Molly Roy, portrait d’une forestière

Au Québec, comme dans les autres pays forestiers, le travail en forêt était jusqu’à tout récemment réservé uniquement aux hommes. On voit depuis quelques années de plus en plus de femmes s’intéresser au métier de forestier et d’y faire carrière.

Au Québec, comme dans les autres pays forestiers, le travail en forêt était jusqu’à tout récemment réservé uniquement aux hommes. On voit depuis quelques années de plus en plus de femmes s’intéresser au métier de forestier et d’y faire carrière.

Photo: courtoisie

23 Fév. 2012
Marc Bellavance
collaboration spéciale

Au Québec, comme dans les autres pays forestiers, le travail en forêt était jusqu’à tout récemment réservé uniquement aux hommes. On voit depuis quelques années de plus en plus de femmes s’intéresser au métier de forestier et d’y faire carrière.

Aujourd’hui, je vous présente le portrait d’une de ces femmes qui a fait ce choix. Je l’ai rencontrée pour la première fois, en mai 2011, lors d’une remise de bourses d’études offertes par AFA des Appalaches inc, Molly Roy était une des récipiendaires. Molly terminait son DEP en aménagement forestier au Centre de formation Le Granit de Lac-Mégantic. Au mois de mai, lors de cette première rencontre, mon premier constat a été de voir qu’il y avait trois filles en aménagement forestier sur un groupe de sept étudiants. Selon les enseignants du département, les filles se tirent très bien d’affaire en foresterie. Donc, l’été a passé et au début janvier 2012, j’ai donné rendez-vous à Molly au Centre de formation Le Granit pour m’entretenir avec elle de formation et de foresterie. Elle m’a parlé d’elle, de ses parents et des enseignants; pour tout dire des gens qui ont eu une certaine influence dans son cheminement.

Pourquoi la foresterie?

Dès le début de la rencontre, je la sens bien à l’aise, comme si elle avait fait cela toute sa vie. J’étais un peu curieux de savoir à quel moment et de quelle façon elle a fait son choix d’aller en foresterie. Elle m’a parlé d’elle à travers ses parents. «J’aurais pu faire une belle petite coiffeuse comme ma mère — ma mère est très jolie — ou mécanicien en mécanique diesel comme mon père.» Elle mentionne qu’elle aimait toujours suivre son père tant au garage qu’au bois. Son père avait une compagnie de transport et comme hobby le bois. En riant, elle me dit que « c’était moi le petit gars de la famille ». Cela me surprend, car son apparence et son élocution font d’elle une personne très féminine. Pour suivre son cheminement, elle me précise qu’en secondaire 3 à la polyvalente, un conflit de personnalité avec un membre du personnel enseignant ternit un peu son année scolaire. Dans cette période difficile, elle se remet en question et c’est une enseignante Maryse Giguère, pour qui elle manifeste beaucoup d’estime, qui lui propose d’aller poursuivre ses études à la Maison familiale rurale (MFR) du Granit à St-Romain. La MFR est une école qui offre une formation en alternance travail-études, soit deux semaines de formation en classe et une vie en internat suivie de deux semaines de travail chez un maître de stage. Après réflexion, elle fait son choix en écoutant sa petite voix intérieure qui la guide. Elle se retrouve donc à St-Romain, à la MFR du Granit, fait son secondaire 4 et 5, sort de cette école avec deux diplômes d’étude professionnelle (DEP) en poche soit un en acériculture, l’autre en abattage manuel et débardage forestier. Le fonctionnement et l’entretien de la scie mécanique n’a pas trop de secrets pour elle, sauf que sur le plan physique, c’est exigeant. Elle garde de très beaux souvenirs de ses deux années passées à la MFR en particulier du personnel enseignant. De plus sur le plan personnel, compte tenu de son âge, l’expérience avec le maître de stage lui a permis d’acquérir une grande maturité, un sens des responsabilités. À seize ans, lorsqu’un maître de stage te confie sa machinerie, ses équipements, cela a une répercussion sur ton sens des responsabilités. C’est ton premier contact avec le marché du travail, cela te fait grandir. Elle est jeune, avide d’apprendre et très manuelle. Je pense qu’avec Molly, il faut que cela bouge, c’est une fille de terrain. À la MFR, elle va rencontrer Bruno Morin un enseignant qui la regarde aller et lui conseille de poursuivre ses études par un DEP en Aménagement forestier au Centre de Formation Le Granit à Lac-Mégantic. Elle consulte toujours sa petite voix intérieure et après analyse, la réponse sera positive. À la MFR, elle me précise que son DEP en abattage manuelle et débardage visait plus les opérations forestières. Sa formation en aménagement forestier l’amène à élargir beaucoup plus ses connaissances sur la sylviculture, les inventaires forestiers, la planification de travaux, les différentes méthodes de martelage; autrement dit un côté plus technique de la foresterie. Lorsqu’elle parle de son DEP en aménagement forestier, on voit briller dans ses yeux une certaine fierté. Dans le groupe, elle se démarque, fait preuve d’une grande motivation, ce qui n’est pas sans attirer l’attention des enseignants Marc Lapointe et Serge Liard. Ils voient tout son potentiel, ils l’encouragent à pousser plus loin sa formation en foresterie et l’amène à l’idée de s’inscrire en technique forestière au Cégep de Ste-Foy. Molly doit d’abord de nouveau consulter sa petite voix intérieure, son intuition qui la guide. Elle fit donc son inscription au Cégep de Ste-Foy.

