Pépinières: 2012 une année critique

D’après les récents chiffres du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), la production de plants résineux cultivés en récipients chutera à 110 millions en 2012 alors qu’en 2011, plus de 147 millions de plants avaient été produits. Une baisse de plus de 30% du nombre de plants qui inquiète de nombreux producteurs sylvicoles du Québec.

Photo: Claude Morin

26 mar. 2012
John Naïs

D’après les récents chiffres du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), la production de plants résineux cultivés en récipients chutera à 110 millions en 2012 alors qu’en 2011, plus de 147 millions de plants avaient été produits. Une baisse de plus de 30% du nombre de plants qui inquiète de nombreux producteurs sylvicoles du Québec.

«À ma connaissance, c’est la première fois que la production connaît un seuil aussi bas, s’inquiète CLAIRE SIMARD, directrice de l’Office des producteurs de plants forestiers du Québec ( OPPFQ). Dans les années 1980-90, il y a eu des diminutions de production, mais certainement pas d’une ampleur égale à qu’on connaît cette année», explique-t-elle au mensuel Le Monde Forestier lors d’une entrevue téléphonique. Mme Simard semble très préoccupée pour l’avenir des pépinières privées du Québec. «On espère avoir atteint un niveau plancher, mais qui peut nous en assurer? Vu le contexte économique actuel, on ne peut pas se dire que dans deux, trois ou cinq ans la production va repartir», regrette Mme Simard.

Même si les chiffres de 2012 sont considérés comme étant provisoires, «ils ne devraient pas changer», assure DANY PAQUET, président de l’OPPFQ. «Ce sont des chiffres quasiment définitifs. On a négocié sur cette base-là [avec le gouvernement provincial], alors ça devrait être les chiffres officiels», explique M. Paquet.

Les raisons de la baisse

Dans le contexte économique actuel très difficile, la diminution des coupes forestières au Québec semble être l’une des principales raisons de cette baisse de la production des plants en 2012. «Dans le passé, [les entreprises forestières] pouvaient couper jusqu’à 23 millions de m3 de bois chaque année. Aujourd’hui, on en coupe à peine 15 millions. Ça fait toute une différence (…) Moins on coupe d’arbres, moins on aura besoin de plants pour faire du reboisement », se désole Dany Paquet.

L’autre raison avancée par M. Paquet est la diminution des feux de forêt l’année dernière. «En 2011, il n’y a pas eu beaucoup de feux de forêt. Ça fait donc moins d’arbres à replanter», souligne-t-il. Une explication qui est également privilégiée par le MRNF. «Il y a eu une réduction significative des plans spéciaux visant le reboisement des zones ayant subi d’importants feux de forêt ou de chablis dans les dernières années. Depuis, les conditions météorologiques ont été favorables ce qui a généré moins de feux de forêt et implicitement une réduction des plans spéciaux», fait savoir ERIC SANTERRE, relationniste au ministère des Ressources naturelles et de la Faune.

Les répercussions sur les pépinières

La production de plants forestiers est le gagnepain de l’ensemble des 19 pépinières publiques et privées de la province. «La diminution des volumes de production est un très gros problème pour nous», estime Dany Paquet, qui est également directeur de la pépinière Somival de Lacau- Saumon et du centre sylvicole de Forestville. À en croire les différents représentants de pépinières privées interrogés par Le Monde Forestier, il n’y aura pas de mises à pied cette année dans leur réseau. Néanmoins, c’est le nombre d’heures de travail qui sera réduit. À la pépinière de Forestville, par exemple, les employés verront leurs heures de travail diminuer de 15 à 20% cette année. À la pépinière Girardville, les travailleurs membres auront quatre semaines de travail en moins dans la saison. «Nos travailleurs sont déçus mais également très inquiets. Ils se demandent si l’année prochaine il y aura encore une autre diminution de la production des plants forestiers», se désole NANCY TANGUAY, directrice générale de la pépinière de Girardville.

De son côté, DANIEL RICHARD, directeur général des pépinières et des stations piscicoles au MRNF, est convaincu que la demande de production de plants forestiers s’ajustera à la hausse au cours des prochaines années. «Au ministère, nous sommes convaincus qu’on a atteint [cette année] le fond du baril, souligne M. Richard. On suit le dossier de très près pour s’assurer qu’on puisse remonter un peu la demande de la production de plants forestiers. Mais nous ne savons pas encore à quel moment cette demande va apparaître», explique-t-il lors d’une entrevue téléphonique.

Pépinières publiques vs pépinières privées

Les pépinières publiques et privées seront touchées de la même manière assure le ministère des Ressources naturelles et de la Faune. «Le réseau public et le réseau privé vivent le phénomène de la même façon. Il y a également moins d’embauches et les durées d’emploi sont plus courtes dans les pépinières publiques», avance Daniel Richard.

Claire Simard, directrice de l’OPPFQ, en est moins convaincue. «La baisse de la production des plants de cette année représente quasiment 65% de l’historique de production des pépinières. Comme toutes les entreprises, les pépinières doivent payer des charges fixes. Cette forte baisse fragilise énormément les entreprises privées et ça risque de perdurer à moyen terme», se soucie Mme Simard. Le nombre de pépinières privées au Québec est passé de 21 en 2001 à 13 en 2012.

Des répercussions moins visibles cette année

D’après Nancy Tanguay, les effets de la diminution de la production des plants forestiers ne seront pas très visibles dans l’immédiat. «Cette année, nous allons livrer en bonne partie les plants que nous avons produits l’année dernière. La diminution de la production se fera plus sentir l’année prochaine. Comme nous ensemencerons moins cette année, nous aurons moins d’arbres à livrer l’année prochaine», croit Mme Tanguay. Selon cette dernière, la diminution de travail sera plus apparente à partir de l’année prochaine.

Les pépinières au Québec

Il existe deux réseaux de pépinières. Il y a le réseau public et le réseau privé. Les pépinières privées sont regroupées au sein de l’Office des producteurs de plants forestiers du Québec. Les pépinières publiques vont chercher 30% du volume de production des plants forestiers alors que les pépinières privées se partagent 70% de la production. Au début des années 2000, on dénombrait 20 pépinières privées. En 2012, elles sont au nombre de 13. Au total au Québec, on compte 19 pépinières publiques et privées (13 pépinières privées et 6 pépinières publiques). Les pépinières forestières jouent un rôle très important dans l’activité économique d’une région. Elles créent des emplois et dynamisent l’économie d’une région.