La Cité Verte à Québec: seul chauffage à la biomasse en milieu urbain

Ce sont des granules de bois qui alimentent les chaudières. «À cause de son emplacement en milieu urbain, on a choisi les granules de bois pour la densité de l’énergie qu’ils procurent. Par ailleurs, ça nous permettait de les manipuler sans avoir l’air d’une cour industrielle», fait-il savoir. JOHN W. ARSENAULT, directeur, granules de bois au Bureau de promotion des produits du bois (QWEB) explique qu’il s’agit d’une des meilleures formes dans ce cas-ci.

Ce sont des granules de bois qui alimentent les chaudières. «À cause de son emplacement en milieu urbain, on a choisi les granules de bois pour la densité de l’énergie qu’ils procurent. Par ailleurs, ça nous permettait de les manipuler sans avoir l’air d’une cour industrielle», fait-il savoir. JOHN W. ARSENAULT, directeur, granules de bois au Bureau de promotion des produits du bois (QWEB) explique qu’il s’agit d’une des meilleures formes dans ce cas-ci.

Photo: courtoisie

30 Jan. 2018

Lancée en 2009, la chaufferie à la biomasse forestière de la Cité Verte est le seul encore à ce jour à être située en milieu urbain. À terme, c’est un quartier totalisant 800 unités que la centrale d’énergie chauffera.

Marie-Claude Boileau

La Cité Verte est un projet d’ensemble résidentiel piloté par SSQ Immobilier. Dès le départ, l’entreprise a voulu en faire un milieu de vie écoresponsable. Installé au coeur de la Ville de Québec dans le quartier Saint-Sacrement, ce sont 800 unités qui y seront aménagées au total.

L’aménagement du complexe représente un investissement de 300 M$. Pour la Cité Verte, SSQ Immobilier a opté pour un chauffage urbain. L’entreprise Poly-Énergie l’a accompagné dans la mise en place de la centrale d’énergie. Son président, CLAUDE ROUTHIER, est très content du résultat. Il souligne que le système fonctionne très bien. Il faut dire que SSQ Immobilier a choisi des équipements qui avaient fait leurs preuves sur les marchés européens.

L’objectif était d’avoir un niveau de performance très élevé. «Un réseau de chauffage urbain, c’est comme une utilité publique, ça se doit d’avoir un très haut niveau de fiabilité», indique-t-il. Autrement dit, on ne veut pas brûler des granules pour rien. Ainsi, quatre chaudières à bois de la marque autrichienne Viessmann ont été installées. Chacune possède une puissance de 1250 kW pour un total de 5 MW.

M. Routhier explique que les chaudières ont des composantes québécoises puisqu’il y a eu des échanges de technologie. «Il n’y a donc pas eu de surprise quant à la performance des équipements. On savait à quoi s’attendre», fait-il savoir. Il ajoute que «la SSQ est vraiment un partenaire de premier ordre pour démontrer que les technologies peuvent être adaptées pour donner les meilleurs résultats possible.»

L’entreprise fait beaucoup de suivi notamment pour le mesurage technique. «Lorsqu’on livre de l’énergie thermique, c’est important d’avoir des systèmes de comptabilisation qui sont très fiables. Les gens veulent avoir confiance. Tout le monde a de facto confiance dans un compteur électrique ou de gaz naturel même s’ils ne savent pas trop comment le lire. Puisqu’ils sont confrontés pour la première fois à un compteur d’énergie thermique, ils peuvent avoir des réticences. Ça fait partie du travail», mentionne-t-il.

Chaque résident peut connaître sa consommation grâce à un système de communication. De plus, un lien Internet les renseigne, via un module de contrôle installé dans chaque logement sur la consommation d’énergie, d’eau et sur des mesures à prendre collectivement pour améliorer la performance générale de la Cité Verte.

Concrètement, la centrale thermique dessert les immeubles en eau à une température variant entre 70 et 95 degrés Celsius selon les saisons. Ensuite, cette eau de chauffage est amenée à une sous-station de chauffage urbain qui sépare les systèmes du réseau de chauffage urbain et celui pour le chauffage des immeubles.