Cégep travail études

Donc lors de notre rencontre, au début janvier 2012, elle a déjà une session de terminée. Pour sa première session, comme elle avait des prérequis qui lui ont été reconnus, certains cours lui ont été crédités. Dans son horaire, elle avait donc une certaine disponibilité, elle en a profité pour se trouver un emploi tout près du Cégep, soit au Groupement forestier de Portneuf. Entreprenante et très travaillante, elle a même terminé son contrat le 28 décembre 2011, une expérience enrichissante à tout point de vue. Elle me mentionne avec un brin de fierté que plusieurs élèves en première année au Cégep se tournent vers elle pour lui demander des conseils. Elle est arrivée au Cégep avec un certain bagage de connaissances et ses expériences de vie. À l’été 2011, elle a cumulé deux emplois: un sur la Côte Nord pour Plani-Forêt dans un camp forestier de 250 travailleurs et un autre dans la région de Lac-Mégantic, de belles expériences de travail. Elle n’a pas chômé de l’été. Notre rencontre s’achève, elle me dit qu’elle va dans l’après-midi débarder du bois de chauffage pour son père. Elle continue toujours d’accompagner son père en forêt, ce dernier possède plus de 400 acres de boisés. Elle me mentionne que son père a fait l’acquisition d’une abatteuse, c’est lui qui l’opère et c’est Molly qui débarde à l’arrière, voilà donc pour l’équipe. Elle me précise que tous ses apprentissages à l’école ont eu une certaine répercussion sur les travaux forestiers de son père. Il la consulte de plus en plus et elle est très fière de lui donner des conseils. Elle souhaiterait un jour prendre en relève les boisés de son père. J’étais curieux de savoir si elle pouvait opérer l’abatteuse. En riant, elle me dit qu’elle travaille ce dossier avec son père, on sent une certaine complicité. Je pense qu’on ne tardera pas à voir Molly sur l’abatteuse. C’est un vent de fraîcheur que de voir Molly entreprendre une carrière en foresterie avec confiance et aplomb, un métier traditionnellement réservé aux hommes et dans un contexte difficile d’une crise forestière. La reprise est à nos portes, les experts parlent de 2013, les besoins en main-d’oeuvre se font de plus en plus sentir, Molly, ses consoeurs et confrères font donc partie de cette relève forestière. Voilà pour le portrait de Molly, c’est un beau témoignage sur l ’ imp o r t a n c e d’écouter la petite voix intérieure qui nous guide. Il y a pleins d ’ é l éme n t s dans le choix d’une carrière, entre autres l’importance de la présence, de l’écoute et de la complicité des parents. Certains évènements, aussi des acteurs comme les Maryse Giguère, Bruno Morin, Marc Lapointe et Serge Liard: des enseignants qui ont cru en Molly, qui y ont mis un petit peu leur grain de sel. Mais dans ce portrait, c’est Molly qui est demeurée au centre, à l’écoute d’elle-même, elle a pris ses décisions et fait ses choix. Chapeau Molly, bon succès.