Coupe de 40% du budget en forêts privées

Manifestations un peu partout dans le Bas-Saint-Laurent

Nous apprenons que le gouvernement sabre de 40% ses budgets en foresterie, ce qui représente 5 M$ pour le Bas-Saint-Laurent et 1,2 M$ pour la Gaspésie. Sur la photo, une manifestation en Estrie le 4 mai dernier, pour le même sujet.

Nous apprenons que le gouvernement sabre de 40% ses budgets en foresterie, ce qui représente 5 M$ pour le Bas-Saint-Laurent et 1,2 M$ pour la Gaspésie. Sur la photo, une manifestation en Estrie le 4 mai dernier, pour le même sujet.

Photo: Guy Lavoie

1 Mai. 2015

Vendredi 1er mai, quelque 300 manifestants protestent sur l’autoroute 20, à la hauteur de l’Isle-Verte, pour réagir contre la décision de Québec de sabrer 40 % de tous les budgets alloués à la forêt privée.

Bernard Gauthier

Le mouvement, qui ralentit la circulation, a démarré ce matin et s’est rapidement dirigé vers Rimouski avec l’appui de la CSN et d’autres organismes communautaires.

«À Rimouski, nous avons fait fermer les bureaux du ministère du Revenu du Québec. Et présentement, nous sommes devant le Cégep de Rimouski et les manifestations vont se poursuivre ainsi toute la journée devant plusieurs endroits stratégiques», explique BERNARD OUELLET, directeur général du Groupement forestier Rimouski-Neigette. «Cet après-midi, d’autres groupes se joignent à nos rangs pour appuyer notre cause.»

Promesse non tenue

Ce qui a mis le feu aux poudres ce matin, c’est l’annonce de Québec de couper 40% des budgets de la forêt privée. «Depuis des mois, le gouvernement indiquait que les investissements doivent être dirigés vers la récolte pour atteindre une plus grande production. Et effectivement, nous nous sommes orientés dans cette direction et nous avons à présent la possibilité de récolter davantage de bois. Or aujourd’hui, nous apprenons que ce même gouvernement sabre de 40% ses budgets en foresterie, ce qui représente 5 M$ pour le Bas-Saint-Laurent et 1,2 M$ pour la Gaspésie. À cela, faut-il ajouter une coupure supplémentaire de 50 % de nos subventions attribuées dans le cadre du volet 2 du programme forestier cette année,» raconte Bernard Ouellet.

Consensus

Malgré la décision de Québec, Bernard Ouellet insiste pour dire qu’il y avait un large consensus au sein de la population pour suggérer d’autres avenues, qu’un projet d’avenir avait été soigneusement préparé et remis au gouvernement et que rien n’a abouti des efforts concertés du milieu des municipalités, des syndicats et des agences de l’industrie.

Le plan d’action visait à faire passer la récolte actuelle de 0,8 million de mètres cubes à 1,5 million de mètres cubes, d’ici 3 ans. Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, LAURENT LESSARD, s’était montré favorable au plan lors de son passage à Rimouski en février dernier. L’objectif était de maintenir le financement au niveau actuel, soit 12 M$ par année.

«C’est un peu incompréhensible parce que le secteur forestier est un apport économique énorme pour les régions comme la nôtre. Chaque fois que des mètres cubes de bois sont coupés, ce sont des emplois perdus. Nous allons avoir beaucoup de difficultés à mobiliser les opérations», précise Bernard Ouellet.

Selon la Fédération des organismes de gestion en commun du Bas-Saint-Laurent, cela représente une perte directe de 200 emplois.

Dans un communiqué, la Fédération dit «qu’il y a une absence totale de vision de développement de la forêt et que, seules, priment des coupes aveugles. Cette décision va entraîner non seulement des pertes d’emplois de qualité, mais également une dévitalisation de nos milieux qui vivent de la forêt. Encore une fois, ce sont les régions qui écopent. D’ailleurs, force est de constater le laxisme du ministre responsable de notre région, M. JEAN D’AMOUR. Nous espérons qu’il fera preuve de leadership dans ce dossier. Nous pressons le ministre Lessard de revoir sa décision de couper 5 M$ et rétablir le financement pour la forêt privée du Bas-Saint-Laurent au niveau actuel afin de maintenir vivantes nos municipalités par une activité économique florissant.»

La Gaspésie écope

La décision d’abolir le programme de création d’emplois en forêt (PCEF) n’a pas tardé à soulever l’ire de l’opposition officielle. « La fin du PCEF, c’est un véritable drame pour la forêt privée en Gaspésie! C’est 1,4 million de dollars de moins d’investis dans l’économie de la région et plusieurs dizaines de pertes d’emplois. Chaque dollar investi dans le programme en rapportait 6. Il permettait également à des travailleurs plus âgés de travailler à un taux horaire plutôt qu’au rendement, ce qui leur assurait un revenu stable et ce qui évitait de tomber en situation de précarité. En abolissant le PCEF, le gouvernement s’attaque de plein fouet aux communautés forestières gaspésiennes.», soutient le député de Bonaventure et porte-parole de l’opposition officielle en matière de forêts, SYLVAIN ROY.

Les budgets en forêt publique ont été également amputés de 1,7 million de dollars. «Le ministre a aussi confirmé que la Gaspésie verra son budget amputé à seulement 16,3 M$, par rapport à 18 M$ l’an dernier. Cette coupe dramatique fera disparaître 50 emplois dans la région. Dans une région comme la Gaspésie où l’aide au secteur forestier est vitale et où le taux de chômage est de 20 %, on ne peut se permettre de perdre 50 emplois supplémentaires. », conclut Sylvain Roy.

Autres manifestations à prévoir

Les travailleurs du secteur forestier entendent réserver quelques surprises au ministre Lessard la semaine prochaine lors de son passage prévu à Rimouski. «Nous ne lâcherons pas le morceau et le ministre doit comprendre qu’il en dépend de la survie de nos villages, que la forêt fait partie de notre économie et que notre réalité n’est pas la même que celle de Québec.»