Machinerie forestière: entrevue avec Jean Plamondon, chercheur, FPInnovations

«L’époque du bûcheron qui partait avec son débardeur à câble se fait de plus en plus rare. C’est une main-d’oeuvre qui arrive à une retraite bien méritée. Aujourd’hui, on voit différentes machines qui ébranchent et tronçonnent des arbres au lieu de faire appel à la maind’oeuvre d’autrefois.» - J. Plamondon

«L’époque du bûcheron qui partait avec son débardeur à câble se fait de plus en plus rare. C’est une main-d’oeuvre qui arrive à une retraite bien méritée. Aujourd’hui, on voit différentes machines qui ébranchent et tronçonnent des arbres au lieu de faire appel à la maind’oeuvre d’autrefois.» - J. Plamondon

Photo: courtoisie

14 Oct. 2015

Quelles sont les tendances en forêts publique et privée et que nous réserve l’avenir? Voici une entrevue exclusive réalisée avec Jean Plamondon, chercheur, FPInnovations.

Bernard Gauthier

Quelle est l’implication de FPInnovations en ce qui a trait à la machinerie forestière en forêt publique et privée?

La machinerie et la mécanisation forestière sont au premier plan de mon groupe de travail. Nous voulons des opérations forestières qui sont économiquement viables et concurrentielles, qui respectent la pérennité des forêts et la qualité de l’environnement, qui livrent un produit de qualité au client. La machine et l’opérateur sont très importants. Ils font l’objet d’études au quotidien.

Chez FPInnovations, nous faisons plus ou moins la distinction entre la forêt publique et la forêt privée. C’est le même programme, ce sont les mêmes règles qui s’appliquent. Je dirais également que nous n’allons pas très souvent en forêt privée.

Quelles sont les tendances relatives à la machinerie dans l’industrie en forêt privée? Est-il vrai que la tendance à l’utilisation de machinerie en forêt privée est à la hausse?

De mon point de vue très personnel, la rareté de la maind’oeuvre est à l’origine de toute la vague de la mécanisation forestière aussi bien dans les secteurs privé que public. En forêt privée, j’ai vu des machines qui sont essentiellement les mêmes qu’en forêt publique.

L’époque du bûcheron qui partait avec son débardeur à câble se fait de plus en plus rare. C’est une main-d’oeuvre qui arrive à une retraite bien méritée. Aujourd’hui, on voit différentes machines qui ébranchent et tronçonnent des arbres au lieu de faire appel à la maind’oeuvre d’autrefois.

Et en forêt publique, quelles sont les tendances relatives à la machinerie?

Les équipementiers essaient toujours d’améliorer la performance de leurs machines et des systèmes hydrauliques. Dans la grande forêt publique, cela est en cours depuis de nombreuses années. Dans les forêts de feuillus, on voit des efforts pour mécaniser les opérations faites par l’homme il n’y a pas si longtemps. Ces opérations sont effectuées dans le sud du Québec et cela ne représente pas un gros volume.

Depuis les années 2000, les entreprises ont introduit plusieurs nouveautés comme la réduction des poids, l’automatisation, la consommation, etc.

Quelles sont les innovations les plus importantes que vous avez notées depuis 15 ans?

L’automatisation figure parmi l’un des gros changements au cours des 15 dernières années. Même chose au chapitre de la consommation. Je vous dirais que les systèmes de navigation furent un tournant majeur pour guider les opérations. Ces systèmes permettent notamment à l’opérateur d’une abatteuse ou autre de lire une carte, de savoir où il en est rendu dans ses opérations. Cette nouvelle technologie est remarquable et majeure. En 2000, nous avons assisté à un engouement des systèmes GPS, tout particulièrement dans les machines qui coupent; l’utilisateur pouvait entrer les plans de coupe et une foule d’autres informations.

Les manufacturiers travaillent toujours pour améliorer la performance de leurs machines. La performance est au coeur des préoccupations depuis des années.

Pour l’opérateur en tant que tel, quelles furent les plus grosses innovations?

L’utilisation du GPS dans les opérations du travail quotidien change la donne. Les opérateurs apprécient les nouvelles technologies et ne retourneraient pas en arrière. Au cours des 15 dernières années, l’ergonomie s’est taillé une place dans les postes de travail. Les machines procurent un meilleur confort avec des contrôles qui sont davantage adaptés à l’opérateur comme des bras de contrôle; tout est disposé pour que ce soit plus pratique pour l’opérateur. Ainsi, on évite les blessures liées à des mouvements répétitifs.

Dans l’interface graphique avec la machine comme dans le cas d’une abatteuse-façonneuse, il y a des ordinateurs pour contrôler la machine selon le type d’arbres à travailler. L’interface est plus appropriée pour l’opérateur et il est plus facile de savoir ce qui se passe dans l’environnement immédiat.

L’accessibilité à la mécanique est également un autre facteur qui a été simplifié. Les fabricants ont fait beaucoup d’efforts de ce côté là pour simplifier l’entretien et l’accès à la machine.

À quoi s’attendre pour l’avenir? Sur quoi les constructeurs se concentrent le plus?

C’est toujours difficile d’établir des prédictions. J’aurais tendance à cibler les projets qui retiennent le plus d’atttention des fabricants. En ayant comme objectif d’automatiser les tâches qui sont répétitives plutôt que d’avoir un humain qui presse un bouton pour accomplir la tâche, les fabricants tentent de plus en plus d’incorporer les fonctions dans leur système de contrôle de machines. Est-ce qu’on peut envisager la possibilité que tout soit robotisé? À long terme, oui. Mais l’humain va toujours demeurer une composante de n’importe quel système. Ce serait le cas pour la qualité d’un arbre abattu. Nous ne sommes pas encore rendus au stade de la vision artificielle. À long terme, il y a des gens qui se posent toutefois la question. Pour l’instant, les constructeurs essaient d’automatiser le plus possible les fonctions normalement faites par l’opérateur.

Quelles sont les demandes les plus importantes présentement pour ceux qui achètent et utilisent de la machinerie forestière?

La robustesse et la fiabilité de l’équipement. Les propriétaires d’équipements ne se limitent plus à considérer le prix, mais plutôt les frais d’exploitation de la machine. La perte de temps due à un bris de fonctionnement fait perdre des revenus d’exploitation et le propriétaire en tient compte lors de l’achat. Parfois, un fabricant peut se montrer très agressif dans ses prix de vente, mais si la qualité n’est pas au rendez-vous les entrepreneurs vont s’orienter vers d’autres machines.

Comment fonctionnent les normes de consommation Tier et quelle est la norme présentement?

La consommation Tier ou du Groupe 4 s’adresse à tous les moteurs diesel depuis cette année. Toutes les classes de moteur diesel sont assujetties aux normes du Groupe 4, c’est-à-dire les équipements hors route et autres véhicules. Cela s’applique pour les équipements neufs. Ce sont des normes qui touchent les émissions polluantes comme les oxydes d’azote et les particules fines. Cela implique l’ajout de produits comme l’injection d’urée, qui est un composé chimique ajouté dans les gaz d’échappement permettant de neutraliser plusieurs de ces polluants atmosphériques. Les équipementiers n’ont pas eu vraiment beaucoup de temps pour développer ça. Initialement, ces systèmes ont fait leur apparition sur les camions routiers.