Jacques Bélanger: passionné de nature

«En fin de compte, tout me ramène à la nature. Elle a beaucoup de choses à offrir et j’essaie de l’exploiter au maximum. J’ai énormément appris et je n’arrêterai jamais.» -Jacques Bélanger

«En fin de compte, tout me ramène à la nature. Elle a beaucoup de choses à offrir et j’essaie de l’exploiter au maximum. J’ai énormément appris et je n’arrêterai jamais.» -Jacques Bélanger

Photo: courtoisie

4 Juin. 2012
Katia Lavoie

La forêt, Jacques Bélanger en mange! Il a commencé à baigner dedans tout jeune puisque l’univers de son père et de son village, donc le sien aussi, tournait autour de ce milieu naturel. Cet attachement l’a plus tard conduit à travailler pour plusieurs coopératives afin d’y amener son expertise et parfois même son audace. Maintenant près de la retraite, ce directeur des opérations à la Coopérative forestière du Nord-Ouest ne compte pas prendre congé de sa passion, au contraire! Le Monde Forestier s’est entretenu avec lui.

Comment est née votre passion pour la forêt?

Je suis originaire de Guyenne, un village pilote coopératif issu de la colonisation. C’est une municipalité agroforestière. On y vivait de la culture et de la transformation l’été, puis on travaillait dans les coopératives l’hiver. J’ai donc connu ce milieu très tôt.

Où avez-vous fait vos études?

J’ai étudié au collégial deux ans à Rouyn-Noranda pour ensuite terminer par une option d’un an en exploitation au Cégep de Sainte-Foy. Mon premier choix était l’aménagement, mais j’ai fini par prendre l’autre voie parce qu’il y avait plus d’emplois, donc d’avenir.

Quel a été votre parcours par la suite?

J’ai commencé à oeuvrer dans le domaine forestier en 1975, pour James Maclaren à Mont-Laurier. Ensuite, j’ai enseigné dans le cadre d’un cours professionnel à la polyvalente de la Forêt à Amos. Je considère cette expérience comme riche. J’aimais le contact avec les étudiants. On voyait que les jeunes en option intensive de foresterie en 5e secondaire avaient pris une décision plus réfléchie que ceux de 4e secondaire. Cependant, au bout de sept ans, j’ai voulu évoluer et avoir d’autres défis parce que j’enseignais toujours les mêmes matières. J’ai donc participé à un projet de recherche avec des étudiants de l’Université Laval en stage. Il portait sur la mycorisation, c’est-à- dire la symbiose entre le système racinaire des arbres et celui des champignons. Chacun tire de l’autre ce dont il a besoin pour sa croissance. Ils se complètent. Ils vivent ensemble. Plus tard, j’ai poursuivi ma carrière à la Coopérative de travail de Rivière Davy à Amos. En 1986, mon père a eu besoin de mon aide à la Coopérative de Guyenne parce qu’il avait des ennuis de santé. Je l’ai assisté pendant six ans avant de prendre la direction générale. En tout, je suis resté dans cette organisation pendant treize ans. À mon départ, j’ai passé un an à Sylviculture La Verendry, une filiale de la Coopérative de Saint-Dominique. Je travaille présentement à la Coopérative forestière du Nord-Ouest depuis 11 ans.

Quels ont été vos plus grands défis en carrière?

Lorsque j’ai commencé à Guyenne, la coopérative n’allait pas bien. Il fallait lui faire prendre de l’expansion. Alors, on a effectué beaucoup de reboisement, de travaux sylvicoles, de préparation de terrain. On a ouvert la coopérative à la grandeur de l’Abitibi et on a même réalisé des travaux dans le nord de l’Ontario. J’ai d’ailleurs réussi à faire passer le chiffre d’affaires de 1 M$ à 8 M$. En ce qui concerne la Coopérative forestière du Nord-Ouest, elle était déjà bien implantée. Mon défi a plutôt consisté à maintenir ses activités.

Quelles sont vos plus belles réalisations?

En collaboration avec d’autres coopératives, j’ai participé à l’élaboration de la nouvelle grille des travaux sylvicoles. Il y en avait à grande échelle à cette époque (à ce moment-là, Jacques Gauvin agissait à titre de directeur général de la conférence des coopératives maintenant la FQCF) et il fallait répartir l’ouvrage de façon équitable. Ensuite, lorsque j’enseignais, j’ai formé une compagnie de reboisement à l’intérieur de laquelle j’ai fait travailler mes étudiants durant la période estivale. J’avais alors obtenu un sous-contrat de la Coopérative de Travail de Guyenne de l’ordre de 600 000 plants, ce qui était gros à l’époque, aux alentours de 1980. Les contrats étaient alloués et supervisés par le ministère des Forêts. Il n’y avait pas beaucoup de reboisement sur forêt publique à cette époque et les reboiseurs étaient payés à l’heure. J’ai décidé de les rémunérer à la production, donc par plant reboisé. J’ai été le premier à les rétribuer de cette façon en région. Au niveau provincial, je ne le sais pas. Cette façon de procéder permettait de mieux contrôler les coûts tout en améliorant la productivité des opérations. Aujourd’hui, les reboiseurs sont toujours rémunérés de cette manière. Enfin, toujours lorsque j’occupais mon emploi d’enseignant, j’ai donné comme travaux pratiques à mes étudiants la tâche d’effectuer toutes les étapes relatives à la production de plants, soit la cueillette des cônes de trois essences (épinette noire, pin gris et mélèze) provenant du site de la forêt-école, l’extraction des semences, les tests de germination et leur mise en terre en contenants de production conventionnels. Nous avons restructuré une serre abandonnée et avons suivi la croissance de ces 6000 plants en y appliquant trois méthodes de fertilisation. Une fois prêts à la mise en terre, ils ont été reboisés sur le site de la forêt-école. Cette expérience a vraiment été enrichissante.

Comment continuerez-vous à garder un lien avec la forêt à la retraite?

Dans mes loisirs, je chasse et je pêche. Je cueille également des champignons depuis plusieurs années. Au Québec, il existe quelques centaines d’espèces, mais je me limite à sept ou huit sortes. J’aime la chanterelle, le pleurote en forme d’huitre, la morille conique et lépiote déguenillée entre autres. Depuis deux ans à l’automne, je donne des formations à ce sujet à 30 néophytes dans la municipalité de Saint- Mathieu. Ils s’initient dans le cadre de deux jours de terrain, à la manière de les trouver et de les identifier. Ce n’est pas si compliqué de les reconnaître. Peu sont toxiques. De plus, je suis actuellement en train de former un club de cueilleurs de champignons et d’autres plantes avec d’autres personnes. Mon expérience sera utile pour l’interprétation des peuplements sur une carte ainsi que pour la localisation et la comestibilité de ces végétaux. En fin de compte, tout me ramène à la nature. Elle a beaucoup de choses à offrir et j’essaie de l’exploiter au maximum. J’ai énormément appris et je n’arrêterai jamais.