Ponts de bois au coeur du projet Renard de l’entreprise Stornoway

Les ponts de bois : une solution par et pour l’industrie forestière

Dès la réception du contrat, Chantiers Chibougamau fit refaire le design des ponts, cherchant à baisser les coûts qui y sont associés. La résultante : ces infrastructures furent toutes construites en bois d’ingénierie par Foresterie Nordic, une filière de Chantiers Chibougamau, pour un total de 17 ponts.

Dès la réception du contrat, Chantiers Chibougamau fit refaire le design des ponts, cherchant à baisser les coûts qui y sont associés. La résultante : ces infrastructures furent toutes construites en bois d’ingénierie par Foresterie Nordic, une filière de Chantiers Chibougamau, pour un total de 17 ponts.

Photo: Guy Lavoie

13 Oct. 2015

Les ponts de bois se font de plus en plus nombreux sur les routes québécoises, quoiqu’ils y demeurent encore marginaux. Ils constituent une alternative durable, écologique et souvent économique aux traditionnels ponts de béton ou d’acier, en plus d’encourager l’industrie forestière d’ici. Regard sur ces infrastructures, et leur utilisation dans le contexte forestier.

Clara Canac-Marquis

Ponts de bois au coeur du projet Renard

Un important complexe diamantifère est en construction au Québec: le projet Renard de l’entreprise Stornoway, qui constituera la première mine de diamant de la province et emploiera environ 500 personnes. Cet imposant projet est niché au sein de la Baie-James, à 350 kilomètres au nord de la ville de Chibougamau.

Il a engendré la prolongation de la route 167 N sur 240 kilomètres, dans les contrées sauvages et hostiles du centre-nord de la province : un défi d’ampleur, d’abord orchestré par le gouvernement du Québec, puis par la minière Stornoway.

PASCAL MORISSETTE, directeur des opérations forestières chez Chantiers Chibougamau, fût l’un des acteurs clés dans le prolongement de la 167 N. Le Monde forestier est venu à sa rencontre afin d’en apprendre plus sur cet imposant chantier.

D’entrée de jeu, Pascal Morissette explique que le chemin devait d’abord être assumé entièrement par le gouvernement du Québec par l’entremise du ministère des Transports du Québec mais que le contexte politique vint changer la donne, confiant à Stornoway la construction des 97 derniers kilomètres ainsi qu’une enveloppe de 77 millions. «Il était impératif que la minière se montre impeccable dans la gestion de l’argent octroyé par le gouvernement parce qu’elle était en période de financement pour le prêt de 800 millions de dollars» note-t-il, en ajoutant que Stornoway n’avait ni expertise ni connaissance en construction de chemin forestier ou minier. «Ils ont fait un choix gagnant en faisant confiance au personnel et entreprises en place.»

C’est ainsi que Chantiers Chibougamau fût mandaté pour gérer le chantier du prolongement de la 167 N, travaillant de pair avec la nation Crie de Mistassini via la Eskan Company, qui fournit personnel et machinerie.

En janvier 2013, les entreprises se lancèrent dans la construction d’une route à vocation minière mais de structure semblable à un chemin forestier de classe I. Le défi était de taille : «budget serré, échéancier serré, terrain difficile : on n’avait pas de marge de manoeuvre » note le directeur des opérations forestières, qui ajoute que plusieurs pensaient que l’entreprise ne saurait terminer le chantier à temps tout en respectant le budget initial. Et pourtant, à automne 2014, la route était terminée, et ce, environ 10% en deçà du budget initialement prévu!

Dès la réception du contrat, Chantiers Chibougamau fit refaire le design des ponts, cherchant à baisser les coûts qui y sont associés. La résultante : ces infrastructures furent toutes construites en bois d’ingénierie par Foresterie Nordic, une filière de Chantiers Chibougamau, pour un total de 17 ponts. Un choix économique, selon Pascal Morissette : «mon but, c’est gérer les coûts. Mon mandat, c’est de transporter le bois [ou dans le cas présent, les diamants] au prix le moins élevé possible. Si c’était moins cher en acier, j’irais avec l’acier mais jusqu’à date, j’y suis toujours allé en bois! »

Avantages des ponts de bois en forêt

L’un des avantages principaux des ponts de bois manufacturés par Foresterie Nordic consiste en leur caractère intégré : ce sont des ponts conçus sur mesure pour le terrain et l’usage auxquels ils sont destinés. Dans le cas du projet Renard, Chantiers Chibougamau a opté pour des ponts offrant une meilleure capacité portante que celle nécessaire pour le transport des futurs chargements. Ce faisant, l’entreprise pût y transporter le matériel granulaire nécessaire à la construction de chemin avec des camions hors norme, et ainsi diminuer considérablement les distances et frais de transport de ce matériel. À retenir : le coût d’un pont devrait être évalué en considérant l’ensemble des frais liés à la construction de chemin, puisqu’il en fait partie intégrante.

L’approche des rives, la disponibilité de gravier, la protection de l’habitat du poisson, l’accessibilité, les délais, etc., sont autant de facteurs qui devraient être étudiés! Et pourtant, cette démarche d’évaluation est encore trop peu empruntée. «Beaucoup semblent ignorer la réalité du terrain et ne s’en tenir qu’à la conception d’une infrastructure, sans vision globale» explique Pascal Morissette. Notons tout de même qu’une telle vision pourrait orienter la conception de ponts en matériaux traditionnels.

Les ponts en bois présentent également des avantages qui leurs sont propres. Leur utilisation engendre notamment des économies substantielles en traverses (des structures perpendiculaires aux poutres principales permettant le roulement des véhicules), de l’ordre de 50% par rapport aux ponts de poutres d’acier.

Plus encore, leur installation en forêt est beaucoup plus rapide que celle des ponts traditionnels, et leur durabilité semblable. Finalement, les délais entre la commande et la livraison en forêt sont de 4 semaines seulement, comparativement à généralement 10 semaines pour les ponts conventionnels.

Perspectives

Si les ponts de bois demeurent encore marginaux au Québec, c’est sans doute parce que les gens ne connaissent pas assez bien le produit. Tout de même, la place de ces infrastructures dans le paysage progresse : depuis 2010, Nordic Foresterie en a usiné à elle seule plus de 80, et la demande progresse. Reste à voir si le concept fera boule de neige!