Période de dégel devancée

La décision du ministère, très exceptionnelle, a bouleversé les opérations pour plusieurs organisations.

La décision du ministère, très exceptionnelle, a bouleversé les opérations pour plusieurs organisations.

27 Mar. 2017

Créant la surprise chez de nombreuses entreprises forestières, le ministère des Transports du Québec a modifié les dates de la période de dégel dans la plupart des régions de la province, les devançant de deux semaines sur les dates habituellement prévues. La décision du ministère, très exceptionnelle, a bouleversé les opérations pour plusieurs organisations.

Martine Rioux

«Historiquement, la période de dégel a toujours débuté vers le 20 mars. Nos opérations sont donc toujours planifiées en fonction de cette date. En devançant la période de deux semaines, l’ensemble de nos opérations doit être revu et nous prévoyons déjà des pertes importantes», indique BERNARD OUELLET, directeur général de la Société d’exploitation des ressources de la Neigette, à La Trinité des Monts, dans le Bas-Saint-Laurent.

De son côté, STÉPHANE GAGNON, directeur général de la Coopérative forestière de Girardville, à Lac-Saint-Jean, estime déjà que ses pertes financières pourraient s’élever à plus de 100 000$. «L’année va être difficile! La période de dégel n’a jamais été aussi tôt pour nous. Personne ne s’y attendait. Nous avons déjà dû cesser les opérations pour certaines équipes», dit-il.

Même son de cloche du côté de SYLVAIN RAJOTTE, directeur général d’Aménagement forestier et agricole des Sommets, à Coaticook, en Estrie : «Nous devons ajuster nos plans de travail. Nous avons arrêté certaines opérations, il y a du bois que nous devrons mettre en inventaire, que nous ne pourrons pas sortir. Les pertes vont être importantes.»

LIMITATION DES CHARGES

Le principal problème pour les entreprises forestières vient du fait que, pendant la période de dégel, les limites de charge autorisées pour les véhicules lourds sont réduites en raison de la diminution de la capacité portante du réseau routier. Ces restrictions varient de 8 % à 20 % selon les types de véhicules.

Les transporteurs sont donc les premiers touchés par les dates imposées par le ministère. Cependant, les limitations qu’ils doivent respecter créent un effet domino pour l’ensemble de l’industrie. Puisqu’ils ne peuvent pas transporter des charges aussi lourdes, ils doivent réduire la quantité de bois par transport. Ils ont donc besoin de faire plus de voyages pour déplacer la même quantité de bois, ce qui fait augmenter les coûts. Des coopératives, incapables d’assumer les coûts, choisiront de laisser le bois en forêt, ce qui aura d’autres conséquences.

DATES OFFICIELLES

Le 23 février, le ministère des Transports a publié un communiqué pour annoncer les dates officielles de début et de fin de la période de dégel pour chacune des zones du territoire québécois. Pour la Zone 1, la période débutait le 27 février et se terminera le 28 avril ; pour la Zone 2, elle a commencé le 27 mars et se terminera le 26 mai (cette période a été modifié à la suite de la première annonce). En ce qui concerne la Zone 3, la période devait être du 13 mars au 12 mai, mais le ministère s’est finalement ravisé le 8 mars en annonçant que la période de dégel sera plutôt du 27 mars au 26 mai. Pour M. Rajotte, dont la coopérative forestière est située dans la Zone 1, l’annonce est venue seulement 4 jours avant le début de la période de dégel.

M. Rajotte déplore le fait que les dates ont été annoncées au moment où l’ensemble du Québec connaissait un redoux qui n’a finalement pas duré. «Les chemins sont encore gelés. Cette décision a été prématurée de la part du ministère selon moi», renchérit M. Gagnon.

Au moment où nous lui avons parlé, certaines régions du Québec venaient d’ailleurs de battre des records de froid. Les hommes à qui nous avons parlé espèrent que, dans les années à venir, le ministère pourra faire preuve de plus de flexibilité. Déjà, en se ravisant en ce qui concerne les dates de la Zone 3, le ministère a démontré une certaine ouverture. «Dans certains États américains, les autorisations sont pratiquement données au jour le jour. Parfois, les transporteurs peuvent charger des quantités plus lourdes pendant la nuit et sont limités en journée. Il me semble qu’il devrait y avoir une façon de ne pas prendre des décisions mur à mur et de revenir plus facilement sur des décisions», fait valoir M. Rajotte.

Du côté du ministère, on indique simplement que «la période de dégel est déterminée à la suite d’un suivi de la progression du dégel dans la chaussée. Ce suivi se fait à l’aide de sondes réparties sur l’ensemble du réseau routier québécois. Les prévisions météorologiques sont aussi prises en considération».

ZONES DE DÉGEL

ZONE 1 : couvre le sud du Québec, soit les grands centres que sont Gatineau, Montréal, Sherbrooke, Trois-Rivières et Québec, et s’étend jusqu’à Rivière-du-Loup.

ZONE 2 : située directement au nord de la zone 1. Elle inclut les réserves fauniques La Vérendrye et des Laurentides, ainsi que le Témiscaminque, le Saguenay, le Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord, Rimouski, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine.

ZONE 3 : située au nord de la zone 2 et inclut l’Abitibi, la région de Chibougamau-Chapais ainsi que la réserve faunique Ashuapmushuan.