Forêt québécoise: s’inspirer de la Suède

L’ingénieur forestier Sven Gustavsson abonde avec le Forestier en chef lorsqu’il parle d’intensifier certaines parties de la forêt pour être plus économiquement rentable. D’après lui, le Québec devrait s’inspirer de la production forestière en Suède. «On est très bon côté environnemental au Québec, mais on pourrait peut-être se permettre d’être plus intensif. Beaucoup de plantations de la forêt québécoise sont peu utilisées ». Sur la photo, le siège social de la compagnie Husqvarna

L’ingénieur forestier Sven Gustavsson abonde avec le Forestier en chef lorsqu’il parle d’intensifier certaines parties de la forêt pour être plus économiquement rentable. D’après lui, le Québec devrait s’inspirer de la production forestière en Suède. «On est très bon côté environnemental au Québec, mais on pourrait peut-être se permettre d’être plus intensif. Beaucoup de plantations de la forêt québécoise sont peu utilisées ». Sur la photo, le siège social de la compagnie Husqvarna

Photo: Guy Lavoie

12 Déc. 2018

Il y a un an, RESAM réalisait une mission pour étudier diverses facettes de l’industrie forestière suédoise. Pour comprendre les différences entre le système québécois et suédois, Le Monde forestier a discuté avec SVEN GUSTAVSSON, ingénieur forestier suédois qui travaille au Québec.

Marie-Claude Boileau

La gestion de la forêt en Suède est différente de celle du Québec bien qu’il y ait certaines similitudes. D’abord, soulignons que la forêt publique représente 90 % des terres au Québec alors que la portion appartenant à l’État suédois se chiffre à25%. Du côté administratif, c’est le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs qui voit à la gestion des forêts au Québec.

En Suède, les responsabilités ont été séparées. En fait, le ministère suédois des forêts ne compte qu’une dizaine d’employés ! « J’exagère à peine, lance Sven Gustavsson. Le personnel de l’État ne s’occupe que de la législation», explique-t-il. La loi est valide pour les deux types de forêts. Toutefois, c’est un autre organisme, l’Agence de la forêt suédoise, qui voit à appliquer la loi.

D’autre part, ce n’est pas le ministère qui s’occupe de la forêt publique. M. Gustavsson explique que pour éviter les conflits d’intérêts, on a créé une compagnie d’État qui s’occupe de la sylviculture sur les terres publiques. Selon lui, le modèle se compare avec Hydro-Québec.

Autre différence, le gouvernement suédois n’hésite pas à vendre parfois des lots publics. C’est qu’en Suède, tous les habitants ont accès à la forêt qu’elle soit publique ou privée. Alors qu’en Amérique les pancartes « propriétés privées » pullulent, elles n’existent pas en Suède. Évidemment, certaines règles de bienséance sont à respecter. Par exemple, s’il y a une maison, les gens n’y vont pas. Autrement, qu’une forêt ait quelques hectares, 50 ou 100, elle est accessible à tout le monde.

D’après l’ingénieur suédois, ça rend la privatisation socialement acceptable. « En Suède, on est d’accord pour dire qu’en général le privé est bien encadré. Évidemment, elle doit respecter l’environnement, mais la propriété privée est favorisée avant celle de la propriété publique», mentionne Sven Gustavsson.

Quant à la planification, ce sont les propriétaires eux-mêmes qui y voient. «Au Québec, c’est assez compliqué pour la forêt privée. En Suède, il n’y a qu’une seule organisation. Ce sont des coopératives forestières. Celles-ci s’occupent de la planification, de la mise en marché et souvent des opérations chez leurs membres», fait-il savoir. On en compte quatre, une dans chaque région de la Suède. Les petits propriétaires de lots de boisés privés détiennent 50% des 23 millions d’hectares que totalise la forêt suédoise. Près de 80 % d’entre eux sont membres d’une coopérative. « Le fait que les petits propriétaires détiennent 50 % des terres, ça leur donne un poids avec la mise en marché du bois. Un propriétaire d’usine de sciage ne peut pas se permettre de traiter les propriétaires privés comme des fournisseurs de deuxième rang parce qu’au total, ils représentent 50 % des volumes », mentionne l’ingénieur forestier.

En forêt publique, c’est la société d’État qui planifie, engage des entrepreneurs et vend les billots. Elle est également actionnaire dans une entreprise de sciage. Du côté législatif, M. Gustavsson mentionne que les lois se ressemblent, mais certaines politiques diffèrent. Par exemple, on mise beaucoup sur la régénération naturelle et la coupe sélective au Québec. En Suède, cette politique a été favorisée dans les années 40, 50 et 60. «On a trouvé que la productivité des forêts avait diminué avec cette politique. Finalement, on n’a pas obtenu les essences de bois voulues par l’industrie», explique-t-il.

Selon lui, on voit un peu la même chose au Québec. L’ingénieur indique qu’ici, on récolte beaucoup, soit par des coupes totales ou partielles, puis on laisse la nature se régénérer. Mais les forêts ne sont pas aussi productives qu’on le souhaiterait. D’un point de vue économique, ce n’est pas une stratégie intéressante. Toutefois, M. Gustvasson souligne que la régénération naturelle, comme on le fait au Québec, offre la meilleure biodiversité au monde. «D’un point de vue environnemental, je pense que la politique forestière québécoise, c’est numéro 1. Ça ne peut pas être mieux que ça. Si l’on pense aux changements climatiques ou à des pertes à cause de nouveaux insectes envahisseurs, on a certainement une foresterie au Québec qui est très résiliente. Même s’il y a une essence qui est frappée, comme il y a une biodiversité, une autre essence va prendre la place. En même temps, il faut qu’on soit conscient que ce n’est pas la forêt la plus économique qu’il soit », note-t-il. L’ingénieur abonde avec le Forestier en chef lorsqu’il parle d’intensifier certaines parties de la forêt pour être plus économiquement rentable. D’après lui, le Québec devrait s’inspirer de la production forestière en Suède. «On est très bon côté environnemental au Québec, mais on pourrait peut-être se permettre d’être plus intensif. Beaucoup de plantations de la forêt québécoise sont peu utilisées », note-t-il.

Au Québec, sur les 35 millions d’hectares que totalise la forêt, on récolte 30 millions de mètres cubes. En Suède, sur les 23 millions d’hectares de la forêt, la récolte se chiffre à 80 millions de mètres cubes. «Ça représente une force économique plus importante en Suède. On pourrait s’en inspirer », conclut-il.