Étude de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi

La biomasse forestière passe le test dans la vallée de la Matapédia

Jean-Noël Barriault, directeur général de la Ville de Causapscal, montre la bouilloire à la biomasse forestière chauffant sept édifices municipaux et communautaires.

Jean-Noël Barriault, directeur général de la Ville de Causapscal, montre la bouilloire à la biomasse forestière chauffant sept édifices municipaux et communautaires.

Photo: Gilles Gagné

15 Juin. 2015

CAUSAPSCAL – Selon une étude réalisée par la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi, le remplacement du chauffage au mazout par une chaudière alimentée à la biomasse forestière résiduelle à l’hôpital d’Amqui s’est avéré un excellent choix pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Gilles Gagné

PATRICK DALLAIN, président du Réseau d’expertise et de valorisation de la biomasse forestière de la Matapédia, précise que l’étude de l’Université du Québec à Chicoutimi est sans équivoque, même si l’utilisation du mazout était relativement limitée à Amqui. «Avant, l’hôpital d’Amqui était chauffé à 90% à l’électricité et à 10% au mazout. Le remplacement de ces systèmes par une chaufferie à la biomasse forestière résiduelle est un excellent choix parce qu’il a permis une réduction de 56% des émissions de gaz à effet de serre (GES). Si on avait remplacé un système de chauffage entièrement alimenté au mazout, la réduction de GES aurait été de 93%», souligne M. Dallain.

L’étude avait été commandée par le Réseau d’expertise et de valorisation de la biomasse forestière de la vallée de la Matapédia, et elle a été rendue publique le 12 mai dans la ville voisine d’Amqui, soit Causapscal, où un système à la biomasse a aussi été installé il y a deux ans et demi pour chauffer sept bâtiments municipaux et communautaires.

La puissance de la chaudière de Causapscal est de 500 kilowatts-heures, alors que les deux unités d’Amqui totalisent 1300 kilowatts/heure. «Ce sont les projets qu’on vise», ajoute M. Dallain à propos de l’initiative de Causapscal. «Depuis sa création en 2009, le Réseau d’expertise et de valorisation de la biomasse forestière a mené à la création de 10 emplois et a généré des investissements de 5 millions $ dans des systèmes de chaufferies. C’est un moteur économique important. Si on nous, donne la chance, plusieurs autres projets verront le jour.»

L’étude de l’Université du Québec à Chicoutimi a été réalisée à travers le prisme de «l’analyse de cycle de vie», une méthode mettant l’accent sur l’impact des options en cause sur la santé humaine, la qualité des écosystèmes, les changements climatiques et les ressources, dus à l’utilisation de ce type de bioénergie. CLAUDE VILLENEUVE, directeur de la Chaire en écoconseil de l’Université du Québec à Chicoutimi, précise que des «choix écologiques peuvent créer des problèmes en amont et en aval (…) Une analyse de cycle de vie, c’est une étude d’impact potentiel», dit-il. «Dans un cas comme celui de l’hôpital d’Amqui, une étude de cycle de vie mesure tout ce qui va rentrer dans le système pour produire un giga-joules à un endroit donné», note M. Villeneuve.

Un giga-joules est une unité de mesure de puissance équivalant à un tiers de kilowatt-heure. Ainsi, l’analyse de cycle de vie devait comparer l’impact de l’ancien système de chauffage de l’hôpital d’Amqui, en l’occurrence le système hydride électricité-mazout, et l’impact du nouveau système à la biomasse. «Si on prend un camion pour faire le transport à partir de la forêt, il y a du fer qui est entré dans sa fabrication. On l’impute à l’extraction de la biomasse, au transport à l’entrepôt et au transport entre l’entrepôt et l’hôpital. L’impact représente peut-être un dixmillionième de camion. On peut penser que le fer a été extrait de la Côte-Nord, qu’il est passé par la sidérurgie à Contrecoeur, que le camion a été fait aux États-Unis», illustre M. Villeneuve.

Le fait que la biomasse forestière soit résiduelle, c’est-à-dire qu’elle est composée de branches et de têtes d’arbres et non de bois propre à d’autres usages, et que la distance soit limitée entre ces lieux de coupe et l’entrepôt de la Coopérative forestière de la Matapédia à Sainte-Florence, le fournisseur de matière pour les bouilloires, constituent d’autres facteurs analysés dans l’étude.

Dans le camp de l’ancien système de chauffage de l’hôpital, la forte présence de l’électricité, et spécifiquement de 97% d’hydroélectricité, a été intégrée à l’étude, tout comme le transport du mazout entre Lévis et Amqui, en plus des effets de sa combustion. «Il faut faire analyser l’étude de cycle de vie par une autorité indépendante pour qu’elle soit conforme à la norme en vigueur dans le domaine. C’est la firme Quantis, une firme internationale spécialisée, qui a réalisé cette vérification», précise Claude Villeneuve. «L’ancien système générait 2,4 plus d’émissions de giga- joules (…) La solution de la biomasse forestière est clairement meilleure. C’est une certitude», ajoute-t-il, soulignant que le jeu des marges d’incertitude ne change rien aux résultats.

L’étude ne révèle toutefois pas ce qu’auraient été les résultats si on avait comparé un chauffage reposant exclusivement sur l’électricité à celui axé sur la biomasse forestière résiduelle. Claude Villeneuve croit que les deux systèmes arrivent probablement à égalité. Un système fonctionnant exclusivement au mazout aurait à l’inverse généré de 15 à 16 fois plus de GES qu’un système alimenté par la biomasse forestière.

En ce qui a trait aux effets sur la qualité de la santé humaine, le biologiste précise qu’ils sont négligeables. «C’est 100 fois rien. C’est plus que 10 fois rien. C’est tout», dit M. Villeneuve. L’étude ne permet toutefois pas de porter de conclusion quant aux effets de la chaudière consommant de la biomasse forestière sur la qualité des écosystèmes, parce que le cadre de référence est basé sur des données européennes. «C’est théorique», résume M. Villeneuve. Une étude de ce type «pourrait être menée à Chibougamau ou en Estrie. Il faudra intégrer les mêmes données adaptées à la réalité de ces régions», dit-il. Claude Villeneuve remarque qu’à «plus de 100 kilomètres, on commence à manger son gain en réduction de GES», quand la biomasse forestière est transportée sur une distance supérieure.

Le gain, puisqu’il en est question, a été considérable pour l’hôpital d’Amqui. «La chaudière de la bouilloire a été installée en 2009. C’était un investissement de 1,4 million $. On avait prévu sept ans pour payer l’investissement avec les sommes épargnées. En réalité, ça s’est remboursé en quatre ans. Depuis, c’est un surplus», conclut Patrick Dallain, du Réseau d’expertise et de valorisation de la biomasse forestière de la Matapédia.