Le secteur forestier perçoit des signes positifs des deux budgets du printemps

«Ce qui est intéressant, à la fois dans le budget du Québec et dans celui du fédéral, c’est de constater que la prise de conscience de tout le potentiel du secteur forestier, moins évidente il y a cinq ou six ans, est devenue beaucoup plus claire aujourd’hui. Les différents paliers gouvernementaux ont aujourd’hui accepté l’idée qu’il y avait plusieurs éléments porteurs d’avenir dans l’usage des diverses composantes du bois», selon le directeur général de RESAM, Marc Beaudoin.

25 avr. 2012
Claude Morin

À quelques jours d’intervalle, au début du printemps, les ministres des Finances des gouvernements du Québec et du Canada, RAYMOND BACHAND et JIM FLAHERTY, ont présenté leurs budgets respectifs pour l’année 2012–2013. Au sortir d’une crise qui s’éternise depuis six ans, les interlocuteurs québécois du secteur forestier ont étudié avec intérêt ces deux énoncés budgétaires. Leurs conclusions sont teintées d’un optimisme modéré.

Un coup de pouce à la sylviculture

Le budget Bachand prévoit et garantit une somme de 200 M$ par année pendant cinq ans, attribuée à l’exécution de travaux d’aménagement sylvicole en forêt publique. «Il s’agit d’une très bonne nouvelle. Nous savons que ces montants incluent les travaux commerciaux et non-commerciaux, ce qui correspond à un niveau d’investissement comparable ou supérieur aux années antérieures. Couplé au processus d’octroi de contrat, cet investissement et cet horizon permettront de stabiliser l’industrie de la sylviculture et de préserver l’expertise disponible. Cela envoie aussi le signal que le gouvernement croit encore beaucoup à l’avenir de la foresterie», se réjouit le directeur général de la Fédération québécoise des coopératives forestières, JOCELYN LESSARD. Ce point de vue est partagé par le président de la Fédération des producteurs de bois du Québec, PIERRE-MAURICE GAGNON: «Il n’est jamais facile pour un gouvernement d’investir dans l’aménagement forestier, car les retombées sont pour le long terme. Toutefois, l’aménagement forestier et la récolte de bois sont à la source d’une industrie essentielle pour toutes les régions du Québec», réitère-t-il.

«La garantie des investissements en sylviculture sur la prochaine période de cinq ans m’apparaît tomber à point nommé, surtout si on considère l’application du nouveau régime forestier en 2013. Être capable de stabiliser cette portion de l’investissement dans nos forêts va sans doute aider considérablement. Cinq ans m’apparaît comme une séquence intéressante afin d’être en mesure de planifier adéquatement », renchérit le directeur général de RESAM, MARC BEAUDOIN.

Valorisation du bois

Le budget du gouvernement du Québec prévoit également souscrire 95 M$ dans le Fonds Valorisation Bois, en collaboration avec le Fonds de solidarité de la FTQ, pour un montant total de 170 M$, afin de soutenir la construction, l’énergie et la chimie verte. «Cette somme de 170 M$ sur cinq ans, gérée conjointement par Investissement Québec et le Fonds de solidarité de la FTQ, représente un outil très intéressant qui va permettre à l’industrie, en besoin de financement, d’aller chercher cette portion financière à risques. Cette initiative va aider à faire le pont entre les banquiers traditionnels et les entrepreneurs aux prises avec une crise qui perdure. Dans cette situation, plusieurs d’entre eux n’avaient pas les moyens de faire atterrir le projet qu’ils souhaitent réaliser », dit le président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec, ANDRÉ TREMBLAY.

Le budget Bachand renouvelle également un investissement de 30 M$ sur cinq ans pour promouvoir l’utilisation du bois dans la construction. «Pour nous, l’utilisation et la valorisation du matériau bois représentent des éléments porteurs d’avenir. Cela est d’autant plus intéressant pour les groupements qui développent des produits au-delà de l’aménagement. Une ouverture intéressante se présente peutêtre pour les membres de notre réseau qui ont toujours mis beaucoup de créativité dans le développement de produits», observe Marc Beaudoin.

Le plan d’action 2013-2020, prévu dans le budget du Québec pour soutenir le virage vert, semble aussi prometteur (cf. Tableau: PLAN D’ACTION 2013-2020). «Cette annonce était très importante pour le réseau des coopératives forestières et leur projet de développement de la filière de la biomasse forestière pour la chauffe. Les fonds disponibles pour effectuer de la substitution de mazout léger et de mazout lourd constituent en soi de très bonnes nouvelles», réagit le directeur général de la FQCF, Jocelyn Lessard.

Reconnaissance du potentiel de la forêt

Dans un contexte de sévères compressions budgétaires, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a maintenu les programmes d’appui à la promotion des produits forestiers et à l’innovation dans les entreprises du secteur forestier. Un montant de 105 M$ sur deux ans y est souscrit. «Ce qu’il faut comprendre, c’est que les mesures mises de l’avant tant au fédéral qu’au provincial relèvent d’un encadrement local, à l’intérieur de nos frontières. Elles ont comme objectif le développement de l’utilisation du bois dans notre propre marché. Ce ne sont pas des mesures qui viennent donner un avantage au bois canadien qui pourrait être exporté sur le marché américain. En fait, ces décisions viennent promouvoir l’utilisation de volumes sur nos propres marchés donc, elles mettent moins de pression sur l’exportation de nos produits vers nos voisins américains», explique le présidentdirecteur général du CIFQ, André Tremblay. «Ce qui est intéressant, à la fois dans le budget du Québec et dans celui du fédéral, c’est de constater que la prise de conscience de tout le potentiel du secteur forestier, moins évidente il y a cinq ou six ans, est devenue beaucoup plus claire aujourd’hui. Les différents paliers gouvernementaux ont aujourd’hui accepté l’idée qu’il y avait plusieurs éléments porteurs d’avenir dans l’usage des diverses composantes du bois», conclut le directeur général de RESAM, Marc Beaudoin.