Hausse du prix du bois: acheteurs optimistes, entreprises prudentes

Depuis deux ans, on a connu une hausse du prix du bois qui, toutefois n’a pas duré. «C’est comme un avion qui tente de décoller, mais qui n’y arrive pas, illustre MICHEL VINCENT. Par contre, on dirait que là, l’avion va vraiment s’envoler. En fait, on est probablement au début de la reprise», indique-t-il. Selon lui, les acheteurs semblent croire eux aussi à une reprise, mais les entreprises sont hésitantes. Un niveau de prudence que l’économiste, qui observe la forêt depuis presque 30 ans, n’a jamais vu.

Photo: Guy Lavoie

26 juin. 2012
Marie-Claude Boileau

Depuis le début de l’année, le prix du bois connaît une hausse. Contrairement aux années précédentes, Michel Vincent, économiste chez Del Degan Massé, croit que celle-ci se maintiendra. Reste que l’industrie demeure prudente. Le Monde Forestier s’est entretenu avec lui pour mieux comprendre la situation.

Depuis deux ans, on a connu une hausse du prix du bois qui, toutefois n’a pas duré. «C’est comme un avion qui tente de décoller, mais qui n’y arrive pas, illustre MICHEL VINCENT. Par contre, on dirait que là, l’avion va vraiment s’envoler. En fait, on est probablement au début de la reprise», indique-t-il. Selon lui, les acheteurs semblent croire eux aussi à une reprise, mais les entreprises sont hésitantes. Un niveau de prudence que l’économiste, qui observe la forêt depuis presque 30 ans, n’a jamais vu.

Demande en hausse

Tout prix varie selon l’offre et la demande. Actuellement, il y a une demande en bonne partie à cause de ce qui se passe aux États-Unis. L’indice d’accès à la propriété est l’élément déclencheur de cette situation. «Ça n’a jamais été aussi facile pour un ménage moyen de s’acheter une résidence, en tenant compte du revenu moyen, du coût moyen, du taux d’intérêt et des paiements que ça implique», note Michel Vincent. Toutefois, il y a beaucoup de méfiance, l’indice de confiance aux États-Unis est relativement bas. Si l’inventaire des maisons présentes en vente sur le marché diminue et que les prix cessent de baisser, on pourrait pouvoir en rajouter, en construire de nouvelles. Les acheteurs de bois sont positifs sur cet aspect.

Une offre modérée

C’est surtout le rôle de l’offre qui diffère des deux dernières années et qui pèse dans le prix actuel du bois. M. Vincent explique que lorsqu’on a assisté à des hausses de prix en 2009, 2010 et 2011, les entreprises forestières reprenaient leurs opérations et envoyaient des travailleurs dans le bois. Malheureusement, les prix sont retombés. Cette année, elles hésitent avant de relancer leurs activités. «C’est comme si elles voulaient être certaines que cette fois-ci, c’est la bonne. Et puis, il sera toujours temps de reprendre les opérations, d’obtenir de meilleurs prix et de profiter de la nouvelle conjoncture», rapporte l’économiste. Questionné sur la possibilité que la hausse du prix du bois persiste, M. Vincent affirme qu’il y a croit, et ce, pour la première fois, dit-il. Il avait eu des doutes lors de la hausse en 2010, croyant plutôt qu’elle serait temporaire, ce qui s’était avéré exact. La différence en 2012, c’est la demande. «On semble avoir un peu plus de fermeté », souligne-t-il. Du côté des entreprises, leur principal défi si la hausse se maintient est la main-d’oeuvre. Les mises à pied et fermetures temporaires ont poussé des travailleurs à quitter leur ville et à se trouver un nouvel emploi. «Le défi des compagnies forestières pour les 10 et 20 prochaines années, ce sont les travailleurs. L’embauche devra passer par une augmentation du salaire», soutient l’économiste. Le prix du bois repose donc sur le fragile équilibre entre l’offre et la demande. M. Vincent croit que si la reprise dans le domaine de la construction se maintient comme elle semble vouloir le faire, il y aura une tendance lourde des prix à la hausse. «On pourrait voir des fluctuations du prix à mesure que les grosses unités de production vont retourner en opération ce qui ferait baisser le prix du bois», note-t-il. Selon lui, il vaudrait mieux que la reprise reprenne lentement. «Idéalement il faut avoir une augmentation des prix fermes, mais sans exagérer. Parce que si les compagnies produisent de façon désordonnée, les prix risquent de chuter», avise M. Vincent. Avec une reprise ferme et des entreprises qui opèrent à nouveau, il faut s’attendre à des fluctuations des prix parce qu’on risque d’avoir des surplus de production. Une fois ce surplus absorbé par le marché, les prix seront à la hausse. Bref, les prix continueront à bouger. Encore faut-il que la reprise aux États-Unis soit bel et bien enclenchée, parce que le marché américain a une influence directe sur le prix du bois. Les acheteurs regardent aussi ce qui se passe dans l’Ouest du Canada. Il y a une certaine nervosité parce que deux usines de la Colombie-Britannique ont dû fermer à cause du dendroctone du pin, un insecte ravageur. Un important volume de bois a donc été retiré du marché. Néanmoins, l’offre est plus équilibrée avec la demande dans le marché nord-américain grâce, entre autres, à l’exportation vers la Chine. La reprise est lente et fragile et pourrait facilement être déstabilisée par des chocs externes comme une hausse importante du prix du pétrole résultant de la situation au Moyen-Orient (Iran, Syrie, etc.) ou encore la situation financière en Europe qui est encore loin d’être résolue et qui pourrait entraîner l’ensemble de l’économie mondiale en récession. Certaines régions de l’Europe le sont déjà d’ailleurs.