Qui sont les propriétaires de lots québécois (1er de 2)?

Le propriétaire forestier québécois demeure actif et motivé

Il est intéressant d’observer que neuf propriétaires sur dix réalisent leurs travaux d’abattage de façon manuelle à la scie à la chaîne et que les trois quarts d’entre eux récoltent du bois de chauffage.

Il est intéressant d’observer que neuf propriétaires sur dix réalisent leurs travaux d’abattage de façon manuelle à la scie à la chaîne et que les trois quarts d’entre eux récoltent du bois de chauffage.

Photo: Guy Lavoie

4 Juil. 2013
Claude Morin

Il y a 130 000 propriétaires de lots boisés au Québec. Ils représentent la proportion majoritaire de la forêt privée québécoise, l’autre portion significative étant détenue par l’industrie. Qui sont ces propriétaires forestiers et quelles sont leurs principales motivations pour détenir et aménager un certain nombre d’hectares de forêt?

Un sondage téléphonique, mené en 2012, trace un portrait révélateur du propriétaire de lot boisé au Québec. L’enquête sociologique a été réalisée par la Fédération des producteurs forestiers du Québec, le groupe AGÉCO et Ressources naturelles Canada. Dans le premier d’une série de deux articles, nous vous présentons une synthèse du profil et des motivations du propriétaire forestier québécois.

Un profil en mutation

Les lots boisés privés du Québec sont détenus en majorité par des hommes dans une proportion de 88 pour cent. Le nombre de femmes, propriétaires d’un lot, est passé de 5 à 12%, de 1985 à 2012. « La moyenne d’âge des propriétaires forestiers demeure relativement élevée d’une période à une autre, passant de 51 ans en 1985 à 59 ans en 2012, et les répondants de plus de 55 ans représentent aujourd’hui 60% des personnes sondées », constatent les auteurs de l’enquête sociologique, MARC-ANDRÉ CÔTÉ, directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec, DIANE GILBERT, directrice des Enquêtes et recensements du Groupe AGÉCO et SOLANGE NADEAU, sociologue forestière à Ressources naturelles Canada. « Autrefois détenue par des agriculteurs, la forêt privée est aujourd’hui possédée par monsieur et madame tout le monde », mentionnent-ils.

Ainsi, l’occupation principale du propriétaire forestier québécois, qui était celle d’agriculteur dans une proportion de 41% en 1973, a diminué à 14% en 2012. Selon le même intervalle de temps, les commis, ouvriers et travailleurs forestiers possèdent le tiers des lots boisés, selon un pourcentage semblable de 27% en 1973, comparé à 30% en 2012. La proportion de propriétaires retraités a fait un bond significatif de 11 à 33%, de 1973 à 2012.

Les entrepreneurs, professionnels et techniciens ont conservé le même pourcentage des lots boisés privés de 1985 à 2012, soit 21%. Malgré l’ampleur de la crise forestière nord-américaine qui a sévi de 2006 à 2012, les propriétaires de lots sont demeurés actifs et ont réalisé des récoltes de bois au cours des 5 dernières années, soit du bois de chauffage et du bois à pâte ou pour le sciage (86%). Il est intéressant d’observer que neuf propriétaires sur dix réalisent leurs travaux d’abattage de façon manuelle à la scie à la chaîne et que les trois quarts d’entre eux récoltent du bois de chauffage.

« Les résultats du sondage réalisé en 2012 montrent que plus de 80% des propriétaires forestiers québécois exercent régulièrement de multiples activités complémentaires dans leurs forêts, à leur rythme, pour le plaisir, tout en espérant un revenu d’appoint à court terme ou un placement intéressant à long terme. (…) De plus, environ les trois quarts d’entre eux espèrent transmettre leurs lots boisés en héritage, ce qui influence vraisemblablement la gestion de la propriété », notent les sondeurs. Parmi les personnes interrogées, le tiers (33%) des répondants affirme vouloir retirer un revenu des produits de la forêt en 2012, comparativement à 85% en 1985. Les auteurs de l’étude l’expliquent ainsi : « La notion de revenu d’appoint lié à l’activité d’aménagement forestier demeure, quant à elle, marginale pour un grand nombre de propriétaires forestiers, quoiqu’importante lorsqu’on transpose ces pourcentages en nombre absolu. (…) Il existe également une catégorie de propriétaires forestiers fortement engagée dans l’utilisation du plein potentiel de récolte de bois et la maximisation du revenu tiré de leurs forêts. Leur degré de connaissance des options d’aménagement forestier est élevé, leurs objectifs bien définis et les ressources humaines et techniques disponibles doivent permettre la réalisation de tous les types de travaux sylvicoles. »

Des motivations du coeur

Les désignations de : « plaisir de posséder un milieu naturel (92%) » et « d’aménager une forêt (84%) » figurent en tête de liste parmi les motifs identifiés pour posséder un lot boisé, selon les résultats du sondage de 2012. « Au niveau des motivations exprimées pour détenir un lot boisé, la notion de plaisir devance aujourd’hui l’opportunité d’obtenir un revenu d’appoint pour la vaste majorité des producteurs forestiers. Cela ne signifie pas que la culture et le prélèvement des ressources naturelles ne puissent pas rimer avec plaisir », expliquent les auteurs.

Il est intéressant de comparer ces motifs de devenir propriétaire forestier aux motivations liées à la récolte du bois. Ainsi, la principale incitation à récolter du bois provient d’un désir d’amélioration de sa forêt (93%) et de la disponibilité et du plaisir de travailler en forêt (89%). Les motivations de couper les arbres à maturité (83%), de besoin en bois de chauffage (77%) et de recommandations d’un professionnel (64%) arrivent en second lieu. D’autres motifs interviennent également pour inciter à la récolte de bois : l’amélioration des habitats fauniques (45%), les opportunités d’affaires (25%), le revenu obtenu pour le bois (24%) et l’agrandissement d’une terre en culture (5%) sont aussi des incitations retenues par le sondage.

Les intentions à venir

« Lorsqu’interrogés sur leurs intentions pour les cinq prochaines années, les trois quarts des propriétaires forestiers québécois ont indiqué prévoir réaliser, ou faire réaliser, des coupes d’éclaircies, de jardinage ou d’assainissement sur leur lot boisé. Plus de la moitié (56%) disent (sic) vouloir construire ou réparer un chemin forestier », relèvent les sondeurs. « (…) le niveau d’activité ne diffère pas beaucoup avec l’âge puisqu’on retrouve au moins 80% des propriétaires forestiers sondés ayant l’intention d’effectuer dans les cinq prochaines années des coupes d’assainissement dans leurs forêts, et ce dans tous les groupes d’âge. »

Le sondage de 2012 révèle que certaines conditions pourraient convaincre les propriétaires forestiers à faire plus de travaux en forêt au Québec. Parmi celles-ci, les sondeurs ont identifié les raisons suivantes : un meilleur prix pour le bois (65%), un rabais de taxe foncière (63%), l’obtention de subventions (60%), l’assurance que le travail en forêt sera bien fait (44%) et la visite d’un ingénieur forestier (40%). « Le prix du bois ou un soutien financier pour la réalisation de travaux forestiers sont des incitatifs pour plus de 60% des propriétaires forestiers, peu importe leur région », ont analysé les sondeurs.