La Coulée d’Élixir: une vitrine technologique pour l’acériculture

Serge Tanguay, sa femme Caroline Arbour et leurs enfants Louis-Félix et Lauralie Tanguay lors du premier allumage du master après la reconstruction.

Serge Tanguay, sa femme Caroline Arbour et leurs enfants Louis-Félix et Lauralie Tanguay lors du premier allumage du master après la reconstruction.

Photo: courtoisie

28 Fév. 2017

SERGE TANGUAY a toujours su qu’il aurait sa propre érablière. Impatient d’avoir la sienne, il a accepté une offre qu’il ne pouvait pas refuser. Un rêve qu’il a réalisé en 2013 avec l’acquisition de l’érablière La Coulée d’Élixir.

Marie-Claude Boileau

Natif de La Guadeloupe, Serge Tanguay a grandi en fréquentant les érablières de son grand père et de ses parents en Beauce, la plus importante région acéricole du Québec. Une passion qui le mène, à 16 ans, à être engagé par les Équipements d’érablière CDL, une entreprise spécialisée dans les équipements acéricoles. Il a cumulé tous les emplois: de l’entretien ménager à la soudure, de responsable des achats à directeur d’usine, de directeur du perfectionnement à celui de l’importation.

Aujourd’hui, il occupe le poste de directeur des ventes Canada. «En réalité, mon rêve était de pouvoir avoir la chance de mettre en pratique tout ce qu’on explique et conseille à nos clients», dit-il. Ce jour-là est survenu en 2013 lorsque les frères Gasse de l’Érablière Gasse, basée à Marsoui en Gaspésie, lui ont proposé d’acheter leur compagnie. «C’était une belle entreprise, avec un cheptel d’érables à sucre exceptionnel, qui avait un énorme potentiel tout simplement», raconte-t-il. Une opportunité intéressante puisqu’elle se situe dans un endroit paradisiaque, lui qui est amateur de chasse, de pêche, de VTT et de motoneige.

Demeurant à Saint-Henri-de-Lévis dans la région de Chaudière-Appalaches, son objectif dès le départ est de pouvoir en faire la gestion à distance. Il entreprend alors la modernisation de ses installations. «J’ai installé 7,2 km de lignes électriques en plus de changer l’évaporateur, le concentrateur, les systèmes de pompage et les extracteurs. Tous les équipements ont été améliorés. La cabane était petite, mais fonctionnelle pour la grosseur de l’entreprise à l’époque», informe-t-il.

En février 2015, un incendie majeur ravage le bâtiment principal. M. Tanguay entreprend rapidement à sa reconstruction. C’est l’occasion pour lui de le rendre encore plus fonctionnel, toujours avec l’intention de tout contrôler à distance. Il prend alors le temps de réfléchir aux moindres aspects de la cabane afin que celle-ci soit une vitrine technologique pour l’acériculture et CDL.

Pour ce faire, les plans sont conçus en trois dimensions. Tous les détails sont analysés: la hauteur et la grandeur des fenêtres, l’emplacement des portes et des murs, l’éclairage, la plomberie, les prises électriques, etc. «Le 3D m’a permis d’éliminer les erreurs. J’ai fait cinq plans avant de mettre en oeuvre la dernière cabane qu’on a construite. Oui, ça nécessite beaucoup de «brainstorming», mais lorsqu’on va rencontrer le gars de la construction, tu sauves beaucoup de temps et d’argent. On sait pourquoi un clou est placé à tel endroit», indique-t-il.

En novembre dernier, M. Tanguay a fait l’acquisition de 60% du potentiel acéricoles des Entreprises 3B. Dès le départ avec l’achat de son érablière, le propriétaire savait qu’il agrandirait un jour son terrain. «Pour faire une entreprise 100% gérée à distance, il faut investir dans les télécommunications, l’automatisation et l’informatique. Le tout nous exige d’avoir des responsables qui auront des salaires plus élevés que les techniciens. À 40 000 entailles, ma problématique était d’être en mesure de fournir de l’ouvrage à temps plein à toutes ces personnes et de justifier tous mes investissements. Ça me permet d’avoir deux gestionnaires au lieu d’un. Les couleurs de l’un complètent celles de l’autre. Je me trouve avec un noyau de gestion fort. Aussi, j’ai plus de main-d’oeuvre. Ainsi, si quelqu’un est malade, ça me permet d’avoir un bon flot de production journalier», fait-il savoir.

