Pour une forêt publique rentable

Investir dans la sylviculture intensive

«Nous sommes convaincus que cette étude deviendra un outil de négociation de premier plan». - Sylvain Lalancette

«Nous sommes convaincus que cette étude deviendra un outil de négociation de premier plan». - Sylvain Lalancette

Photo: Guy Lavoie

26 Août. 2013
Isabelle Chartier

Au Saguenay – Lac-Saint-Jean, la Société sylvicole Mistassini et la coopérative forestière Girardville ont décidé de faire équipe avec le CLD Maria-Chapdelaine pour réaliser une étude d’envergure. Leur objectif : mettre en lumière le potentiel des investissements sylvicoles pour favoriser l’essor économique de la région. Début d’un projet ambitieux.

Constituée de 12 municipalités et de vastes territoires non organisés, la MRC de Maria- Chapdelaine est l’une des plus étendues au Québec. Son territoire forestier représente à lui seul près de 4,5 % de tout le couvert forestier du Québec. Sa forêt publique sous CAAF, avec une superficie totalisant 33 000 km2, permet un approvisionnement en matière ligneuse évalué à 14 % de la possibilité forestière québécoise. Sur les terres publiques de la région, la possibilité forestière ne cesse de diminuer depuis 5 ans. Certaines activités de la chaîne de valeur sont fortement écorchées : on a peine à maintenir les volumes historiques des travaux et les emplois qui y sont liés. En revanche, la possibilité forestière des forêts privées croît continuellement depuis plus de 15 ans. Les opérations sylvicoles que l’on y pratique ne sont certainement pas étrangères à cette augmentation du rendement. «Devant ce constat, nous avons décidé de réagir et de prendre position, indique SYLVAIN LALANCETTE, représentant de la Société sylvicole Mistassini. Si on veut assurer la santé de l’industrie forestière et offrir un capital forestier intéressant aux générations futures, il faut dès maintenant trouver de nouvelles façons de faire.»

Une consultation élargie

Au début de l’année 2013, une firme a donc été mandatée pour évaluer les retombées économiques engendrées par les travaux d’aménagement forestier sur le territoire. Cette étude économique a été menée par la Société sylvicole Mistassini et la coopérative forestière Girardville, en collaboration avec le CLD Maria-Chapdelaine. Toutes les entreprises sylvicoles de la région ont été invitées, au printemps dernier, à participer à l’exercice. «Nous ne voulions pas travailler seuls de notre côté, précise Sylvain Lalancette. Nous souhaitions entendre les autres et recueillir leurs commentaires dans le but de rassembler les entreprises de la région et de définir une vision commune de développement. » Investissons dans la mise en oeuvre de stratégies sylvicoles intensives : c’est rentable! Voilà le message central qui se dégage de cette consultation élargie et que l’on souhaite transmettre, chiffres à l’appui, à tous les intervenants du secteur forestier. Pour maintenir le rendement forestier du territoire public et rendre plus florissante l’industrie forestière, il faut intensifier la production ligneuse, notamment en périphérie des scieries. Les travaux sylvicoles permettent de produire du bois rapidement, tant en qualité (valeur) qu’en quantité (volume), favorisant du même coup les secteurs de la récolte et de la transformation du bois.

Parler tous d’une même voix

La sylviculture intensive comme piste de solution ne convainc cependant pas tout le monde. «Un premier pas a été franchi avec succès, résume Sylvain Lalancette. Nous avons récolté et analysé les données nécessaires pour démontrer à nos élus l’importance des travaux d’aménagement forestier pour l’économie de la région. Mais avant de présenter notre étude aux maires, aux MRC, à la Conférence régionale des élus du Saguenay – Lac-Saint-Jean et au gouvernement du Québec, il faudra d’abord rallier l’ensemble des acteurs de la filière forestière.» Un défi de taille, mais surtout, une étape incontournable pour que le message soit entendu et que la démarche porte ses fruits. «Si tous les secteurs de l’industrie forestière se mettent d’accord et que tous parlent d’une même voix, notre projet a toutes les chances d’être pris au sérieux par les décideurs et de se concrétiser.»

Une réforme qui menace l’industrie forestière

«Nous avons également une grande préoccupation relative à la réforme de l’assurance-emploi, explique Sylvain Lalancette. L’application de cette réforme met en péril la stabilité de notre main-d’oeuvre qualifiée et peut assurément fragiliser l’économie de notre région. La forêt est une industrie saisonnière. Si nos milliers de travailleurs ayant choisi de faire carrière dans le milieu forestier deviennent contraints d’occuper des emplois qui ne leur conviennent pas, il deviendra impossible pour nos entreprises de promouvoir les emplois qu’elles offrent.» Selon le représentant de la Société sylvicole Mistassini, il est capital que la réforme soit revue pour assurer la rétention de la main-d’oeuvre forestière. En chiffrant les emplois, l’étude économique effectuée pour la MRC de Maria-Chapdelaine sera fort utile pour faire pression auprès du gouvernement fédéral en ce sens. Elle permettra d’extrapoler les résultats pour les autres MRC du Saguenay – Lac-Saint-Jean, voire pour d’autres régions de la province. «Nous attendons le moment propice pour publier nos résultats, conclut Sylvain Lalancette. Nous demeurons réalistes, mais nous sommes convaincus que cette étude deviendra un outil de négociation de premier plan. Elle donnera non seulement plus de mérite aux travaux d’aménagement forestier, elle servira les intérêts de toute l’industrie forestière.» Un projet à suivre.