Coupures dans les programmes d’aide à la biomasse?

La biomasse : contribuer au développement économique du Québec

Trois projets ont reçu la confirmation récente d’une aide financière de Québec pour l’utilisation de la biomasse.

Trois projets ont reçu la confirmation récente d’une aide financière de Québec pour l’utilisation de la biomasse.

Photo: archives LMF

5 Nov. 2014

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe dans le milieu de la filière du chauffage à la biomasse. RENAUD SAVARD, président-directeur général chez Gestion Conseils PMI a très mal réagi. À son avis, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) est en période de réévaluation et rien n’indique que le gouvernement va continuer de promouvoir le chauffage à la biomasse à l’aide du programme financier existant. «Québec veut abolir tous les programmes de subventions. Nous avons fait des représentations, nous avons demandé au gouvernement Couillard de reconduire les programmes existants, mais nous ne savons rien, nous sommes dans le néant et nous attendons les annonces du prochain budget.»

Bernard Gauthier

Inquiétudes

Même déception chez Transfab Énergie. «Nous sommes extrêmement déçu de l’attitude du gouvernement. Depuis les dernières années, nous assistons à une démocratisation du secteur, une nouvelle clientèle démontre un intérêt certain pour l’alternative énergétique que représente les systèmes de combustion à la biomasse, puisque des municipalités, des institutions et des entreprises misent sur cette forme d’énergie renouvelable pour leurs besoins en devenant entre autre, moins dépendante des énergies fossiles tout en bénéficiant d’une réduction substantiel des coûts par Kw. En tant que société, nous promouvons le développement durable en matière d’énergie, le gouvernement doit maintenir et reconduire le programme financier existant pour assurer la concrétisation des projets. De plus au Québec, l’activité économique de plusieurs régions et l’employabilité des gens appartenant à ces communautés est en lien avec le monde forestier, la filière biomasse représente une façon de perpétuer ces emplois et favoriser l’économie régionale», explique FRÉDÉRIC BLANCHET, directeur général chez Transfab Énergie.

Le programme actuel consiste à subventionner les projets à 50 % jusqu’à concurrence de 500 000 $. Renaud Savard se dit très inquiet du fait que les programmes d’aide étaient très intéressants pour le développement de la filière et de l’économie locale. À son avis, un projet de chauffage à la biomasse comportait trois volets positifs pour une communauté locale :

– environnemental : la biomasse remplace l’utilisation des énergies fossiles dès la première année en cessant d’émettre des gaz à effet de serre;

– social : les commissions scolaires, les églises et les bureaux municipaux peuvent être raccordés sur un même réseau;

– économique : la cueillette, la transformation et la livraison de la biomasse se déroulent localement, ce qui favorise le développement économique.

Ainsi, le projet d’aide gouvernementale de 50 M$ sur trois ans consacré à la biomasse et à d’autres formes d’énergie n’est plus assuré. Ce qui rend amer Renaud Savard, d’autant plus, dit-il, qu’une étude démontrait qu’un bâtiment seul chauffant à la biomasse représentait 295 000 $ en retombées économiques directes dans la communauté. «C’était une belle façon de contribuer au développement économique du Québec.»

Québec soutient les projets de biomasse

Au bureau du ministre Arcand, le discours n’est pas le même. Dans une commu- nication écrite, l’attachée de presse VÉRONIQUE NORMANDIN, estime que la filière de la valorisation de la biomasse forestière pour le chauffage des bâtiments institutionnels et commerciaux et pour les procédés industriels est en développement au Québec. «Plusieurs projets de chaufferie à la biomasse sont en développement dans les différentes régions du Québec et la filière commence à prendre un certain essor. Les projets de valorisation thermique de la biomasse, en substitution des carburants fossiles, permettent notamment d’accroître notre indépendance énergétique et ils favorisent l’injection de capitaux locaux, bénéfique au développement économique régional. À valeur égale, les projets impliquant la biomasse forestière résiduelle laissent beaucoup plus de retombées dans les régions que les combustibles fossiles qu’ils remplacent.»

Est-ce là un message que le milieu rural s’affole sans raison et que les programmes d’aide sont là pour demeurer, bien qu’ils soient appelés à subir éventuellement des modifications? Les prochaines semaines devraient jeter un peu plus de lumière sur cet enjeu.

Projets réalisés

Au Québec, quelques projets de chauffage à la biomasse ont été réalisés au cours de la dernière année. C’est le cas des municipalités de Sayabec, Saint-Léon et de Sainte-Irène.

Un réseau conçu pour la biomasse forestière a été aménagé. Tous les résidus sont ensuite brûlés dans des chaudières fournies par l’entreprise spécialisée en bioénergie BeloTEQ. «À Sayabec, nous avons complété le projet assez rapidement. L’ensemble des quatre projets (incluant le centre de ski Val d’Irène) approche le million de dollars. Les quatre projets ont été soumis par appels d’offres. Les discus- sions ont commencé en juin 2013 et nous avons terminé l’ensemble des travaux au printemps 2014», indique DENIS BELLEAU, vice-président de BeloTEQ.

