Les loups de Jimmy

Jacob, le loup gris.

Jacob, le loup gris.

Photo: Marc Loiselle

10 Déc. 2015

À la Ferme 5 étoiles à Sacré-Coeur, un centre de vacances à l’ouest de Tadoussac, JIMMY DESCHÊNES, membre de la famille propriétaire, a réussi à garder des loups en captivité et à les apprivoiser suffisamment pour que l’on puisse rentrer dans leur enclos et même les caresser. J’en ai vécu l’expérience.

Alain Demers

Lors d’un séjour en famille en août dernier, je me suis laissé tenter par l’activité «contact avec les loups», en compagnie de ma fille de 13 ans. La maman est venue y assister, sans participer, peu rassurée par ce rapprochement avec ces bêtes à l’allure redoutable…

Apprivoisés

À première vue, on croirait l’expérience téméraire. Or, l’approche a été longuement réfléchie et mise au point par Jimmy Deschênes depuis 15 ans. Avant d’entrer dans l’enclos, il nous parle du comportement des bêtes. Même si en principe, ces loups ne sont pas dangereux, Jimmy nous suggère quelques précautions: ne pas les regarder directement dans les yeux et soutenir ainsi notre regard, ce qui pourrait être perçu comme un comportement dominant provocateur. Il faut aussi se tenir debout pour leur être supérieur.

Face à face

Après notre entretien dans un local de la ferme, Jimmy nous a invités à entrer dans l’enclos de Jacob, un loup gris de cinq ans qu’il a pris tout jeune. Depuis toujours, le canidé vit avec Seth, un chien Husky. Jacob, que nous avons approché sans le regarder dans les yeux et sans nous montrer dominants, nous a acceptés volontiers, au point où nous avons pu le caresser. Il avait aussi tendance à nous lécher le visage, un geste démontrant sa soumission.

La même chose s’est produite dans l’enclos voisin avec les louves arctiques Nalou et Louna, âgées de 2 ans. Aussi étonnant que ça puisse paraître, s’il faut prendre garde de ne pas être trop dominant au premier contact, par la suite, on peut s’imposer davantage. Alors qu’une louve mettait constamment ses pattes avant sur moi, Jimmy m’a conseillé de la prendre par la nuque et de la coucher au sol, sans brusquerie mais fermement. À ma grande surprise, la louve s’est tournée sur le dos, les pattes repliées, ce qui est un geste de soumission. Il n’y a pas eu de résistance ni de grognement.

Dangereux?

Quand j’ai raconté mon expérience à une employée du Zoo Ecomuseum à Montréal, elle était sceptique, l’établissement comptant parmi ses animaux du Québec, deux loups. Pour elle, cet animal reste sauvage et peut un de ces jours être dangereux.

On retrouve les mêmes perceptions opposées chez l’ours. Les pourvoyeurs qui les nourrissent en forêt estiment que l’animal, une fois apprivoisé, n’est pas dangereux si on prend les précautions d’usage alors que les biologistes de la faune ne sont pas du tout de cet avis.

Qui a raison ? Les gars de bois ou les scientifiques? Jimmy Deschênes, qui est davantage un gars de bois, a tout de même développé des connaissances pour la garde des loups en captivité au fil des années. Sa démarche a été rigoureuse et plutôt unique, de sorte que très peu de biologistes de la faune et de zoologistes ont développé la même expertise.

Parcours

L’histoire de Jimmy avec les loups a commencé en 1999, la ferme ayant eu l’année précédente un permis pour la garde d’animaux sauvages en réhabilitation. SERGE LUSSIER, directeur zoologique du Parc Safari à Hemmingford, lui a alors donné un conseil précieux: pour que les loups soient apprivoisés, il faut les garder alors qu’ils sont encore tout petits. Les loups ont de 12 à 16 jours pour sortir de leur tanière et ils sont déjà prêts à recevoir une autre nourriture, avait alors précisé le spécialiste des bêtes.

En 2000, Jimmy est allé au Parc Safari chercher deux louveteaux vers la fin de leur allaitement. L’année suivante, il a été possible pour les visiteurs au centre de vacances de les caresser. Il y a alors eu 35 contacts avec les loups. Les deux bêtes, Kodiak et Maya, sont restées durant 13 ans. Entretemps, soit en 2011, Jacob, le loup gris est arrivé. C’est avec lui que nous avons eu notre premier contact. Ce qu’on apprend lors du contact avec les loups, non seulement Jimmy nous en apprend sur leur comportement mais on est en mesure de voir de nos yeux, leur langage corporel, selon qu’ils soient des dominants ou des dominés.

Une situation m’a particulièrement frappé. Alors que nous étions dans leur enclos, tout près d’elles, les louves arctiques Nalou et Louna se sont affrontées. Les oreilles bien droites et les crocs sortis, la dominante a rappelé qui détenait l’autorité, sa soeur lui faisant face mais avec les oreilles rabaissées. Pendant un moment, j’ai cru qu’il fallait nous éloigner. Jimmy nous a rassurés, en nous disant que ce n’était pas dangereux pour nous et que le conflit était entre les deux louves. Quelques instants après, nous avons d’ailleurs pu les caresser comme s’il ne s’était rien passé…

Un mot sur la ferme

Sur réservation, la Ferme 5 étoiles vous donne l’occasion d’un contact avec les loups, lors d’un séjour, hiver comme été. En vous baladant sur le site, vous pouvez voir de près 15 espèces d’animaux du Québec comme Rico et Rosie, des ratons laveurs, Rouky, un renard argenté et Zoé, une femelle orignal. On y côtoie aussi plusieurs animaux de ferme comme des chèvres ou des oies. Après le petit déjeuner, ceux qui séjournent à la ferme sont invités à nourrir les animaux, pour le plus grand plaisir des enfants. Aux alentours des enclos et de l’étable, sur le site même, se trouvent plusieurs types d’hébergement, allant des motels économiques aux studios grand confort.

Le site internet de la ferme, ici.