100% AUTOMATISÉ

Pour la saison 2017, M. Tanguay confie qu’il sera 100% automatisé – de l’arbre à l’évaporateur. Il explique qu’il utilise un système de gestion et de contrôle informatisé unique. En tout, il possède 450 sondes vacuum. «Ils nous permettent d’optimiser la main-d’oeuvre chaque jour afin de la concentrer sur des parcelles de terrain où le réseau de tubulure est le plus défectueux. L’objectif est d’avoir le vacuum le plus haut pour optimiser la production. Plus il y a de fuites, moins le vacuum est élevé et ceci réduit la production de 6% par pouce de mercure», explique-t-il.

Les détecteurs permettent de savoir où est la fuite et de la colmater le plus rapidement possible. «L’objectif cette année est de 29 pouces de mercure aux têtes de ligne», précise-t-il. Dans ses stations de pompage, tout est automatisé: la lumière, le chauffage, la ventilation, le démarrage de pompes, le contrôle des pompes de refoulement, le niveau de bassin, etc. «Tout est à portée d’un doigt sur un ordi ou un téléphone, et ce, peu importe où dans le monde tant que l’internet est disponible. Au lieu d’avoir une personne à chaque station ou quelqu’un qui fait un visuel journalier, mes gestionnaires peuvent tout voir sur l’état des vacuum, des températures, des niveaux de bassin et même faire un préventif sur les pompes à distance», indique-t-il.

Quant à l’eau d’érable, elle est acheminée par tubulure à la cabane, où là aussi tout est automatisé. À la cabane, la matière première est concentrée à l’aide de concentrateurs intelligents. «Avec mes osmoses CDL 20+ et 30+, les techniciens pourront concentrer 8400 gallons de sève, en passant de 2 à 32 brix», indique-t-il. Le propriétaire de La Coulée d’Élixir travaille avec un évaporateur «Master» qui possède une technique unique en acériculture. Il est doté d’un système de bouillage ultra-performant qui donne 7,5 barils à l’heure sans changement de panne journalier.

Son système de lavage est complètement automatisé, ce qui permet de finir les journées 15 minutes après le bouillage. Pour 2019, CDL va commercialiser un évaporateur 100% automatisé. Il prévoit l’installer chez lui dès l’an prochain. «On retournera dans les fils et les contrôleurs», admet-il enthousiaste.

Son emploi chez CDL lui permet de tester les équipements avant tout le monde, et de donner ses commentaires afin de les améliorer au besoin et d’améliorer les équipements au besoin. Une fois l’eau d’érable traitée dans l’évaporateur, le travail se poursuit avec les deux unités de filtration qui ont une capacité de 80 barils par jour. «La filtration se fait automatiquement. Puis, le sirop est acheminé directement dans un réservoir de calibration d’une capacité de 1500 gallons. Ensuite, il y a une calibration avec un lecteur de brix», explique-t-il.

La totalité du sirop d’érable de La Coulée d’Élixir, qui est biologique, est achetée par Sirop de l’Est. Toutes ces modifications technologiques ont nécessité des investissements majeurs, reconnait le propriétaire. Aujourd’hui, avec 101 000 entailles, tous ces investissements permettent de diminuer considérablement le coût d’exploitation à l’entaille, tout comme le besoin de main d’oeuvre pendant la saison, et ainsi améliorer la performance de l’entreprise». Il dit l’avoir fait en toute connaissance de cause. «Je suis convaincu que l’acériculture en Amérique du Nord en est seulement à la pointe de l’iceberg! C’est un marché qui explosera dans les prochaines années», soutient-il. D’ici une dizaine d’années, il estime que le sirop d’érable deviendra une denrée rare puisqu’il y aura un boom dans le développement de sous-produits à partir de la matière première.