Le casse-tête de l’épinette de Norvège

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), en collaboration avec des partenaires canadiens et américains, cherche à identifier une utilisation commerciale pour l’épinette de Norvège.

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), en collaboration avec des partenaires canadiens et américains, cherche à identifier une utilisation commerciale pour l’épinette de Norvège.

Photo: Guy Lavoie

8 Déc. 2014

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), en collaboration avec des partenaires canadiens et américains, cherche à identifier une utilisation commerciale pour l’épinette de Norvège. Un long processus qui devrait aboutir au cours de la prochaine année.

Marie-Claude Boileau

Contrairement à l’épinette blanche, l’épi­nette de Norvège ne peut être utilisée dans le domaine de la construction. Cette essence ne possède pas de valeur reconnue et n’est donc pas approuvée dans le Code du bâtiment. En collaboration avec le Mari­time Lumber Bureau (MLB), le CIFQ travaille depuis 2007 à réhabiliter l’épinette de Nor­vège afin qu’elle puisse être utilisée en cons­ truction sous certaines conditions.

Arbres matures

Une des principales problématiques est que les plantations d’épinettes de Norvège, réalisées dans les années 1960, arrivent à maturité. «Ça pose un problème parce qu’elle est calculée dans les possibilités fo­restières tant sur les terrains privés que publics. Mais lorsqu’elle a été plantée initiale­ment, elle était dédiée au bois de pâte», fait savoir DENIS ROUSSEAU, directeur Qualité et marchés au CIFQ.

L’épinette de Norvège est une essence que l’on retrouve surtout au sud du fleuve Saint­Laurent, plus particu­lièrement au Bas­Saint­-Laurent, en Beauce et en Appalaches. Celui­-ci explique qu’à l’époque ces plan­tations n’étaient pas destinées aux scie­ries, puisqu’il y en avait très peu, mais aux usines de pâtes et papiers. «Pour le volume de fibre, l’épinette de Norvège est une très bonne essence, car elle pousse rapidement. Par contre, le fait qu’elle croit vite ne lui con­ fère pas une bonne densité et sa résistance est moins forte. Pour le sciage, ce n’est pas l’idéal. On a changé sans le vouloir son utili­sation du moment de la plantation au mo­ment de la récolte», explique-­t-­il.

Actuelle­ment, on utilise l’épinette de Norvège pour faire de la planche, du bois de pâte ou du bois de sciage pour un usage non structural comme des palettes.

Inclassable

L’étude réalisée en 2007 démontre que les valeurs de cette essence ne permettaient pas de l’inclure dans les groupes de classification tels que certifiés par la National Lumber Grades Authority (NLGA). Préci­sons que cette organisation prescrit les standards pour les codes de construction nord ­américains. Ainsi, les règles sont ap­prouvées par la Canadien Lumber Standard Accreditation Board (CLSAB) et la American Lumber Standard Committee (ALSC). Pour le classement, les essences sont évaluées selon des critères précis comme la taille, l’emplacement des nœuds, des fentes, les flaches, etc. Les arbres sont classés dans quatre catégories : sapin Douglas-mélèze, pruche­-sapin, épinette-pin-­sapin (ÉPS) ou essences nordiques.

Conscients que l’épinette de Norvège n’entre dans aucune de ces catégories, le CIFQ et ses partenaires, qui ont commandé l’étude, souhaitent quand même lui trouver une utili­sation dans le domaine de la construction. «On est en train de revoir les standards avec le Conseil canadien du bois. On regarde pour en faire approuver une partie. Le but est de faire reconnaître certaines de ses va­leurs afin de pouvoir l’intégrer au Code du bâtiment, pour une utilisation limitée selon des qualités et dimensions restreintes», in­dique M. Rousseau. Le processus pourrait prendre encore de six mois à un an. Les démarches nécessitent plusieurs étapes. En premier lieu, le CIFQ a dû s’entendre avec les industriels sur la façon dont il allait revoir les calculs auprès du Conseil canadien du bois. Ensuite, il faudra faire valider la demande du CIFQ auprès du CLSAB, puis au ALSC avant de déposer leur demande auprès du NLGA afin de l’intégrer dans les normes.

Puisque la nouvelle norme pour l’épinette de Norvège doit être approuvée tant du côté canadien qu’américain, les organisations du Canada doivent attendre les démarches des Américains pour présenter les résultats en même temps à la NLGA. Or, puisque les États­-Unis sont un grand pays, le consensus entre les états concernés a été plus difficile à obtenir. Les Américains effectuent présente­ ment l’étude sur les valeurs de l’épinette de Norvège. Leurs résultats ne seront pas publiés avant l’année prochaine.

Au Canada, les don­nées sont disponibles, mais elles n’ont pas été rendues publiques.

Difficile à identifier un fois sciée

Autre problème rencontré avec l’épinette de Norvège est, qu’une fois sciée, elle est très difficilement différenciable avec l’épinette blanche. «Il faudra assurer une traçabilité des billes, de la souche jusqu’au 2×4, par exemple, pour la classer, l’identifier, et l’estamper séparément. Idéalement, si elle avait rencontré les valeurs du groupe ÉPS, on n’aurait pas eu besoin de maintenir cette ségrégation­ là puisque ça n’aurait pas été grave de retrouver de l’épinette de Nor­vège au travers de la blanche», mentionne M. Rousseau.

Le ÉPS représente le groupe commercial le plus gros parmi les normes du NLGA. La grande majorité du bois de con­struction vendu en Amérique du Nord provi­ent de cette catégorie. Or, intégrer l’épinette de Norvège dans ce groupe risque de faire descendre les valeurs de résistance de tout le groupe, ce que les industriels refusent.

Si l’épinette de Norvège cause des maux de tête en Amérique du Nord, elle est plus utilisée dans son pays d’origine. Cette essence fait partie du patrimoine. M. Rousseau informe qu’elle possède des valeurs reconnues en Norvège et qu’elle est incluse dans leur code du bâtiment.