Les billots de retour à la Scierie St-Michel

Gaétan Morin, préfet de la Matawinie lors de la réouverture officielle.

Gaétan Morin, préfet de la Matawinie lors de la réouverture officielle.

Photo: Guy Lavoie

6 Oct. 2017

Pouvait-on encore y croire, après qu’on eut mis la clé sous la porte non pas une mais deux fois? Pourtant, des irréductibles de l’industrie et des élus y ont tellement cru dur comme fer qu’ils ont rendu possible le redémarrage de l’usine en décembre dernier, avec l’embauche de 80 travailleurs à plein temps. Des investissements de 16,5 millions $ permettront de produire un peu plus de 30 millions de mètres de madriers par année.

Josée Descôteaux

Le grand coup de coeur dans cette saga? Les gens de la région se sont dit : «On va faire rouvrir la scierie.» Celui qui prononce ces paroles a contribué à la réouverture de cet employeur majeur à St- Michel-des-Saints, une municipalité de 2428 âmes située sur le territoire de la MRC la Matawinie, dans la partie nord de la région de Lanaudière. Il s’agit du préfet de la MRC, GAÉTAN MORIN, qui a obtenu du ministère des Forêts l’autorisation de coupe des réserves de bois nécessaires. Le financement aurait toutefois été inconcevable sans le travail acharné de JEAN-FRANÇOIS CHAMPOUX, qui occupe aujourd’hui le poste de président de la Scierie St- Michel, et de ses coactionnaires, JACQUES ÉTHIER et STEEVE et MARC CHAMPOUX.

Rappelons que la scierie avait fermé ses portes une première fois en 2006, alors qu’elle appartenait à la Corporation Louisiana-Pacific. Elle avait dû à nouveau cesser ses opérations en 2014, parce que la scierie TAG, qui en avait fait l’acquisition en 2008, avait déclaré faillite.

Les quatre actionnaires ont obtenu en 2014 l’appui des 15 maires de la MRC et 8 millions $ en prêts de Desjardins Entreprises Lanaudière et Investissement Québec. Des employés réunis en coopérative et des gens d’affaires de la région se sont par la suite joints à eux et ont investi 8 millions $, qui s’ajoutaient à une subvention de 150 000 $ provenant du Fonds de développement du territoire. « Nous avons tout réaménagé pour moderniser, avec une nouvelle technologie d’optimisation, relate Jean-François Champoux. Nous avons aussi introduit le séchage et le rabotage dans les opérations », ajoute-t-il.

Deux entreprises de St-Michel-des-Saints, JECC Mécanique et Defoy Électrique, ont effectué une large part de ces travaux de modernisation. La «nouvelle» Scierie St- Michel dispose d’une prolongation de la protection de la garantie d’approvisionnement de 126 450 mètres cubes de bois résineux. «Ces volumes de bois s’en allaient ailleurs, sans les gens d’affaires qui ont sollicité le gouvernement. Cette garantie est toute une retombée positive pour St-Michel», commente Gaétan Morin.

La scierie pourra ainsi produire, sur deux quarts de travail quotidiens, du bois de construction d’une largeur de deux pouces et d’une longueur pouvant aller jusqu’à 10 pouces. Ces planches sont principalement destinées aux marchés américain (environ 60 % de la production) et canadien. La distribution est assurée par Sitka Forest Products.

SCIERIE 4.0

Le réaménagement de l’usine comprenait notamment l’ajout d’une deuxième ligne de sciage, consacrée aux billes de 3 à 8 pouces. C’est l’entreprise HewSaw Machines qui a fourni et installé une HewSaw R200 reconstituée. Elle est munie d’une entrée mécanique qui oriente la bille à l’aide de trois autopresseurs verticaux. Une fois celle-ci introduite, ses quatre faces sont équarris, et l’opération est répétée avec la scie refendeuse, explique ROCK FOURNIER, gestionnaire de projet de l’entreprise pour l’Est du Canada. Il précise que cet équipement de sciage se caractérise notamment par un haut taux de récupération des billes, qui permet d’obtenir une plus grande quantité de produits finis.

L’entreprise Autolog, de Blainville, a installé un optimiseur d’ébouteuse 3D muni de têtes Hermary DPS 824, avec cadre modulaire. L’optimiseur est doté de la capacité d’assurer une évaluation juste de la dimension des pièces en fin de production, ce qui octroie davantage de valeur à chaque dimension et contribue à mieux répondre à la demande des marchés. Autolog a également fourni le classeur. Une fois que les billes ont été soumises au débitage primaire et au débitage secondaire, la majeure partie (les autres devront d’abord passer par la déligneuse) est envoyée à l’ébouteuse, pour la coupe transversale.

Les capteurs géométriques de l’optimiseur peuvent déterminer avec une très grande précision (3000 lectures/seconde) la longueur des planches, de même que ses défauts. «Des têtes à 90 degrés ne permettent de voir que les faces du haut et du bas, signale YVAN RAINVILLE, vice-président ventes et marketing chez Autolog. Nos têtes sont placées à un angle de 45 degrés, ce qui nous permet d’obtenir une évaluation des quatre faces . De plus, poursuit-il, l’angle de 45 degrés permet d’éliminer ou à tout le moins de diminuer considérablement la quantité de poussière de bois qui pourrait coller aux caméras du bas. On réduit donc la fréquence de nettoyage des têtes, ce qui génère un gain de productivité important. D’autre part, la structure (cadre) modulaire qui loge les capteurs géométriques permet d’éviter l’ouverture du toit de l’usine lors de son installation, réduisant les coûts d’installation de 50 à 100 000 $, estime M. Rainville. Enfin, l’automatisation et les contrôles assurent la classification par dimensions et expédient chacun des produits dans les bonnes cases.