Les scieries prennent du mieux

L’assainissement du marché immobilier américain et la relance de la construction domiciliaire depuis 2012 ont revigoré l’industrie du sciage québécoise

L’assainissement du marché immobilier américain et la relance de la construction domiciliaire depuis 2012 ont revigoré l’industrie du sciage québécoise

Photo: Guy Lavoie

11 Nov. 2013
Claude Morin

L’assainissement du marché immobilier américain et la relance de la construction domiciliaire depuis 2012 ont revigoré l’industrie du sciage québécoise. Cela se traduit par une amélioration de nos exportations de bois d’oeuvre vers les États-Unis et par le redémarrage d’un certain nombre de scieries, contraintes d’interrompre leur production manufacturière durant les années de crise.

Amélioration des prix

« On sent que les éléments fondamentaux de l’économie sont de retour : il y a du bois qui se transige, des transactions qui se réalisent, donc on perçoit un certain équilibre entre l’offre et la demande, ce qui permet de soutenir un niveau de prix assez intéressant », observe le président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), ANDRÉ TREMBLAY. « Oui bien sûr, l’industrie du sciage au Québec prend du mieux bien que la reprise ne soit pas absolument spectaculaire. Il y a une certaine reprise dans le monde de la construction domiciliaire aux États-Unis, notre principal marché pour le bois d’oeuvre. Depuis 2006, cela se situait autour de 500 mille mises en chantier par année et, aujourd’hui, ce nombre varie de 800 à 900 mille », analyse le professeur d’environnement et de politique, LUC BOUTHILLIER du Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval. « L’année 2012 a été relativement bonne puisque le prix moyen du panier des produits sciés a excédé les 355 $ du mille pieds mesure de planche (pmp). Ce barème de prix a favorisé l’exportation vers nos voisins américains, sans avoir à payer de droits tarifaires. C’est une bonne indication que les échanges commerciaux allaient bien. Actuellement, nous sommes autour de 400 $, le prix moyen du panier des produits du bois d’oeuvre. Cela va donc un peu mieux mais il faut éviter de trop s’exciter parce que cette reprise est très fragile », précise le professeur Bouthillier. « Au niveau des prix, il y a effectivement une amélioration qui s’est faite de façon constante. La fragilité de l’économie américaine persiste, mais par contre, on sent que la construction résidentielle est passée d’un état de marasme, avec trop de maisons disponibles, à une situation beaucoup plus stable aujourd’hui. On constate aussi que la valeur et le volume des maisons ont finalement été absorbés. Donc, les prévisions actuelles deviennent plus intéressantes », soutient le vice-président aux approvisionnements et développement des affaires chez Maibec, CHARLES TARDIF. « De là à dire, que l’industrie vire à pleine capacité, peut-être pas. Les usines de sciage fonctionnent tout de même à un niveau beaucoup plus élevé qu’en pleine période de crise. Mais, je ne crois pas que nous en sommes à 100 % de notre capacité de production. Au fur et à mesure, que les prix vont se stabiliser, on devrait retrouver un certain équilibre. Une proportion de plus de 80 % de notre production de sciage, en termes de bois de commodités résineux, est destinée au marché américain, donc très liée à la conjoncture économique des États-Unis, note DOMINIC BOUCHER, agent de développement industriel au ministère des Ressources naturelles (MRN).

Aléas et contraintes

Au-delà des cycles économiques, les industriels du sciage doivent composer avec divers éléments structurels qui les obligent à demeurer vigilants. « Nos gens ont dû faire face à des réductions de revenus découlant des sousproduits principalement des copeaux. Il y a eu des ajustements sur le prix des copeaux. Il y a eu aussi la mise en place du nouveau régime forestier qui entraîne une augmentation des coûts d’approvisionnement. On parle d’une hausse qui varie de 10 à 20 %, dépendant des secteurs d’activités et selon les endroits. Donc, ces deux phénomènes font en sorte que l’amélioration actuelle du marché est atténuée par ces deux considérations », souligne le PDG du CIFQ, André Tremblay. « Nous avons plusieurs défis à relever. D’abord, nous devons apprendre à vivre avec le nouveau régime forestier québécois. Deuxièmement, l’industrie doit considérer le renouvellement de l’entente sur le bois d’oeuvre avec nos voisins américains qui sera en jeu à partir de 2015. En troisième lieu, bien que la situation économique de l’industrie du sciage s’améliore avec le cycle de la construction américaine, nous demeurons liés au problème structurel de l’industrie du papier. Nous sommes indissociables des papetières. Si nous n’avons pas de marché pour nos copeaux, nous n’aurons pas les moyens de rester en affaires. Les copeaux représentent de 15 à 20 % de nos revenus », fait remarquer Charles Tardif du groupe Maibec de Lévis et Saint-Pamphile.

Perspectives d’avenir

« Aujourd’hui, pour réussir sur les marchés d’exportation, il faut avoir un bon produit et cultiver ses clients. C’est la façon de faire des affaires. Et on le constate, les entreprises qui tirent leur épingle du jeu misent sur la qualité, sur le service aux clients, sur une plus grande variété de produits et sur la diversification géographique des marchés », évalue le chercheur Luc Bouthillier. Surtout que le monde de la construction domiciliaire est lui aussi en proie à des changements structurels. De vendre des bouts de bois nous a bien servi, mais il faut réfléchir à l’idée de vendre des systèmes de construction en bois. On a toujours besoin de nos bouts de bois, mais il va peut-être falloir envisager de les assembler. Et auquel cas, on va créer encore plus de richesse au Québec parce que c’est là que se trouve la valeur ajoutée », fait-il ressortir. L’agent de développement industriel au MRN, Dominic Boucher, constate que depuis pratiquement quinze ans, l’industrie du bois résineux n’a pas été en mesure d’investir dans ses usines et qu’il faut viser les retours sur les investissements lorsque les prix sont bons. « On va être dû vraiment pour se moderniser assez massivement dans ce secteur. Les améliorations technologiques à réaliser devraient permettre d’être plus efficaces en termes de cadence, de flexibilité et d’avoir un meilleur rendement par rapport à la fibre utilisée. Cela implique des investissements relativement importants dans les usines », mentionne-t-il. La mise en marché des copeaux de bois produits par les scieurs demeure fort dépendante des usines de papier journal et comme la demande est décroissante, le PDG du Conseil de l’industrie forestière, André Tremblay, estime qu’il faut accélérer la réflexion sur cette question. « Au Québec, on fabrique encore 50 % de tout le papier journal qui se consomme en Amérique du Nord. Notre structure des usines de pâtes et papiers est encore axée sur la production de papier journal. C’est pourquoi, il faut aller rapidement vers de nouvelles utilisations. C’est crucial. Le Conseil de l’industrie se penche sérieusement sur cette question et le Rendez-vous de la forêt québécoise des 21 et 22 novembre à Saint-Félicien devrait nous permettre de mettre les jalons qui nous feront passer à l’action », espère-t-il.