Groupements forestiers: des opportunités à saisir, selon Richard Savard

Le bilan des groupements forestiers est impressionnant: 34 000 propriétaires privés pour 1,6 million d’hectares, plus de 2000 emplois et un chiffre d’affaires de plus de 130 M$. Il a ajouté que des milliers de personnes ont pu gagner leur vie et faire vivre leur famille grâce aux groupements forestiers.

Le bilan des groupements forestiers est impressionnant: 34 000 propriétaires privés pour 1,6 million d’hectares, plus de 2000 emplois et un chiffre d’affaires de plus de 130 M$. Il a ajouté que des milliers de personnes ont pu gagner leur vie et faire vivre leur famille grâce aux groupements forestiers.

Photo: Marie-Claude Boileau

19 Nov. 2015

Invité par le directeur général du Regroupement des sociétés d’aménagement du Québec (RESAM), Richard Savard, sous-ministre au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), a accepté de prendre la parole pour la première fois depuis sa nomination au dernier congrès de l’organisation. Ayant lui-même travaillé en forêt privée durant 15 ans, il a livré avec franchise sa perception des groupements forestiers.

Marie-Claude Boileau

D’entrée de jeu, RICHARD SAVARD a affirmé que depuis plus de 40 ans la formule des groupements forestiers est et constitue encore aujourd’hui le meilleur véhicule pour associer les forêts privées à la contribution de l’économie des régions. Selon lui, les fondateurs des groupements forestiers ont été non seulement audacieux, mais visionnaires.

Le bilan est impressionnant: 34 000 propriétaires privés pour 1,6 million d’hectares, plus de 2000 emplois et un chiffre d’affaires de plus de 130 M$. Il a ajouté que des milliers de personnes ont pu gagner leur vie et faire vivre leur famille grâce aux groupements forestiers. M. Savard a rappelé qu’ils étaient des entités auxquelles les propriétaires étaient libres d’adhérer, dont les décisions d’affaires étaient prises démocratiquement et dont les profits étaient retournés aux membres et à la collectivité. «Vous êtes des entreprises qui disposent d’une solide expertise technique et qui font une utilisation transparente des fonds investis par l’État. Bref, vous avez une âme et vous êtes un partenaire de choix du gouvernement du Québec », souligne-t-il.

Tout n’est pas parfait. «Je sais que dans les moments difficiles, on est tenté de douter de nous mêmes et d’oublier l’essentiel. Mais l’essentiel est que depuis 40 ans vous vous êtes démenés pour rester en vie, servir vos membres autant que vos travailleurs tout en générant de la richesse dans des milieux qui en ont désespérément besoin. Je pense qu’il faut le reconnaître et en être fier», observe-t-il en saluant leur capacité d’adaptation.

Menaces et opportunités

Le sous-ministre a ensuite dressé une liste des menaces et des opportunités qui, à son avis, risquent de conditionner l’avenir de leurs organisations. D’abord, l’augmentation des investissements publics est difficilement envisageable à court terme. Il a rappelé que le seul programme existant au MFFPQ était le leur. «À chaque budget, il faut expliquer pourquoi le gouvernement dirige des fonds publics vers la forêt privée. Nous, on le sait pourquoi. Mais pour un économiste du ministère des Finances qui a à jauger l’éducation, la santé, le remboursement de la dette, ce n’est pas évident. Le ministre fait un bon travail pour protéger votre 28,5 M$ et je pense qu’on va réussir encore cette année, mais rien n’est acquis», avise-t-il. Le gouvernement du Québec veut déposer un budget équilibré et d’après lui, il sera difficile d’obtenir plus d’argent.

La disponibilité et le recrutement de la main d’oeuvre seront un enjeu important dans les années à venir. D’après M. Savard, on ne peut pas blâmer les jeunes de ne pas vouloir travailler en foresterie. Les mauvaises nouvelles sont fréquentes dans les journaux tandis que les acteurs forestiers se chicanent entre eux. Par conséquent, l’emploi sera de moins en moins un argument pour justifier un investissement de l’État.

