Marcel Leboeuf: amoureux des arbres

Avez-vous un prochain investissement en tête?  « Toujours de l’aménagement, de l’entretien de la forêt et faire en sorte qu’elle se bonifie. »

Avez-vous un prochain investissement en tête? « Toujours de l’aménagement, de l’entretien de la forêt et faire en sorte qu’elle se bonifie. »

Courtoisie RESAM

11 Avr. 2017

Propriétaire de lots depuis plusieurs années, MARCEL LEBOEUF aime se retrouver parmi les arbres. Il effectue plusieurs travaux lui-même grâce à des équipements qu’il possède. Le porte-parole du Regroupement des sociétés d’aménagement du Québec (RESAM) a gentiment accepté de répondre aux questions du Monde Forestier.

Combien de lots possédez-vous?

J’ai une superficie totale d’environ 800 acres.

Où sont situées vos terres?

Dans les régions de l’Estrie, du Bas-Saint-Laurent et du Centre-du-Québec.

Que retrouve-t-on comme essences sur vos lots?

Dans la région de Valcourt, c’est un bois assez mélangé. J’ai du tilleul, du noyer cendré, du cerisier d’automne, du pin blanc, de l’érable à sucre… Bref, pas mal ce que tu retrouves dans le sud du Québec. À Saint-Jean-Port-Joli, il y a un peu de merisier et d’érable, mais principalement du sapin et de l’épinette.

Qui les aménage?

Je fais affaire avec les groupements forestiers de chacune des régions.

Faites-vous l’aménagement vous-même? Passez-vous beaucoup de temps sur vos terres?

Oui, j’en fais quand même pas mal. C’est plus du jardinage qu’autre chose. Bien que l’an dernier, dans le Bas-du-Fleuve, on avait un peu de prélèvement à faire. Moi, j’ai fondé il y a 10 ans, avec deux autres gars, une fiducie de recherche en foresterie pour les Cantons-de-l’Est. On fait plusieurs études sur les maladies des arbres et la protection des milieux humides. Ce qu’on découvre avec les recherches, je l’applique dans mes forêts.

Pouvez-vous me donner un exemple?

Sur une de mes terres, j’ai à peu près cinq acres cultivables. En 2001, j’y ai planté des peupliers hybrides. C’est un arbre formidable parce qu’il pompe beaucoup d’azote. Il nettoie le terrain quasiment. Puis, ça m’a fait un couvert forestier très rapidement. Si j’en ai qui meurent [des arbres], je replante à l’intérieur de ce boisé-là, qui est devenu une forêt, des essences plus nobles.

À quel moment de l’année, vous rendez-vous sur vos terres?

J’y vais tout le temps. Sur celle dans la région de l’Estrie, j’ai une cabane à sucre. J’y suis très souvent.

Quels genres de travaux y faites-vous? Du bois de chauffage? Des planches?

Un petit peu de tout. J’y vais aussi en fonction des recommandations des groupements forestiers. On planifie ce qu’on va faire dans chaque parcelle. Après, j’exécute. Je travaille aussi en fonction de ma cabane à sucre. Je privilégie tout ce qui est feuillu.

Avez-vous des chalets sur vos terres?

Je pourrais rester à l’année dans la maison de ma cabane à sucre. À l’autre endroit, il y a un petit chalet qui était présent lorsque j’ai acheté. C’est un lieu de chasse.

Qu’est-ce que vous avez comme équipement?

J’ai de l’équipement pour me déplacer facilement et pour m’aider à amener mon bois sur le bord du chemin.

Sortez-vous vous-même votre bois?

Oui, sauf l’automne dernier. Dans le Bas du Fleuve, ce sont mes cousins qui ont fait les travaux. J’ai des cousins qui sont en foresterie. Ils se sont acheté, il y a 5 ans, une machine fabriquée à Rimouski. Elle possède une tête qui va ébrancher. Quand tu changes la tête, ça devient une chargeuse. C’est une petite machine assez formidable et silencieuse avec un moteur finlandais. Tu les trouves en forêt quand tu entends craquer et non à cause du moteur.

Aimez-vous ça travailler en forêt avec vos machines?

Oui, j’adore ça! Depuis que je suis tout-petit, je vais en forêt. Mon grand-père était un fou de la forêt. Il m’a transmis cette passion-là. J’adore être dans le bois et travailler dehors. J’ai un petit vignoble dans ma cour et j’aime ça.

Est-ce qu’il y a un travail que vous aimez faire plus qu’un autre?

Non, pas vraiment, car c’est par période. Ce n’est jamais la même affaire. J’ai bien hâte aux sucres. J’ai hâte d’entailler, de récolter et de bouillir. Après, au printemps, quand on fait le nettoyage de la cabane, je plante des arbres. Durant l’été, on gère. On regarde les travaux sylvicoles à faire. À partir de l’automne, on effectue le travail. Du bois de chauffage pour la cabane, j’en ai pour les 60 prochaines années! Tu n’en manques jamais de ça. Parfois, il y a les vents et les avaries, et tu ramasses le bois. C’est rare que je coupe pour chauffer. En général, c’est parce que le vent a mis les arbres à terre. J’ai rarement besoin de couper pour chauffer.

Quel est votre investissement favori?

C’est d’avoir acheté la terre de Valcourt. Je l’ai acheté en 1985. C’est la meilleure décision que je n’ai jamais prise. Sur mes terres dans le Bas du fleuve, la moitié c’est un cadeau de mon grand-père maternel et l’autre moitié provient d’un achat que j’ai fait à mon cousin avant qu’il meure.

Est-ce que vos équipements demandent beaucoup d’entretien?

Oui, il faut surveiller pour ne pas avoir de bris. C’est rare que je travaille avec en plein hiver dans la grosse neige, parce que c’est dur sur la machinerie.

Trouvez-vous que vos équipements consomment beaucoup d’essence?

C’est sûr que ça consomme, mais je sens qu’il y a un virage, qu’il va y avoir des équipements qui vont moins dépenser. Je n’en fais pas tant. Je consomme peut-être 70 litres.

Avez-vous déjà vécu ou fait des travaux avec des chevaux?

Non. Malheureusement. Quand tu te sers de chevaux, il faut que tu demeures sur place. Ces animaux-là, il faut les sortir tout le temps. Mais quelqu’un qui fait les sucres avec son cheval, c’est formidable!

Avez-vous travaillé avec votre grand-père sur sa terre?

Oui. Mon grand-père à cette époque ne faisait pas affaire avec les groupements. Il était peut-être membre, mais c’est lui qui faisait les travaux. Il n’avait pas de prescription. Mon grand-papa avait ce sens inné de la forêt. Il ne coupait pas tous ses arbres, il en laissait. L’arbre qu’il savait être très reproducteur, il le sentait et il le laissait là.

Avez-vous un prochain investissement en tête?

Toujours de l’aménagement, de l’entretien de la forêt et faire en sorte qu’elle se bonifie.

Selon vous, quel est l’avenir pour les propriétaires de lots boisés?

Éventuellement, on va aller vers des équipements électriques. De toute façon, on le voit avec l’automobile. On n’a pas le choix d’aller vers ça. Mais en même temps, ils doivent être performants. On est à la croisée des chemins. On découvre beaucoup de choses. Avec ma fiducie de recherche, on est en train de trouver de belles affaires. Il faut maintenant les appliquer.

Propos recueillis par Marie-Claude Boileau