAM qui copréside avec PIERRE-MAURICE GAGNON, président de la FPBQ, la Cellule d’urgence sur la gestion de l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette en forêt privée. «La première réunion s’est déroulée dans une atmosphère de collégialité et de collaboration. Il faut travailler conjointement pour ne pas dédoubler les discours et les données, mais aussi de parler d’une même voix afin que l’information circule de façon égale partout en région», ajoute M. Gagnon. Quatre représentants de chaque organisation siègent avec eux.

Grosse problématique

Il y avait un bon moment que les deux organisations n’avaient pas travaillé sur un même dossier. «La TBE est une grosse problématique et une grosse épidémie qui va encore durer encore longtemps. (…) On sent l’inquiétude sur le terrain», souligne le président de la FPBQ. M. Bernier abonde. «Le fait que nos organisations travaillent ensemble démontre toute l’importance que ça a pour nos membres», dit-il.

La Cellule se réunira tous les mois. L’objectif est de mettre sur pied un plan pour contrer toutes les conséquences que pourrait avoir l’épidémie de la TBE en forêt privée. «On parle des impacts par rapport à la prédation comme telle, mais aussi du point de vue économique. Si l’on récolte plus, il y aura plus de bois disponible. Le danger est qu’il pourrait alors y avoir une baisse du prix du bois. Par contre, si l’on ne récolte pas rapidement, le bois pourrait se dégrader. Du côté de la qualité, on pourrait ne pas être capable de le vendre parce qu’il sera affecté», note M. Bernier comme exemples.

L’organisation veut collecter et colliger les données, voir où la prédation est présente, connaître l’étendue de l’épidémie et adopter un plan d’action notamment pour remettre en production les surfaces qui seront affectées. Lorsque leur plan sera prêt, la Cellule d’urgence prévoit le présenter aux autorités, dont le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), mais aussi au gouvernement fédéral. M. Bernier rappelle que ce dernier avait participé à la lutte contre la TBE lors de la dernière épidémie. Plus récemment, il a toutefois mis en place le programme Initiative stratégique contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette.

Au Québec, le MFFP a surtout investi dans l’arrosage de la forêt publique, mais il a produit des brochures sur le sujet destinées aux propriétaires de lots boisés privées. M. Gagnon ajoute qu’ils aimeraient également avoir l’expertise de la SOPFIM pour leur projet.

Protéger les forêts privées

MM. Bernier et Gagnon s’entendent sur le fait qu’il faut protéger les forêts privées. D’ailleurs, ils utiliseront le projet pilote au Saguenay-Lac- Saint-Jean où il y a eu de l’arrosage sur des terres privées pour faire valoir leurs revendications. «Les résultats sont positifs jusqu’à maintenant. On veut démontrer que c’est techniquement possible de le faire et que c’est acceptable socialement», indique le président de RESAM.

Ils soutiennent qu’un investissement public sera indispensable. «Les rendements en forêt privée sont supérieurs à ceux de la forêt publique. La preuve est que la possibilité forestière a augmenté en forêt privée depuis qu’on effectue des travaux sylvicoles. Ce sont des investissements qu’on a faits au cours des années et il faut les protéger. Il faudra aussi remettre en production les plantations touchées. Il ne faut pas arrêter à cause de la tordeuse», insiste M. Bernier.

Originaire du Saguenay où la TBE est présente depuis plusieurs années, M. Gagnon a vu des propriétaires au bord des larmes. «C’est important pour eux leur forêt. Souvent, elles sont présentes dans leur famille depuis des générations. Ils entretiennent et élaguent leurs arbres durant des années, puis, leur peuplement commence à devenir brun et gris. Ils ne veulent pas les laisser aller», raconte-t-il ajoutant que la forêt publique est aussi importante, qu’elle appartient à tout le monde, mais elle n’a pas d’attachement sentimental aussi fort qu’en forêt privée. Il estime qu’il devrait y avoir des arrosages dans les jeunes plantations de 20 ou 30 ans qui ont eu des éclaircies afin de les sauvegarder.

Présentement, ce n’est pas toutes les régions qui sont touchées par la TBE. Elle est surtout centrée sur la Côte- Nord, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie entre autres, mais l’insecte n’a pas de frontière. «Il faut s’en occuper là où elle infecte les forêts alors que dans les autres régions, il faut y aller de façon préventive. Ça coûte souvent moins cher d’investir dans la prévention que la guérison», note M.Bernier.

Les deux organisations sont conscientes que d’autres organismes sont à l’oeuvre sur le terrain comme l’Association des entrepreneurs en travaux sylvicoles du Québec. Bien qu’ils ne participent pas au comité, ils ne seront pas oubliés. «Si l’on réussit à obtenir de l’aide pour de l’arrosage, tout le monde va être sur le même pied et aura accès au programme, et ce, dans toutes les régions, assure Pierre-Maurice Gagnon. On représente tous les producteurs forestiers, peu importe leur allégeance ou l’endroit où il travaille.»