Toutefois, le Québec vit une situation unique dans toute l’histoire forestière de la province étant donné qu’il y a à peine 10% de la superficie productive. «La possibilité forestière de la forêt privée représente 33% des bois disponibles et il y a lieu de croire que cette proportion va augmenter. Voilà votre chance! Vous avez la possibilité de récolter le fruit de 40 années de la forêt et de montrer à tout le monde que la chaîne des travaux sylvicoles mène effectivement à la création de richesse et que ça vaut le coût d’investir. C’est là où vous avez peut-être une chance d’infléchir les décideurs», lance-t-il.

Richard Savard a comparé l’approvisionnement en bois de la forêt publique à un gruyère. «Les aires protégées, le caribou forestier, les difficultés d’harmonisation avec les Premières Nations, on doit avoir entre 15 et 20% du volume de bois avec lequel on espérait approvisionner l’industrie. Le bois est de plus en plus petit, de plus en plus loin. Les bois de la forêt privée sont plus intéressants à plusieurs points de vue», mentionne-t-il. Qui plus est, acheter un arbre en forêt publique amène une série de contraintes : SOPFIM, SOPFEU, la voirie, etc. En achetant une tige en forêt privée, on peut choisir la dimension et on peut en faire ce qu’on veut. «Il y a aussi dans vos avantages la qualité et la proximité des bois. Ça donnera un avantage concurrentiel surtout quand la demande va être meilleure. Voilà l’occasion rêvée de rétablir l’équilibre des marchés entre les sources d’approvisionnement», dit-il.

Il juge que l’opportunité est présente pour que la forêt privée cesse d’être sous-exploitée. «Elle doit contribuer plus largement à la mise en marché de volumes de bois supplémentaires et de faire en sorte qu’il en reste davantage dans les poches du propriétaire. Pour y arriver, la récolte de bois doit être au centre des préoccupations de tous les acteurs de la filière incluant le gouvernement», soutient-il.

Il reconnaît que la fiscalité représente un frein important à la récolte de bois pour les propriétaires. «Dans certains cas, c’est plus payant de le laisser debout que de le couper. La nouvelle donne quant au volume disponible sur la forêt privée représente une espérance de revenus supplémentaires pour l’État et devrait nous permettre d’aborder la question des gains en capital dans une optique de coût-bénéfice pour le gouvernement», dit-il en invitant les groupements forestiers à travailler sur ce dossier. Selon lui, le ministère des Finances est prêt à envisager la possibilité d’étaler pour étaler les revenus et les dépenses.

Moyenne des surfaces qui sont traitées

Pour faire du profit, M. Savard croit qu’il est nécessaire de regrouper des surfaces. Il estime aussi que les municipalités devraient assouplir leur réglementation alors que les groupements forestiers devraient également cesser de saupoudrer leur budget au plus grand nombre de propriétaires au nom de l’universalité. «Vous devez y croire vous-mêmes à la récolte de bois. Je sais que c’est moins compliqué de contracter des travaux à la débroussailleuse, mais à mon sens, un groupement doit offrir tous les services à ses membres sinon d’autres vont le faire», note-t-il.

Mécanisme de mise en marché

Farouche défenseur du regroupement de l’offre notamment pour les produits agricoles, le sous-ministre constate que les mécanismes en place sont lourds et complexes pour les propriétaires qui, à la différence des agriculteurs, n’ont pas besoin des revenus du bois pour vivre. «Les systèmes de contingentement de bois, le transport des bois syndiqués, les comités, la paperasse, la péréquation, tout ça est de nature à rebuter quelqu’un dont ce n’est pas le revenu principal. La commercialisation des bois ne relève pas des mêmes règles que l’alimentaire parce que la concurrence ne vient pas du Mexique, mais de notre propre forêt. Il faut l’aborder différemment», considère-t-il.

M. Savard affirme que la forêt privée doit être plus souple pour qu’elle apparaisse comme la meilleure solution. En résumé, la récolte des bois en forêt privée donne une formidable opportunité économique pour un grand nombre de partenaires incluant l’État. «Ça pourra se faire que si tous les partenaires y mettent les efforts nécessaires», conclut-il.