Dans la Vallée de la Matapédia, c’est à titre de collaborateur que l’entreprise Transfab Énergie fut impliquée dans les 4 projets. «Pour la Matapédia, nous étions concepteur et fabricant des vaisseaux sous pression ainsi que des composantes mécaniques d’alimentation de biomasse et du convoyage des cendres. La région de la Matapédia, avec plus de 6 projets réalisés dans le monde municipal et institutionnel, est un très bel exemple de l’engagement envers le développement durable et de l’utilisation de la ressource forestière », précise Frédéric Blanchet.

Pour Denis Belleau, il ne fait aucun doute que le chauffage à la biomasse engendre des économies substantielles. «Une municipalité qui utilise la biomasse verra sa facture diminuer d’au moins 25 % par rapport au chauffage aux énergies fossiles. Mais il y a encore plus. La municipalité réduira son empreinte écologique au niveau des gaz à effet de serre. La biomasse provient de ressources renouvelables et chaque tonne de carbone brûlée dans nos chaudières sera recyclée quelque part en verdure, en arbres et autres éléments naturels. Tout ce que nous souhaitons, c’est que les industries et les utilisateurs d’énergie thermique emboîtent le pas. Au Québec, c’est la voie de l’avenir, car nous dormons sur une mine d’énergie qui ne demande qu’à être exploitée.»

Projets à venir

Trois autres projets ont reçu la confirmation récente d’une aide financière de Québec pour l’utilisation de la biomasse. À Rivière-Bleue, le projet consiste en l’implantation d’un réseau de chaleur à la biomasse forestière résiduelle afin de desservir divers bâtiments (municipal, religieux, scolaire et social).

Le projet permettra le déplacement de consommation de mazout léger de près de 60 554 litres par année vers de la biomasse forestière résiduelle, représentant 160,1 tonnes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre annuellement.

L’aide financière accordée est de 200 167 $ sur un investissement total de 795 000$. Le contrat a été octroyé à l’entrepreneur général Lévesque & Associés de Québec et à l’entreprise manufacturière Transfab Énergie de Saint-Nicolas. Le montant s’élève à 460 000 $ pour les deux entreprises. «Pour Rivière-Bleue, nous allons effectuer la totalité de la conception ainsi que de la fabrication du système de combustion à la biomasse. Nous travaillons en étroite collaboration avec notre partenaire d’affaire, Lévesque et Associés pour l’octroi des travaux de sous-traitance. Présentement, nous sommes à l’étape de la conception et la présentation des dessins préliminaires. Tout devrait être réalisé au courant de l’hiver 2014-2015», ajoute Frédéric Blanchet de Transfab Énergie. Cette entreprise, qui a participé à plusieurs projets dans le domaine de la combustion à la Biomasse au fil des années, notamment dans le secteur des moulins à scie et de la production en serre.

Le deuxième projet touche le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) des Etchemins. Le projet consiste en l’implantation d’une chaudière à vapeur alimentée aux granules de bois pour remplacer une chaudière au mazout lourd. Le projet implique également le démantèlement du système d’alimentation en mazout lourd et l’implantation d’un silo à granules.

Des chaudières aux granules seront aussi implantées dans des bâtiments connexes pour remplacer des chaudières au mazout léger. Le projet permettra le déplacement de consommation de mazout léger de près de 28 136 litres par année et de 514 908 litres de mazout lourd par année vers de la biomasse forestière résiduelle. Ceci représente 1 688,9 tonnes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre annuellement.

L’aide financière accordée est de 1 095 321$ sur un investissement total de 1 520 500 $. Finalement le troisième projet qui vise l’érablière du Reeke Brook, située à Saint-Elzéar-de-Témiscouata, consiste au remplacement de l’évaporateur au mazout par un équipement neuf utilisant les granules de bois. Ce projet permettra le déplacement de consommation de mazout léger de plus de 15 728 litres par année vers de la biomasse forestière résiduelle, représentant 41,8 tonnes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre annuellement.

L’aide financière accordée est de 52 260 $ sur un investissement total de 96 231 $.

Avenir du programme

Ce programme, qui a pour but de réduire les GES et la consommation de combustible fossile, tout en valorisant la biomasse forestière résiduelle à des fins énergétiques, sera-t-il touché par la vague des coupures?

Un tel programme permet de soutenir le développement d’infrastructures et des réseaux de distribution de la biomasse forestière résiduelle au Québec. Un budget total de près de 50 M$, dans le cadre du Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques, était toujours prévu pour soutenir les mesures du programme. Mais à ce jour, rien n’est sûr et il faudra attendre que Québec précise ses nouvelles mesures à l’intention des diverses régions qui envisagent la biomasse comme mode de chauffage. Sans l’aide d’une participation financière gouvernementale, plusieurs municipalités risquent de laisser tomber tout simplement leur plan de conversion.