La Biomasse

Côté biomasse, ce sont des granules de bois qui alimentent les chaudières. «À cause de son emplacement en milieu urbain, on a choisi les granules de bois pour la densité de l’énergie qu’ils procurent. Par ailleurs, ça nous permettait de les manipuler sans avoir l’air d’une cour industrielle», fait-il savoir. JOHN W. ARSENAULT, directeur, granules de bois au Bureau de promotion des produits du bois (QWEB) explique qu’il s’agit d’une des meilleures formes dans ce cas-ci. «En choisissant les granules, on minimise les impacts sur l’environnement urbain. De plus, ils ont moins besoin de camions pour les livraisons. En mode combustion, ils sont également plus propres que le bois traditionnel ou les copeaux», fait-il savoir.

Il ajoute qu’avec les granules, on contrôle mieux leur taux d’humidité, leur granulométrie et leur tenure en cendre. Le spécialiste des granules souligne que la sélection d’un produit varie d’un projet à l’autre et qu’il existe une zone grise entre les granules et les copeaux. Pour les très gros projets de chaufferie, la biomasse forestière est préférée parce que son coût unitaire est moins élevé. À l’inverse, les granules sont idéaux pour les petits projets parce que le coût d’immobilisation est moindre. Toutefois, la distance avec le fournisseur, le coût du transport ou l’emplacement de la chaufferie comme ici en milieu urbain sont des éléments à prendre en considération. «Chaque cas doit être analysé à son mérite», dit-il.

Le propriétaire de la Cité Verte achète sa biomasse auprès de Granules LG à Saint-Félicien. Il en acquiert également chez Granulco à Tadoussac et d’une entreprise du Nouveau-Brunswick. «Ils essaient divers fournisseurs pour avoir tout le temps un peu de compétition pour les prix. Mais le prix des granules a quand même été stable depuis le début du projet», rapporte M. Routhier.

De son côté, M. Arsenault signale que le Québec est l’un des marchés les plus compétitifs en Amérique du Nord. Une fois acheminés par camions, les granules sont entreposés dans un silo qui a une capacité de 450 tonnes, soit l’équivalent de 10 à 15 camionsremorques de 54 pieds. Il y a eu un peu plus de circulation dernièrement sur le site. En fait, on a procédé récemment au nettoyage du silo. «De temps en temps, il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de poussière qui pourrait causer des problèmes comme de la combustion spontanée. Ainsi, il faut le vider complètement et le nettoyer pour s’assurer qu’il n’y a pas d’accumulation de poussière», informe-t-il. L’exercice n’avait jamais été effectué auparavant puisque l’équipement n’a pas été utilisé à plein rendement jusqu’à maintenant.

RÉCUPÉRATION DE CHALEUR

En outre, un système de récupération de chaleur a été installé sur la cheminée. «C’est un projet très sophistiqué. Non seulement il y a la biomasse, mais des pompes à chaleur récupératrice de la cheminée qui marchent au CO2 de telle sorte que tu peux aller chercher une efficacité énergétique très élevée dans le processus. C’est aussi pour condenser les vapeurs de la cheminée et éviter qu’elle soit trop apparente dans le centre-ville», note M. Arsenault.

M. Routhier informe qu’il effectue présentement des tests pour valider si ça fonctionne bien. Le système n’a jusqu’ici que très peu employé. «Ça prend presque deux chaudières en fonction pour que ça vaille la peine de lancer le système de récupération de chaleur. Ça nécessite d’avoir des cases de combustion assez chaudes pendant une longue période», explique-t-il.

SURPLUS

Dans l’aménagement de la centrale, on a prévu de vendre les surplus d’énergie. Deux voisins du nouveau quartier sont des hôpitaux. Selon M. Routhier, ils sont toutefois frileux préférant le gaz naturel qu’ils jugent plus fiable. Toutefois, il ajoute qu’ils sont venus à plusieurs reprises la visiter. «On leur a démontré qu’il y avait beaucoup de fiabilité dans le réseau. Ça les intéresse quand même parce qu’eux aussi ont des demandes importantes pour réduire leur émission de gaz à effet de serre.

Être capable d’arrimer leur demande avec la capacité de production excédentaire de la Cité Verte plait bien. Reste encore qu’il faut négocier avec la Ville de Québec. Ce qui va de soi dans plusieurs villes européennes, soit de passer des tuyaux de chauffage urbain sous les rues, risque d’être très compliqué ici», dit-il.