Forêt privée

La mécanisation gagne du terrain

En forêt privée, l’abattage manuel étant en perte de vitesse dans la coupe forestière, la mécanisation gagne du terrain depuis ces dernières années.

En forêt privée, l’abattage manuel étant en perte de vitesse dans la coupe forestière, la mécanisation gagne du terrain depuis ces dernières années.

Photo: Guy Lavoie

28 Fév. 2014
Bernard Gauthier

L’abattage manuel étant en perte de vitesse dans la coupe forestière, la mécanisation gagne du terrain depuis ces dernières années.

En juillet dernier, le Groupement forestier Beauce-Sud a mis en service un tout nouvel équipement avec la collaboration d’un entrepreneur forestier. Il s’agit d’une Komatsu 138 avec tête d’abattage. Cette machine est particulièrement adaptée aux opérations de récolte en forêt privée, surtout dans les premières éclaircies de plantations. La tête d’abatteuse couvre des arbres d’un diamètre allant jusqu’à 17 pouces. Coût de l’acquisition : 300 000 $. « Nous soutenons financièrement l’équipement grâce à des contrats à long terme. Il s’agit d’une première chez nous.

La décision d’acheter l’abatteuse repose sur deux décisions : répondre à des problèmes de main-d’oeuvre et aux exigences en santé et sécurité au travail qui deviennent de plus en plus élevées », explique ROBERT JOLY, directeur du Groupement forestier Beauce-Sud. À son avis, les coûts deviennent très prohibitifs, ce qui a pour conséquence que la productivité dans le type d’opérations du Groupement forestier Beauce- Sud n’est plus au rendez-vous. « Ce sont des petits arbres qui requièrent des efforts considérables pour le peu de revenus que cela génère lorsque les opérations sont effectuées manuellement. Nous n’avons plus le choix : nous devons nous diriger vers la mécanisation. La main-d’oeuvre est vieillissante et elle est difficile à trouver, les opérations sont dangereuses et la mécanisation apporte une foule d’avantages. »

Robert Joly croit fermement que le travail manuel est appelé à disparaître à long terme. Il mentionne qu’ils n’ont plus d’abatteurs manuels. «Les équipements disponibles sont des équipements dispendieux et nous sommes à l’étape de mise en service. Nous travaillons conjointement avec FPInnovations pour développer de nouvelles méthodes de travail pour que les opérations deviennent plus efficaces et plus rentables. »

FPInnovations

De son côté, l’objectif de PHILIPPE MEEK, chargé de projets et adjoint au programme de la récolte des bois chez FPInnovations à Montréal, est d’identifier l’effet des modalités sur les coûts des traitements et la réalisation des objectifs sylvicoles. « Dans le cas de jeunes forêts, nous essayons de déterminer le nombre de sentiers, leur proportion, les caractéristiques des équipements pour faire les travaux dans diverses conditions du sol. Un autre point que nous étudions est celui de l’effet du volume par tiges : comment peut-on adapter l’équipement pour les petits bois? Nous travaillons à définir les priorités de sélection de tige et des conditions d’exécution pour atteindre les objectifs. »

Main-d’oeuvre recherchée

Le temps passe vite. Déjà trente ans pour plusieurs terres commerciales. Les arbres sont à maturité et les entreprises sont prêtes à passer à l’action. Certes, les opérations seront pour la plupart mécanisées, mais l’abattage manuel demeurera une priorité pour les régions où la main-d’oeuvre dépend de cette ressource. C’est notamment le cas à la Société d’exploitation des ressources de la Neigette (SER) dans le Bas-Saint-Laurent.

L’organisme regroupe quelque 1 050 propriétaires forestiers et son mandat est la création d’emplois grâce au programme d’aménagement durable. Bien que la mécanisation gagne du terrain, la SER de la Neigette n’entend pas mettre de côté la main-d’oeuvre locale en favorisant les façons de faire manuelles. « Ce sont les premières éclaircies commerciales qui sont à maturité qui nous obligent à intervenir de façon partielle. Les plantations ont plus de trente ans. Dans notre région, deux aspects sont à considérer : la ruralité compte sur l’emploi forestier, nous avons la maind’oeuvre nécessaire pour les travaux manuels. Nous faisons appel aux travaux mécanisés lorsque ce n’est pas possible d’avoir des travailleurs disponibles », explique BERNARD OUELLET, directeur général à la SER de la Neigette.

Dans cette région du Québec, 70% de tous les travaux sont mécanisés. « Nous essayons d’harmoniser les opérations entre les besoins de la maind’oeuvre et la rentabilité des opérations. Tant que nous aurons une main-d’oeuvre accessible, le volet manuel sera une priorité. »

Plan d’action

La SER de la Neigette a déjà mis sur pied un plan d’action favorisant la transition de la main-d’oeuvre vers la coupe des premières éclaircies commerciales. « Dans le passé, nous avons dû faire face à une baisse de travaux non commerciaux et depuis deux ans notre programme vise la formation d’une main-d’oeuvre pour l’abattage manuel. Et les entreprises font de même », poursuit Bernard Ouellet.

Ce programme est disponible dans les centres de formation professionnelle. Trois thèmes sont abordés sur le cours de l’abattage manuel :

• L’équipement de protection individuelle, l’entretien de la scie et les techniques d’affûtage;

• Les techniques de travail sécuritaires pour abattre les arbres résineux ou feuillus;

• L’ébranchage et le tronçon des arbres.

À la fin de son programme, le travailleur aura la formation requise pour occuper les postes suivants : abatteur manuel; ouvrier sylvicole; abatteur-tronçonneur; ouvrier à l’abatteuseempileuse; opérateur de débardeur et d’un porteur. Faut-il rappeler que tous ces postes sont des emplois saisonniers qui s’étalent sur une période six à dix mois par année. La semaine de travail varie de 40 à 60 heures et le revenu moyen oscille entre 20 000 $ et 40 000 $ brut. Plus souvent qu’autrement, la tâche est rémunérée à forfait ou au rendement. D’ici 2015, l’objectif est la coupe partielle sur une superficie de 40 000 hectares. Au cours des cinq années suivantes, ce nombre passera à 75 000 hectares. Puis entre 2020 et 2025, la coupe s’étendra sur 60 000 hectares. Dès cette année, le volume potentiel de récolte dans les jeunes forêts de moins de 40 ans est de 300 000 à 450 000 mètres cubes par année. « Cela représente beaucoup d’approvisionnement. Il s’agit d’un impact majeur sur l’industrie du bois et cela signifie une vitalité économique dans les régions rurales. »