Pépinières: enfin en croissance!

« Nous sommes rendus à 85-90 % d’occupation pour l’ensemble de nos producteurs de plants forestiers. C’est drôlement agréable », se réjouit STÉPHANE BOUCHER, président de l’OPPF.

« Nous sommes rendus à 85-90 % d’occupation pour l’ensemble de nos producteurs de plants forestiers. C’est drôlement agréable », se réjouit STÉPHANE BOUCHER, président de l’OPPF.

Photo: archives LMF

11 Juin. 2018

Après plusieurs années difficiles et de décroissance, les pépinières forestières privées ont reçu coup sur coup trois bonnes nouvelles auxquelles elles ne s’attendaient pas. Enfin, elles regardent l’avenir avec d’optimisme.

Marie-Claude Boileau

Depuis le début de l’année, presque chaque mois apporte son lot de surprises pour l’Office des producteurs de plants forestiers du Québec (OPPFQ) qui regroupe 13 pépinières privées. Jusqu’à tout récemment rien ne laissait envisager ce revirement de situation. En entrevue avec Le Monde forestier, STÉPHANE BOUCHER, président de l’OPPFQ, explique que les pépiniéristes ont subi des baisses de volumes de production de la part du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), leur principal client, depuis les quatre dernières années.

Lors des négociations sur les ensemencements printaniers tenues en novembre 2017, il mentionne qu’on leur avait annoncé une nouvelle baisse de production de 2,7 %. La capacité de production des pépinières privées se situait entre 65 % et 70 %. « Le climat n’était pas très joyeux parce qu’on descendait en bas du 200 000 mètres cubes de production pour toute la province, ce qui est un seuil très bas. Et puis, tout a changé », raconte-t-il.

Est-ce que l’avis déposé par le Forestier en chef, LOUIS PELLETIER, auprès du ministre LUC BLANCHETTE a eu un effet ? Difficile à dire. N’empêche qu’en janvier, le MFFP a confirmé à l’OPPFQ qu’il aurait des budgets supplémentaires pour la production de plants. Ainsi, leur taux de production montait à 77 %. Une première surprise qui a ravi l’Office plutôt habitué à des baisses. En février, une autre surprise les attend. Lorsque le gouvernement fédéral dépose son budget, on y apprend qu’on a prévu une somme de 45 M $ pour la lutte contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Ce montant comprend du financement pour l’épandage, les travaux forestiers, la récolte, mais il a également une portion de plants pour pouvoir reboiser les secteurs qui auront été récoltés. « Ç’a été une belle surprise même si elle a été un peu tardive. Nos opérations avaient déjà commencé. Ça nous a quand même permis d’augmenter notre capacité de production à 80-85 % », fait-il savoir.

Mais la cerise sur le gâteau est arrivée lors du dépôt du budget du gouvernement provincial. « On ne sait pas trop pour quelle raison particulière, mais le gouvernement a décidé d’y aller plus fort dans le reboisement. Ça nous a donné un bonus supplémentaire. Nous sommes rendus à 85-90 % d’occupation pour l’ensemble de nos producteurs de plants forestiers. C’est drôlement agréable », se réjouit M. Boucher.

DES PROJETS ?

Lors de l’assemblée générale annuelle de l’OPPFQ à l’automne dernier, les participants parlaient de consolidation plutôt que d’investissement en raison des baisses successives de production. Personne ne voulait lancer des projets de recherche ou de mise à niveau de leurs installations. Or, ces bonnes nouvelles changent tout. « On ne gère plus une régression, mais une croissance de nos plants. On est une coopérative, on va donc faire travailler nos gens, c’est certain. Ça augure très bien pour les pépinières forestières », commente DENIS BUJOLD, directeur général de Sargim.

D’ailleurs, l’an dernier, le gouvernement avait annoncé un investissement de 8 M $ sur quatre ans dans le réseau des pépinières privées. En 2017, les 2 M $ disponibles ont été entièrement utilisés. La seconde phase s’enlignait pour être plus difficile. Avec les nouveaux volumes, les producteurs ont plus d’idées. M. Boucher mentionne que le programme permet d’investir dans les serres, le système d’irrigation et la machine. Les lignes d’empotage ont également besoin d’être améliorées dans plusieurs cas. « Nous avons une pénurie de semences auprès du MFFP parce que le climat étant ce qu’il est, il y a eu des soubresauts de Dame Nature qui ont fait que nous avons eu moins de récolte de semences dans les dernières années. Ça nous cause une problématique dans la banque de semences. Ce programme-là va nous permettre d’acheter des semoirs plus performants pour économiser le nombre de semences qu’on doit utiliser pour produire un plant sain et conforme. Ce sont des mesures intéressantes qui nous aideront à atteindre les objectifs du ministère », souligne-t-il.

L’avenir s’annonce meilleur. Lors de son passage au congrès de la Fédération québécoise des coopératives forestières, le ministre Blanchette a informé l’OPPFQ qu’il avait accueilli positivement les recommandations du Forestier en chef et qu’il prônait l’augmentation du reboisement. « Pour nous, ça devrait se stabiliser au cours des prochaines années. On nous dit que ces volumes pour 2018 seront les mêmes en 2019. On n’a pas de garantie pour le futur. Va-t-on poursuivre sur cette lancée ? D’après ce que j’ai entendu, c’est que le ministère va faire des efforts pour essayer de maintenir ce rythme de croisière », mentionne-t-il.

MAIN-D’OEUVRE

Étant donné que les annonces ont été faites tardivement, les pépinières doivent composer avec certains défis notamment avec un manque de main-d’oeuvre. Au cours des dernières années, elles ont vécu plusieurs départs. Précisons que le travail dans une pépinière forestière est un métier spécialisé qui ne possède pas de formation propre à lui. « Ça s’apprend sur le tas en pépinière avec les expériences de chacun. Pour ma part, ça fait 33 ans que j’oeuvre en production de plants. On forme notre personnel au fur et à mesure lorsqu’on a de bons candidats », indique M. Boucher.

Les personnes qui sont biologistes, agronomes ou techniciens agricoles sont les bienvenus notamment pour les postes de chefs de culture. M. Bujold confirme aussi qu’ils ont dû s’ajuster pour la main-d’oeuvre et qu’ils auront besoin de plus de surnuméraires. Selon le président de l’Office, les pépinières verront leur masse salariale augmenter de 20 % d’ici les trois prochaines années. « Maintenant, on mise sur le fait que le salaire minimum a grandement augmenté. On veut essayer de donner encore plus du taux horaire pour essayer d’aller chercher une main-d’oeuvre plus intéressée. Ces volumes supplémentaires et un chiffre d’affaires plus élevé que la normale va probablement nous permettre chacun de prendre des décisions d’affaires pour aller chercher la main-d’oeuvre nécessaire. C’est le défi des prochaines années », estime-t-il.

PÉPINIÈRE 101

Le MFFP est quasiment l’unique client des pépinières forestières privées. C’est lui qui détermine le nombre de plants à ensemencer. Chaque plant nécessite trois ans de travail. La première saison est la plus importante et la plus exigeante pour les producteurs. M. Boucher explique que la moitié de tout le travail se déroule dans l’an 1. Il faut faire de l’éclaircie, mettre en place les serres et voir à la sortie à l’extérieur pour les deux prochaines années. L’an 2 est consacré à l’entretien et la croissance des plants tandis que la dernière étape est la qualification et la livraison. Chaque plant doit répondre à des normes précises du MFFP. Les pépinières sont payées en fonction du nombre de plants certifiés. Ainsi, leur travail ira en augmentant puisqu’on prévoit un volume de production semblable pour 2019.