Forêt privée: groupe de mobilisation des bois de l’Estrie

Avant même l’annonce du ministre Lessard en juin dernier, Aménagement forestier coopératif des Appalaches avait déjà pris le virage de la mobilisation des bois. L’organisation s’est tournée vers la mécanisation des opérations il y a quelques années.

Avant même l’annonce du ministre Lessard en juin dernier, Aménagement forestier coopératif des Appalaches avait déjà pris le virage de la mobilisation des bois. L’organisation s’est tournée vers la mécanisation des opérations il y a quelques années.

Photo: Guy Lavoie

1 Déc. 2016

Créé il y a plus d’un an, le Groupe de mobilisation des bois de l’Estrie permet à une douzaine d’intervenants en milieu forestier de se concentrer pour trouver des solutions afin entre autres de sortir davantage de bois en forêt privée. La formule fonctionne très bien jusqu’à maintenant.

Marie-Claude Boileau

L’idée est née en 2014 par un constat du Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec et la compagnie forestière Domtar sur le fait que la région avait un faible pourcentage de mobilisation des bois. «On était en deçà du 40% de la possibilité forestière. On se posait des questions sur les causes et les moyens à prendre pour solliciter les propriétaires afin qu’ils participent plus à la mise en marché. Domtar avait une préoccupation sur l’approvisionnement à long terme», raconte MARTIN LARRIVÉE, directeur du Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec.

Tous deux membres du conseil d’administration de l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie, ils ont abordé le sujet lors d’une réunion où il a été convenu d’élargir le groupe de réflexion. «On voulait mettre à contribution les groupements forestiers, les conseillers forestiers, les entreprises, les groupes écologiques et le monde municipal pour bien cerner la problématique et faire la promotion de notre forêt privée qui comprend 91% des forêts de l’Estrie», indique JEAN-PAUL GENDRON, président du Groupe de mobilisation des bois de l’Estrie et président de l’Agence.

En tout, 12 organisations sont représentées. Le regroupement s’est fixé un objectif ambitieux de récolter 300 000 m3 de bois pour l’ensemble de l’industrie d’ici 2018, soit une augmentation de 40 à 50% par rapport à 2015.

Pour l’instant, les efforts permettront d’atteindre le but. Pour y arriver, plusieurs actions ont été mises sur pied. On a d’abord créé un programme de démarcheurs. «Ce sont des gens qui sont allés proposer des travaux de récolte aux propriétaires en leur amenant des arguments sur les divers avantages pour eux autant sur le plan environnemental que forestier», fait savoir M. Larrivée. Ces personnes n’étaient pas nécessairement dans le circuit actuel, mais détenaient une formation forestière. Chacun a reçu une formation pour l’outiller adéquatement afin de répondre aux questions.

En parallèle, l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie a tracé une carte comprenant les 9200 propriétaires et les 730 000 hectares de forêt. M. Bergeron explique qu’on a par la suite préparé une carte regroupant le massif forestier en petite forêt privée de huit hectares et plus, de 50 ans et plus et contigu à plusieurs lots.

«Une façon d’aller chercher des économies d’échelle, une certaine rentabilité et des revenus adéquats pour le producteur, c’est la mécanisation. Lorsqu’on entre une abatteuse multifonctionnelle dans un peuplement forestier de huit hectares et plus et de 50 ans et plus, la machine en a pour une semaine à travailler. Il y a une optimisation voire une maximisation des revenus pour le propriétaire. S’il veut faire le travail à la scie mécanique et à la petite machine, ça le regarde, mais c’est en bas du salaire minimum», soutient le président du Groupe de mobilisation des bois. Il ajoute qu’ils sont en attente des résultats du travail des démarcheurs avec leur carte.

Le groupe de concertation de l’Estrie a également organisé une formation aux entrepreneurs qui possèdent des abatteuses multifonctionnelles. Il a fait venir un consultant du Nouveau-Brunswick pour montrer comment augmenter leur productivité avec cet équipement. «Nous avons eu de bons résultats. Nous avons obtenu une hausse de productivité de 5 à 25% autant dans la production que l’offre pour les propriétaires», note M. Larrivée.

Avant même l’annonce du ministre Lessard en juin dernier, Aménagement forestier coopératif des Appalaches avait déjà pris le virage de la mobilisation des bois. L’organisation s’est tournée vers la mécanisation des opérations il y a quelques années. «On s’est ouvert à différents procédés de récolte. Le vieillissement de notre main d’oeuvre faisait qu’elle avait moins de possibilités. Alors, on est allé vers la mécanisation. On a également sensibilisé les propriétaires à couper du bois et à la récolte.

Parfois, on entend dire qu’ils sont inactifs. Je n’y crois pas. L’inactivité vient du fait qu’on n’a pas proposé la solution qui leur convenait», indique NICOLAS MEAGHER, directeur général de ce groupement forestier. La hausse du prix du bois, les nouvelles positives sur la récolte et les travaux adaptés sont des facteurs qui ont encouragé les propriétaires à faire de l’aménagement forestier sur leur lot. Environ 70% de leur budget est investi dans la récolte.

Le Groupe de mobilisation des bois de l’Estrie veille à ce que le projet soit acceptable socialement, un élément important à leurs yeux. Récolter du bois doit se faire selon de saines pratiques forestières. D’après une étude datant de 2012, il y a un embourgeoisement des propriétaires de lots boisés forestiers. «Ce sont des gens qui ont acheté ou reçu une terre en héritage et qui arrivent avec des valeurs contemporaines comme l’écologie. Notre stratégie de récolte est pensée pour ne pas causer de préjudices au système forestier», mentionne M. Gendron.

L’organisme publie également des articles dans les journaux locaux de la région et distribue de la documentation pour informer la population sur les bienfaits et avantages de la récolte. Un autre mandat est de sensibiliser les élus municipaux de l’impact des règlements sur leur travail.

Quant à l’Association forestière, elle oeuvre sur un projet de développement de la culture forestière. Tous s’entendent pour dire que la concertation a davantage de côtés positifs que négatifs. Le fait de travailler ensemble dans un but commun permet de trouver des solutions à des problèmes même s’il en surgit toujours. «Lorsqu’on regarde à moyen et long terme, on a tout avantage à travailler ensemble. La forêt privée va ainsi participer plus à l’économie régionale », conclut M. Larrivée.