Le sommet international des coopératives : un grand succès

Pierre Ducray, Union de la coopération forestières française; Jocelyn Lessard, FQCF; Lennart Ackzell, Fédération suédoise des familles propriétaires forestiers; Jacques Bouchard et Martin Béland membre de la Coopérative de gestion forestière des Appalaches.

Pierre Ducray, Union de la coopération forestières française; Jocelyn Lessard, FQCF; Lennart Ackzell, Fédération suédoise des familles propriétaires forestiers; Jacques Bouchard et Martin Béland membre de la Coopérative de gestion forestière des Appalaches.

Photo: Courtoisie FQCF

3 Déc. 2012
Jocelyn Lessard

Le Sommet international des coopératives s’est tenu à Québec du 8 au 11 octobre 2012. Ce fut une grande réussite, tant au niveau de la participation que du contenu. Bien que cela constitue un grand défi, je vous en présente une synthèse.

Un rendez-vous planétaire

Sous la thématique «L’étonnant pouvoir des coopératives », le Sommet a attiré près de 2 800 participants provenant de 91 pays. En cette Année internationale des coopératives, ces statistiques démontrent que l’événement était attendu. Selon les organisateurs, soit l’Alliance coopérative internationale, Desjardins et l’Université Saint- Mary’s, le Sommet a permis de démontrer la contribution des coopératives à un monde meilleur. Il a aussi servi à établir des pistes concrètes pour bonifier cet apport. Il visait aussi à mieux positionner le Mouvement sur la scène mondiale, notamment auprès des grandes organisations multilatérales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international afin qu’elles tiennent compte du modèle coopératif dans leurs décisions. L’activité s’est conclue par l’adoption de la Déclaration du Sommet international des coopératives qui a été déposée à Manchester à l’assemblée générale de l’Alliance coopérative internationale et bientôt à l’Organisation des Nations Unies qui avait décrété que 2012 était l’Année internationale des coopératives.

La notoriété des conférenciers

Le Sommet a bénéficié de la participation de 163 conférenciers. Un nombre important provenait du mouvement coopératif international, dont plusieurs très inspirants. Certains étaient aussi externes aux coopératives. Parmi eux, quelques-uns avaient une grande notoriété, ce qui accentue la puissance de leur message. Des universitaires américains ayant reçu des prix Nobel d’économie ont notamment présenté avec précision l’état du monde économique. La conférence de RICCARDO PETRELLA, économiste, politologue et altermondialiste italien a été percutante en ouverture. Face aux insoutenables inégalités entre les humains et aux dévastations de la planète Terre, il craint que les coopératives tentent de s’inspirer des entreprises capitalistes en les copiant pour les concurrencer dans l’économie de marché globalisé. Il craint que la différence entre les deux soit trop mince. Il espère plutôt assister à l’émergence de coopératives qui organiseraient la production de la richesse, notamment collective, par la promotion des biens communs et la prestation des services publics d’intérêt général indispensables au « vivre ensemble. » MADELEINE ALBRIGHT, l’ancienne Secrétaire d’État de Bill Clinton, a été très émouvante. Vous souvenez-vous de sa déclaration à l’effet qu’il existe une place spéciale en enfer pour les femmes qui n’aident pas les femmes ? Sa conférence était un peu sur ce ton. Elle a notamment affirmé que les coopératives jouent un rôle incontournable en matière de stabilité internationale, particulièrement en temps de crise. « Le modèle coopératif contribue définitivement au progrès social. Ce modèle montre bien ce que les gens peuvent accomplir lorsqu’ils y travaillent ensemble ». Jacques Attali, économiste, écrivain prolifique et ancien conseiller politique de François Mitterrand, a posé un regard critique sur l’évolution de la coopération. Il a d’abord fait le constat que l’économie de marché avait écrasé les pouvoirs politiques limités par leurs frontières. La coopération a probablement un grand avenir parce qu’elle a le potentiel de rétablir les équilibres notamment en redonnant plus de poids à la démocratie au sein des entreprises.

Des études de grande envergure

Des études internationales sur les coopératives ont été rendues publiques pendant le Sommet. Les études complètes ne sont pas toutes disponibles, mais il est possible d’obtenir des synthèses sur le site du Sommet international (ici et ici). L’IRECUS a réalisé une étude sur l’impact des coopératives et des mutuelles dans le monde. L’UQAM avec Ipsos a effectué une recherche sur les perceptions envers les coopératives. McKinsey a produit plusieurs études, notamment une sur les grandes tendances pour les coopératives et une sur les stratégies de croissance pour le modèle d’affaires des coopératives et mutuelles. Ernst and Young a aussi produit un guide de gouvernance éclairé pour mieux coopérer.

Un atelier sur la coopération du travail

J’ai aussi eu le plaisir de participer comme paneliste à l’atelier sur la coopération du travail. J’y ai présenté la démarche de planification stratégique en réseau des coopératives forestières. La place qu’occupe la coopération du travail en Argentine est impressionnante où cette formule a remplacé de nombreuses entreprises privées qui ont fermées pendant la dernière crise. DARIO FOCHINI, directeur général de CMC di Ravenna, une coopérative de travail italienne qui réalise des travaux publics de grande envergure, est venu expliquer leur stratégie de croissance. Aujourd’hui, cette coopérative réalise des travaux sur plusieurs continents et elle procure du travail à 7 000 personnes, soit plus du double de notre réseau en une seule coopérative. La coopérative relève bien les défis d’affaires, mais avec seulement 400 membres sur les 7 000 salariés, elle fait aussi face à des défis coopératifs importants.

Des événements parallèles enrichissants

Avant, pendant et après le Sommet, des activités parallèles se sont déroulées. Le plus significatif a été l’évènement officiel pré-Sommet qui s’intitulait Imagine 2012. Il était organisé par l’Université St- Mary’s. Le contenu était beaucoup plus à gauche que le Sommet lui-même. Les 800 participants ont fait le tour des problèmes qui menacent la planète et ils ont tenté d’imaginer comment repenser l’économie à partir des coopératives et mutuelles. Nous n’avons pas réussi à attirer beaucoup de représentants de coopératives forestières du monde, mais nous avons tout de même réalisé une sortie en forêt avec deux d’entre eux provenant de Suède et de France. Merci à MARTIN BÉLAND et à la Coopérative de gestion forestière des Appalaches pour leur accueil chaleureux. À travers nos discussions informelles, ce fut un très grand plaisir de constater à quel point les défis, forestiers et coopératifs, sont communs. Nous avons regretté de ne pas avoir réussi à en rassembler un plus grand nombre parce qu’il y aurait un intérêt certain à collaborer. Enfin, soulignons que les organisateurs du Sommet n’ont rien négligé non plus du côté des activités sociales. Le banquet du mercredi soir était une soirée inoubliable. ANGÈLE DUBEAU a ouvert la partie culturelle avec son violon, suivi par GRÉGORY CHARLES en très grande forme qui a fait danser tout le monde et le CIRQUE DU SOLEIL a conclu. Les coopérateurs et coopératrices du monde entier étaient alors sous le charme de l’étrange pouvoir des coopératives.