AVIS DÉPOSÉ AU MINISTRE DES FORÊTS, DE LA FAUNE ET DES PARCS

Il faut exploiter le potentiel caché des forêts du Québec, selon le Forestier en chef

Selon le Forestier en chef, les forêts du Québec possèdent le potentiel nécessaire pour que l’industrie puisse stabiliser, voire augmenter l’approvisionnement en bois.

Selon le Forestier en chef, les forêts du Québec possèdent le potentiel nécessaire pour que l’industrie puisse stabiliser, voire augmenter l’approvisionnement en bois.

Photo: Guy Lavoie

15 Fév. 2018

L’athlète tout en muscles et en souffle ne pourra récolter de médailles aux Jeux olympiques sans un entraînement assidu et structuré. Tout comme le Québec, détenteur d’une richesse indéniable nommée forêts, doit, pour en tirer le plein potentiel, la connaître sous toutes ses coutures et lui offrir un « entraînement » à sa mesure. Il faut donc des cibles bien claires, affirme le Forestier en chef dans un avis déposé au ministre des Forêts. Il vise les Olympiques : faire grimper les possibilités forestières totales d’au moins 25 % d’ici 2038. Et on cible l’or, en musclant la forêt pour qu’elle soit plus forte face aux adversaires que sont les intempéries et certains insectes, mais également pour lutter contre les changements climatiques.

Josée Descôteaux

LOUIS PELLETIER, Forestier en chef du Québec, nourrit une confiance totale en son « athlète » : les forêts du Québec possèdent le potentiel nécessaire pour que l’industrie puisse stabiliser, voire augmenter l’approvisionnement en bois. Il l’explique dans son avis intitulé Prévisibilité, stabilité et augmentation des possibilités forestières, produit à la demande du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs dans le cadre des mesures inscrites dans le plan de travail du Forum Innovation Bois tenu en octobre 2016. Il a été rendu public en décembre 2017.

En quoi consiste « l’entraînement » pour atteindre ce but? « Il faut d’abord se doter de cibles de production de bois chiffrées en fonction des possibilités et dans le respect des valeurs du Québec », répond M. Pelletier. C’est la première de trois recommandations formulées dans son avis : s’engager à atteindre les cibles de production de bois établies afin de maintenir et d’augmenter les possibilités forestières. Il vise une cible provinciale de 50 millions de mètres cubes annuellement en 2063. Les possibilités forestières totales seront de 34,3 millions de mètres cubes par année à partir du 1er avril 2018.

Cette première recommandation se décline en six stratégies, ou moyens pour atteindre cet objectif. M.Pelletier propose d’abord de créer un Réseau national de forêt pour la production de bois, qui permettrait de dédier 25 % du territoire forestier à l’aménagement forestier intensif pour la production de bois. Il faut en outre convaincre les acteurs de l’industrie, mais également la population en général, du bien-fondé de ces objectifs, en faisant la promotion de la culture forestière. « Il faut que ceux qui vivent de la forêt puissent continuer à le faire, tout en permettant à ceux qui en jouissent d’y avoir accès », peut-on lire dans le rapport du Forestier en chef.

Il sera également nécessaire de protéger la superficie destinée à l’aménagement forestier, souligne Louis Pelletier, et le gouvernement pourrait même débourser le financement nécessaire pour la réalisation de travaux sylvicoles. « Si on change la vocation d’un terrain ou d’un territoire, par exemple pour installer des lignes hydroélectriques, le fait de priver ainsi la forêt d’un certain nombre d’hectares a un impact sur les possibilités forestières, explique-t-il. On pourrait compenser celui qui a réalisé les travaux en finançant les travaux sylvicoles requis .»

L’atteinte des cibles passe aussi par la révision de la stratégie d’aménagement : les cibles de production de bois et les autres usages du territoire doivent être considérés avec le même niveau d’importance. Le Forestier en chef suggère également d’ajuster le tir en matière de moyens et d’outils sylvicoles utilisés pour intensifier l’aménagement forestier; il préconise ainsi le recours accru à l’éclaircie précommerciale, car des données récentes démontrent qu’elle génère un rendement supérieur à celui de la forêt naturelle, contrairement à ce que la Stratégie de protection des forêts de 1994 laissait croire.

Enfin, l’atteinte des cibles pourrait aussi comporter l’aménagement des peuplements dont les bois sont sans preneurs. Ces « indésirables », tels que l’érable rouge et le bouleau à papier, pourraient par exemple être utilisés pour la production de biomasse. « Nous voulons rendre ces bois éligibles aux exigences de la politique énergétique du Québec, indique Louis Pelletier. Nous pourrions créer une nouvelle filière énergétique et ensuite réaménager avec les essences désirées par l’industrie. Car il ne faut pas oublier qu’une forêt aménagée est une forêt en santé .»

UNE FORÊT QUI LUTTE POUR NOUS ET CONTRE SES ENNEMIS

Et si la forêt pouvait aussi rendre de grands services en matière de sauvegarde d’un air plus respirable? L’utilisation de la forêt et des produits du bois dans la lutte contre les changements climatiques constitue la seconde recommandation du Forestier en chef. Une forêt aménagée plus intensivement séquestre en effet davantage de carbone. « Une forêt aménagée, à maturité, permet de récolter davantage de mètres cubes de bois par hectare que la forêt naturelle, et donc de séquestrer plus de carbone », précise M. Pelletier. Sans compter le fait que les produits du bois stockent le carbone pendant toute la durée de leur utilisation, ce qui les rend durables. Qui plus est, la fabrication de produits en bois émet moins de CO2 que des produits à base de minéraux destinés au même usage.

Enfin, le Forestier en chef souhaite augmenter la capacité d’adaptation de la forêt face aux incertitudes. Inondations, feux de forêt, tordeuse des bourgeons de l’épinette, agrile du frêne : les menaces à l’intégrité de la forêt ne seront jamais totalement éradiquées, mais on peut en diminuer l’impact, estime Louis Pelletier. « La science a démontré qu’une forêt aménagée permet de réduire ces impacts », signale-t-il Même si les connaissances actuelles sur les changements climatiques et leurs effets sont évolutives et jusqu’ici peu intégrables dans le calcul des possibilités forestières, il faudra envisager plusieurs états possibles de la forêt et viser à augmenter sa résilience, précise-t-il dans son rapport.

Des actions préventives et des opérations plus efficaces de récupération des bois et de remise en production pourraient ainsi permettre d’éviter les pertes associées aux perturbations. Les recommandations du Forestier en chef ont reçu un accueil satisfaisant de la part de l’industrie, mentionne par ailleurs ce dernier. Il attend maintenant les réactions du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.

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